confucius
Trois voies mènent au savoir : la réflexion - la voie la plus noble, l'imitation - la voie la plus facile, l'expérience - la voie la plus amère.
C'est une vision tri-viale de ce qui s'acquiert le mieux hors tout circuit : dans des impasses ou ruines inaccessibles. Que la noblesse y soit amère, l'amertume, au moins, y est noble.

confucius
Il n'y a que deux choses immuables : la hauteur de la sagesse et la profondeur de la bêtise.
En effet, la profondeur de la sagesse comme la hauteur de la bêtise finissent par s'écrouler dans la platitude.

lao tseu
Le mystère et les bornes de l'esprit ont fait leur apparition ensemble.
Le mystère n'est pas tant dans la difficulté de comprendre que dans la facilité de croire. Celui qui pense qu'en étendant les bornes de l'esprit il chasse le mystère, se trompe de gibier. « Comprendre, c'est polluer l'infini » - Artaud.

lao tseu
Tout le monde connaît le beau en tant que beau, et déjà c'est le laid ;
tout le monde connaît le bien en tant que bien, et déjà c'est le non-bien.
En tant que (l'être en tant qu'être...) signifie - d'après la définition courante. Pour être bon raisonneur, il faut rester dans le modèle courant ; pour être bon créateur, il faut en sortir, pour en inventer un autre. Si, pour sentir la valeur d'une transcendance, tu ne fais qu'en lire le prix avalisé, tu n'en participeras pas. L'achèvement complet est un manque, la plénitude définitive est pire qu'un vide.

platon
Les idées sont à titre de modèles, des paradigmes, dans l'éternité de la Nature.
Dans notre condition humaine, nous devons nous contenter de leurs ombres, à l'intérieur de notre caverne, ombres appelées mots. Toutefois, c'est dans le monde des représentations que le mot nous renvoie et non pas dans le monde des idées, tandis que les objets eux-mêmes restent inépuisables et foncièrement inconnus.

platon
Le savoir ne consiste pas à mettre la vue dans l'organe, puisqu'il la possède déjà, mais, comme il est mal tourné et regarde ailleurs, elle en ménage la conversion.
Ce n'est ni par le feu ni par l'eau, mais bien par la hauteur que cette conversion s'administre.

aristote
La pensée est analytique ; la vie et l'action sont synthétiques.
L'analytique devint le seul contenu de tout ce qui, jadis, ne fut qu'organique. Cette néfaste orientation rendit la vie et l'action, en Occident, presque exclusivement analytiques, et la pensée indolore s'écarta de la vie palpitante, déchirante ou mutilante, pour se fondre avec l'action militante, mécanique. Et la synthèse robotique ne sauvera pas une vie séparée du rêve : le pathétique est au-dessus et de l'analytique et du synthétique.

pyrrhon
Notre requête sceptique ne porte pas sur la représentation, mais sur l'interprétation de la représentation.
Cette requête est surtout formulée en un langage hors représentation (et la philosophie analytique ne s'intéresse qu'à cela) ; en plus, il y a deux interprétations presque disjointes, linguistique et conceptuelle, que tous confondent. Pour vous, la représentation est dans le sensible, dans le phénoménal, tandis qu'elle ne peut exister que dans l'intelligible, dans le nouménal.

épicure
La philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse.
Philosophie aidant, on comprend, que la vie n'est faite que pour aboutir à un beau livre (mais qui devrait s'interdire d'aboutir !). Tout autre aboutissement est soit banal (force ou chance) soit épouvantable (beauté ou amour). Le Verbe essaya de s'incarner en un corps (son porte-parole minaudant : « Jouis ! » devant une impuissante d'amour) ou en un livre (le même jouvenceau ricanant : « Lis ! » sous le nez d'un puissant analphabète) - deux désastres d'une sagesse, infidèle à sa hauteur.

cicéron
Nescio quo modo nihil tam absurde dici potest quod non dicatur ab aliquo philosophorum.

Je ne sais comment il ne se peut rien dire de si absurde, qui n'ait été avancé par quelque philosophe.
Le philosophe, c'est l'artisan des réinterprétations ; il n'y a pas de pensée, qui, étant absurde dans l'interprétation courante, n'admettrait pas un sens intéressant, moyennant réinvention de modèles ou de langages. Le grain est absurde ; est sensé l'arbre, qui en naît. De même, le jugement (défini par Kant comme représentation de la représentation - Darstellung der Darstellung), comparé au regard.

lucrèce
Nequeunt oculis rerum primordia cerni.

