| tchékhov a. | | | Влюблённость указывает человеку, каким он должен быть.
Quand on est amoureux, on sent quel homme on doit être. | | |   | |
| | amour | | | Et puisque atteindre cette chimère est voué à l'échec, on devrait ne vénérer le côté divin de l'homme que hors de tout acte, y compris l'acte amoureux. | | | | |
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| diderot d. | | | L'homme de génie écrit pour la génération suivante. | | | | |
| | art | | | « On me lira en 1939 » - Stendhal, « on me lira en 1969 » - Suarès, « il ne faut me lire qu'en 1979 » - Breton, « il faut me lire autour de l'an 2000 » - Nietzsche - « man wird mich etwa gegen das Jahr 2000 lesen dürfen » ; tous rêvent du legor, legar - on me lit, on me lira ; mais tu te trompas avec le non legor, non legar ; les pires subissant le legor, non legar (ce que redoutent aussi les humbles : « Après ma mort, je serai lu pendant sept ans et ensuite - oublié » - Tchékhov - « После смерти меня будут читать семь лет, а потом забудут ») ; les meilleurs s'illusionnant sur le non legor, legar ; « je travaille pour celui qui viendra après » - Valéry. (Le plus bête est Proust : « Le monde entier me lira ».) On est assez grand, tant qu'on peut se boire ou se lire, en oubliant les lèvres et les dates des autres (celui qui vint en 1939, 1979 ou 2000 est sot, et celui qui viendra le sera davantage). Virgile, au moins, pensait au jugement d'Homère, et Horace - à Sappho... Ovide a raison : « Qui n'est pas d'aujourd'hui, sera encore moins de demain » - « Qui non est hodie, cras minus aptus erit ». Quant à l'avenir, tout bon art devrait se fier à la « poste de la bouteille », Celan (Flaschenpost), le « pays du cœur » (Herzland) ne manquant pas de rivages. | | | | |
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| cité | | | Aucune tyrannie ne réussit jamais à constituer une meute aussi impitoyable et solidaire que le troupeau démocratique. La meute pourchasse ce qui bouge et laisse en paix ce qui s'immobilise ; le troupeau piétine ce qui cherche à se détacher de la terre. « Une fois dans la meute, tu as beau aboyer, il faudra bien que tu frétilles » - Tchékhov - « Попал в стаю, лай не лай, а хвостом виляй ». Et asinus asinum fricat... « Pour être membre honorable du troupeau, il faut que tu sois déjà mouton toi-même »** - Einstein - « Um ein tadelloses Mitglied einer Schafherde sein zu können, muß man vor allem selbst ein Schaf sein ». | | | | |
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| doute | | | Ce qui ruine nos plus belles espérances, ce sont nos envies, nos souhaits, nos désirs, qui s'imaginent pouvoir se réaliser ; nous libérer de cette funeste illusion, en nous plongeant provisoirement dans un désespoir profond, finit par nous redonner la hauteur de l'espérance ; c'est l'art de Tchékhov ou de Cioran. | | | | |
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| intelligence | | | Tout ce qui doit être compris, peut être méprisé - vouloir une source intarissable de l'incompréhensible, c'est tenir à garder la capacité de vénérer. « Tout comprendre, c'est tout pardonner » - Tchékhov - c'est tout mépriser ! Mais « celui qui comprend et pardonne - où donc trouvera-t-il un mobile d'action ? » - Koestler - « he who understands and forgives - where would he find a motive to act ? ». | | | | |
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| ironie | | | Quel est le grand créateur, qui reconnaîtrait, que sa vie eût été une réussite ? Personne. C'est l'arrière-fond des détresses qui perce chez les plus belles des plumes. Mais très peu réussissent leur mise en scène (souvent inconsciemment, comme Mozart ou Tchékhov). La maîtrise d'un style paraît en être la condition, à moins que ce soit le contraire, le style naissant dans l'intelligence, la noblesse et le courage d'assumer ses débâcles :« Le style est le luxe de l’échec » - Cioran. | | | | |
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| tchékhov a. | | | Насмехаясь над мыслями, вы подобны дезертиру, насмехающемуся над войной и смелостью, чтобы скрыть свой стыд.
Lorsque vous raillez les idées, vous ressemblez à ce déserteur qui, pour étouffer sa honte, raille la guerre et le courage. | | | | |
| | ironie | | | Ceux qui ignorent la honte trouvent facilement une guerre juste et un courage de brutes. Tout appel à la mobilisation générale réveille en moi un déserteur, même des causes justes. | | | | |
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| mot | | | Sénèque et Racine écrivent pour la déclamation, Shakespeare et Corneille - pour la lecture ; Molière et Tchékhov - pour la scène. Les métaphores déclamatoires ou livresques ont l'univers entier pour source ou cible, les métaphores scéniques - le hasard des planches. | | | | |
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| wittgenstein l. | | | Das Gebet ist der Gedanke an den Sinn des Lebens.