Les yeux ne peuvent connaître la nature des choses.
Si, indissociables de la cervelle, ils pénètrent et déchiffrent tout paysage. Le regard, en revanche, pactisant avec l'âme, crée un climat, qui se démarque des choses et s'ouvre aux rêves.

lucrèce
Nihil dulcius est, bene quam munita tenere edita doctrina sapientum.

La plus grande douceur est d'occuper la hauteur fortifiée par la pensée des sages.
Tout ce, que tu domines (occupes) avec l'assistance des autres, te fait gagner en étendue ou en profondeur. On ne gagne la hauteur qu'avec des ailes de ses propres déconvenues bien avalées.

talmud
Au début, la passion est un intrus, ensuite un invité, enfin le maître de la maison.
Se laisser ravager par un fougueux convive ou vivre de locataires et d'usufruitiers ? Choisis.

plutarque
L'esprit n'est pas comme un vase, qu'il ne faille que remplir... Il a besoin qu'on l'entraîne en direction de la vérité.
Il est, en effet, la sagesse d'en entretenir un vide accueillant l'ivresse des mots. « Entraîné vers la vérité », il n'aura peut-être pas de fuites, mais il ne connaîtra pas de vertiges non plus. Si la vérité est dans le vin, une fois absorbée, elle apporterait de la houle au message de détresse, que tu auras mis à sa place.

marc aurèle
L'âme se colore par l'effet des pensées.
C'est l'inverse qui se produit : les pensées, à leur naissance, sont incolores, et elles le restent, tant que l'irisé de l'âme ne les touche. Les palettes appartiennent à l'âme ; la géométrie et le dessin sont les outils de l'esprit. Avec la fatale extinction des âmes, toute pensée finit dans la grisaille mécanique. Les pensées engrangent le conscient, l'âme arrange l'inconscient.

plotin
Il faut être au moins deux pour signifier, et le sens, entre les deux, en fait un troisième.
Naïf et génial ! C'est ainsi que naît le sens en Intelligence Artificielle, tandis que tout le bavardage du signifiant/signifié réduit cette belle triade à quelque chose de monolithique, algorithmique et ... réel. Le sens est le résumé irréel d'un dialogue. L'interpellant et l'interpellé ont beau être, le plus souvent, le même homme, ce sont deux machines différentes qui tournent. La vraie machine maîtrisera un jour tous les rouages du signans et signatum (St Augustin), mais seul l'homme peut manipuler organiquement leurs mélanges contre nature.

plotin
Trois types d'hommes permettant de s'élever au monde transcendant : l'inspiré des Muses, l'amant, le philosophe.
Et c'est en acceptant de descendre dans des cloaques du désespoir, dans les affres de l'incertitude et dans des souterrains des condamnés qu'ils forgent leur force ascensionnelle.

st augustin
Transcende te ipsum, ratiocinantem animam te transcendere.

Élève-toi au-dessus de ton soi, et ton âme rationnelle s'élèvera aussi.
Et cette âme rationnelle s'appellera esprit, comme l'esprit sensuel s'appelle âme ; et la hauteur atteinte s'appellera ton soi inconnu, le vrai.

thomas d'aquin
Nihilominus tamen compositionem et divisionem enuntiationum intelligit, sicut et ratiocinationem syllogismorum, intelligit enim composita simpliciter.

Le besoin de la composition logique, de la division ou de détour inférentiel tient à la faiblesse de l'esprit humain.
C'est pourtant sur cette faiblesse que l'homme se pencha si fort qu'il s'éloigna dangereusement de l'ange et se rapprocha outrageusement du robot. Être robot, c'est, en toute occasion, suivre la métronomie de la vérité, ne pas entendre la musique alogique du rêve et proclamer, docte et bête : « Je préfère être un diable en pacte avec la vérité qu'un ange en pacte avec le mensonge » - Feuerbach - « Ich bin lieber ein Teufel im Bunde mit der Wahrheit, als ein Engel im Bunde mit der Lüge ».

thomas d'aquin
Intellectus cognoscit quod quid est non solum definitiones, sed etiam enuntiabilia.

L'intellect forme des objets de deux sortes : définitions et énonciations.
Des idoles magiques et des formules logiques, un monde arbitraire et ses implacables requêtes hors toute langue. L'indépendance mutuelle rend souverains et le géniteur d'un nom enraciné et le locuteur d'un verbe désincarné. Et tout le reste est littérature, appel au mot.

de vinci l.
Chi disputa allegando l'autorità, non adopra lo 'ngegno, ma più tosto la memoria.

Celui qui, en raisonnant, en appelle à l'autorité utilise non pas son intelligence, mais sa mémoire.
En intelligence démonstrative on agit en expert de robotique (modus cogitandi) ; en intelligence justificative - en expert d'autorité (modus explanandi). La méta-intelligence, c'est la connaissance des sources d'autorité (modus conoscendi).

montaigne m.
Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine.
Une tête bien faite est celle qui, pour atteindre un but, a besoin d'un minimum de mémoire et de recherches et d'un maximum de subtilité et de vitesse. Équilibre entre fin et frein, entre interprète et organisation.

montaigne m.
Il faut s'enquérir qui est mieux savant, non qui est plus savant.
L'avantage équivoque de la verticale, face à l'horizontale. La vie des Terriens se moque des nappes et se fie aux surfaces.

bacon f.
Natural abilities are like natural plants, that need pruning.

Les dons naturels sont tels des arbres : il les faut élaguer.
Le meilleur tailleur s'appelle l'ironie : que trépasse ce qui dépasse l'homme en fleurs.

shakespeare w.
Brevity is the soul of wit.

La concision est l'âme de l'intelligence.
Sa fortune, en revanche, est dans le volume. Il n'y a qu'à visiter les bibliothèques !

boehme j.
Sein Hall und sein Geist gehet aus seiner Signatur und Gestaltnis in meine eigene Gestaltnis ein, und bezeichnet seine Gestaltnis in meine.

Sa musique et son esprit, comme signature et visage, pénètrent mon visage et s'unifient avec lui.
Une magnifique image de ce que j'appelle unification d'arbres ! Ce sont la musique et l'esprit qui munissent l'arbre monologique de variables dialogiques, pour qu'il puisse s'unir avec un regard ou un visage, c'est à dire avec un autre arbre. Une analogie érotique nous mènerait même jusqu'à l'accouplement (Paarung) husserlien comme symbole de l'unification heureuse.

descartes r.
Je ne me fie quasi jamais aux premières pensées qui me viennent.
Ta grande méprise fut d'appliquer ce sage réflexe - aux sentiments, où seuls les premiers valent la peine d'être savourés en tout abandon.

descartes r.
Les idées étant comme des images, il n'y en peut avoir aucune, qui ne nous semble représenter quelque chose.
C'est un galimatias qui mêle trois choses : l'idée, l'image, la représentation ; dans leurs acceptions les plus raisonnables, l'idée est une requête (hypothèse, question, ordre), dans le contexte d'une représentation fixe ; l'image est un moyen d'accès indirect (au-delà des étiquettes) aux choses ; la représentation est le fond préétabli et exploré par des idées formelles. Les entités de la représentation, ce ne sont ni idées ni images, mais concepts.

descartes r.
Les experts, qui ont de la facilité à entendre les raisonnements de la métaphysique, ne peuvent pas concevoir ceux de l'algèbre et réciproquement.
Puisque le don algébrique est pur, et le don métaphysique est impur ; l'imagination ne sert à rien pour ranger nos hontes, et l'écoute de notre moi ne produit aucun homomorphisme. Le raisonnement métaphysique ne vaut que par la qualité des errements, qu'il incorpore toujours.

descartes r.
C'est avoir les yeux fermés que de vivre sans philosophie.
Les yeux ouverts, tous se valent, tous deviennent calculateurs interchangeables ; on ne devient danseur unique que les yeux fermés, pour recevoir le rêve. Et la philosophie, ce n'est pas ton insertion dans une forêt, c'est l'apparition ou la création de ton arbre.

gracián b.
No todos los que ven han abierto los ojos, no todos los que miran ven.