La prière est la pensée du sens de la vie. | | |   | |
| | proximité | | | C'est la ponctuation qui, à la fin, en décide : pour un matérialiste, c'est un point d'exclamation, pour un idéaliste - un point d'interrogation, pour un croyant - les deux ( !?). Mais les plus belles prières se réduisent aux points de suspension, qui s'adressent à la hauteur et deviennent : « une attente d'un bonheur mystérieux, la vie tout emplie du sens le plus haut » - Tchékhov - « ожидание таинственного счастья, жизни, полной высокого смысла ». | | | | |
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| russie | | | Dans toutes les poses idéologiques des grands Russes, on trouve de la résignation : ne pas résister de Tolstoï, partir de Tchékhov, rendre son billet de Dostoïevsky, bref, tout ce qui dispense de bâtir. « Il n'y a qu'un seul mot, se résigner, qui compose le fond de la vie » - Tourguéniev - « Основу жизни составляет одно единственное слово - смириться ». | | | | |
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| russie | | | Noblesse, toujours impuissante, pitié, toujours désincarnée, pathos, toujours immobile - Tchékhov. | | | | |
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| russie | | | Le plus humaniste des messages, celui de Tchékhov : la compassion et la langueur vous étreignent, sans que les affaiblisse une interrogation sur la crédibilité intellectuelle ou sociale de ses héros perdus et impossibles. Qui nous déshumanise le plus ? - les sociologues et philosophes, rigoureux et raseurs. Pour comprendre Tchékhov, il faut se dire, que, s'il écrivait aujourd'hui, sa pitié, sa tristesse et son lyrisme trouveraient autant, sinon davantage, de matière. | | | | |
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| russie | | | La musique de la vie est toujours nostalgique : face à l'enfance trop lointaine, à l'espérance trop haute, à la faiblesse trop profonde ; mais son bruit est triste, monotone ou cynique. Un artiste peut renoncer à reproduire le bruit et à ne produire que de la musique ; c'est ce que fait Cioran. Mais la musique de Tchékhov est plus ample, puisqu'elle comprend le bruit, dont l'horreur ou l'ennui sont joués, en contre-point, par sa musique. Face à l'Europe, le Russe reconnaît volontiers se trouver au milieu d'« une oasis d'horreur dans un désert d'ennui » - Baudelaire. | | | | |
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| russie | | | La grandissime originalité de la culture russe est dans la séparation entre les moyens et les buts, la technique et l'émotion, le visible et le lisible. L'inévidence dans les premiers, l'homme comme le point d'accommodation des seconds. Dostoïevsky semble s'emmêler dans la politique et le fait divers, tandis qu'il joue sur la corde de l'homo credens. Tchaïkovsky nous mène vers un état d'âme, un lieu, tandis que l'émotion éclate ailleurs. Tolstoï disserte sur l'histoire ou la justice, tandis que son vrai discours ne vise que l'homme solitaire. Tchékhov étale des platitudes, parmi lesquelles, soudain, naît une émotion irrésistible. Les raisonneurs y voient du loufoque ou de l'impuissant. « Comment peut-il [Dostoïevsky] écrire si incroyablement mal et émouvoir si profondément ! » - Hemingway - « How can a man [Dostoyevsky] write so unbelievably badly, and make you feel so deeply ! ». Bien écrire, c'est bien émouvoir. | | | | |
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| russie | | | Quatre niveaux de lecture du désespoir des héros tchékhoviens : ils se vautrent dans le far-niente, ils ne savent pas quoi faire, ils compatissent à ce qui va, immanquablement, périr, ils voient la fatalité de l'intraductibilité de l'être dans le faire. L'amour, le bien et l'art comme les exemples les plus pathétiques d'un être voué à l'incompréhension. | | | | |
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| russie | | | Jamais, depuis Catherine II, le parti de la liberté ne fut aussi orphelin de ses élites que dans la Russie du XXI-ème siècle ; c'est avec nostalgie qu'on se souvient encore des aristocrates du temps de Pouchkine, des socialistes du temps de Dostoïevsky, de l'intelligentsia du temps de Tchékhov ou même des dissidents du temps de Pasternak - des voyous corrompus votent aujourd'hui, en pleine liberté, pour ... voyous corrompus. | | | | |
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| tchékhov a. | | | Талантливый человек в России не может быть ни чистеньким ни трезвым.
Un bel esprit, en Russie, ne peut être ni prude ni sobre. | | | | |
| | russie | | | Malheureusement, les esprits dénués de tout talent y présentent les mêmes symptômes. Un bel esprit se fait remarquer par l'ivresse à la simple déclamation des étiquettes. | | | | |
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| tchékhov a. | | | Если хочешь быть здоров и нормален, иди в стадо.
Si tu cherches la santé et la normalité, va dans le troupeau. | | |   | |
| | solitude | | | Aujourd'hui, toute les routes y mènent, même celles qui portent les plaques de révolte, de connaissance de soi ou d'abnégation. Le seul moyen d'y échapper est de se réfugier dans ses propres ruines, sans voies d'accès ni de sortie. | | | | |
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| tchekhov a. | | | Придёт время, все узнают, для чего эти страдания, никаких не будет тайн.
Le jour viendra, où l'on saura pourquoi il faut souffrir, - et tout mystère disparaîtra. | | |  | |
| | souffrance | | | Ce savoir - la physiologie, la sociologie, la psychologie - dissipa déjà tant de mystères de surface ; heureusement, en hauteur, un savoir ailé, où une ignorance étoilée, continuent à entretenir le mystère, allié fidèle de la souffrance. | | | | |
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