De ceux qui voient il y en a qui n'ont pas ouvert les yeux ; de ceux qui regardent il y en a qui ne voient pas.
Ce qui vaut d'être vu ne se trouve pas toujours du même côté des paupières. Ne possèdent le vrai regard que ceux qui n'ont pas que les yeux pour voir.

pascal b.
L'homme est un roseau pensant.
Et la femme - un oiseau dépensant, quand elle s'y niche... Que de fermeté faut-il à la femme, pour porter haut sa fragilité ; que de hauts abandons faut-il à l'homme, pour affirmer sa profonde puissance ! « Il faut être femme avec masculinité et homme - avec féminité » - V.Woolf - « One must be a woman manly, or a man womanly ».

spinoza b.
Ordo et connectio idearum idem est ac ordo et connectio rerum.

L'ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses.
Les choses restent immuables, les idées, toujours renouvelées, ne cherchent qu'à les mouler. Le miracle, c'est quand celles-ci trouvent celles-là, sans les avoir cherchées.

spinoza b.
Qui se suosque affectus intelligit, lætatur...

Qui se comprend soi-même et comprend ses sentiments éprouve de la joie, car il y devient moins passif.
Ce funeste activisme d'un soi transparent rendit vos joies et vos yeux bien secs. Je me sens le plus près de moi-même, quand je suis le moins actif.

montesquieu ch.
Plus une tête est vide, plus elle cherche à se désemplir.
La tête a mille pièces, et le vide des mansardes contribue à la bonne garniture des caves. La voix née dans un souterrain peut parler de hautes voûtes.

leibniz w.
Nous utilisons les sens comme un aveugle utilise un bâton.
Nos sens sont connectés à deux usagers : le cerveau et l'âme, pour naviguer ou vivre des vertiges. Il faut être sourd pour ne pas l'entendre. Le bâton, à l'origine des vertiges spontanés, est une invention récente.

voltaire f.-m.
L'instinct, c'est tout sentiment et tout acte qui prévient la réflexion.
C'est la réflexion qui prévient l'instinct. L'instinct est la réflexion câblée, dont on ne voit pas le mécanisme, mieux huilé qu'une réflexion grinçante de syllogismes mal rodés.

vauvenargues l.
Les passions ont appris aux hommes la raison.
L'ingratitude étant le propre de la raison, celle-ci se détourna à jamais de ses origines et ne vit plus que du calcul.

kant e.
Was kann ich wissen ? Was soll ich machen ? Was darf ich hoffen ?

Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Qu'est-ce que j'ose espérer ?
Toutes les combinaisons verbales (neuf !) sont intéressantes. Par exemple : le Père peut, le Fils doit, l'Esprit ose - est bien connu. Plus frais serait : la perception ose, la représentation doit, l'interprétation peut. Mais ton ordre, à toi, montre que ni la raison pure (le savoir) ni la raison pratique (le faire) ne touchent à la raison d'espérer (le rêve), qui brille, chez toi, par son absence.

kant e.
Alles Denken ist nichts anderes als ein Vorstellen durch Merkmale.

Penser, ce n'est jamais que représenter par signes.
Ce qui exclut le désir, l'image d'un objet, la recherche de sa référence langagière, la constitution d'une formule logique, son interprétation, la recherche du sens des substitutions - cette pensée est du niveau d'une programmation informatique.

kant e.
Ich kann, weil ich will, was ich muß.

Je peux car je veux ce que je dois.
Une magnifique concision, pour décrire la meilleure cohabitation de la liberté, du désir et du destin !

kant e.
Sich einen Gegenstand denken, und einen Gegenstand erkennen, ist also nicht einerlei. Zum Erlebnisse gehören nämlich zwei Stücke : erstlich der Begriff, dadurch überhaupt ein Gegenstand gedacht wird, und zweitens die Anschauung, dadurch er gegeben wird.

Penser un objet et le connaître, ce n'est pas la même chose. La connaissance suppose deux éléments : d'abord le concept, pour lequel l'objet est pensé, et ensuite l'intuition, par laquelle il est donné.
Cette intuition est une espèce de mémoire du réel, qui justifie le concept et valide l'idée. Penser introduit le mot et l'image, qui peuvent soit précéder soit suivre l'intuition. Penser, c'est peindre le connaître. Connaître, c'est éduquer le penser.

kant e.
Die Vernunft wird durch den Hang ihrer Natur getrieben, sich in einem reinen Gebrauch zu den äußersten Grenzen aller Erkenntnis hinaus zu wagen, Ruhe zu finden.

La raison est mue par son penchant naturel d'avoir une audace pure d'aspirer aux dernières limites du savoir et d'y trouver la paix.
Tout cela est fortement douteux : il faut choisir l'axe, qui t'attire le plus - l'étendue, la profondeur ou la hauteur ; quant à cette misérable paix, gagnée à coups de connaissances, je lui préférerais une docte ignorance, qui m'apporterait davantage de vertiges. L'espérance des indoctes vaut plus que la suffisance des doctes (à l'époque, où l'on croisait encore quelques sages dépenaillés, Démocrite prêtait l'espérance - aux doctes, et la suffisance - aux indoctes).

chamfort n.
L'homme me paraît plus corrompu par sa raison que par ses passions.
Mais notre siècle revigoré n'est que le prologue du règne sain et soporifique de l'intelligence sans fougue ; le naïf impétueux devint un pensif précautionneux.

lichtenberg g.
Nicht zu sagen Hypothese, noch weniger Theorie, sondern Vorstellungsart.

Ne parle pas d'hypothèses, encore moins de théories, mais de mode de représentation.
Tout raisonnement n'est peut-être que des enchaînements de représentations (« La pensée est une représentation » - Heidegger - « Der Gedanke ist eine Vorstellung »). Ou, au contraire, toute représentation n'est que résultat des réinterprétations volontaristes (que Schopenhauer oublie d'ajouter à volonté et représentation) ; la volonté arbitraire et la représentation fatale se courent derrière : « Le destin s'imposait, mais mieux s'imposait ma volonté » - Nietzsche - « Das Schicksal war herrisch zu mir, aber herrischer war mein Wille ». Un trait subtil, représenter les mondes hypothétiques, où germent la volonté de renaissance et la représentation de commencements.

lichtenberg g.
Es ist mit dem Witz wie mit der Musik, je mehr man hört, desto feinere Verhältnisse verlangt man.

Il en est de l'esprit comme de la musique ; plus on l'entend, plus on exige de subtiles nuances.
Le bel esprit est un contrapuntiste multipliant des accords paradoxaux de sentiments. « La musique est un intermédiaire entre la vie de l'intelligence et celle du sentiment » - Beethoven - « Musik ist Vermittlung geistigen Lebens zum sinnlichen ».

goethe j.-w.
Der Irrtum wiederholt sich immerfort in der Tat, deshalb muß man das Wahre unermüdlich in Worten wiederholen.

L'erreur se répète, immanquablement, dans l'acte. C'est pourquoi on doit répéter, inlassablement, le vrai en paroles.
L'erreur se glisse aussi aisément dans la parole. Mais, contrairement aux paroles, bon nombre d'actes sont irréversibles. Toute parole est réfutable ou falsifiable, et c'est là son côté créateur. Le solipsisme est stérile puisque irréfutable.

goethe j.-w.
Der Mensch ist nicht geboren, die Probleme der Welt zu lösen, wohl aber zu suchen, wo das Problem angeht.

L'homme n'est point né pour résoudre les problèmes du monde, mais pour chercher où le problème surgit.
Le problème de l'homme naît, quand un nouveau mystère parvient à le détourner des solutions des hommes.

goethe j.-w.
Da grau, mein Freund, ist alle Theorie,
Und grün des Lebens ew'ger Baum.

Mon bon ami, la théorie s'effeuille,
Sempervirent est l'arbre de la vie.
On sait où mène la pratique, en fait d'arbres : le Bouddha, Éden ou le marché de gros en savent quelque chose. Tout arbre est une belle théorie, dont les fleurs poussent, quand on maîtrise les racines, tout en aspirant aux cimes. La théorie est grise, mais les cendres et la poussière le sont davantage. La théorie fait sortir des saisons et habiter un climat, concilier la fleur d'avec le fruit, la racine d'avec les cimes, la feuille d'avec les ramages, la lumière d'avec les ombres. Plus que la vie profonde de l'esprit, c'est la vie haute de l'âme qui l'assure : « La philosophie doit garder la ligne de faîte de l'âme, donc la fécondité de tout ce qui est grand »** - Nietzsche - « Die Philosophie soll den geistigen Höhenzug festhalten ; damit die Fruchtbarkeit alles Großen » - la fécondité de créateur d'arbres, aux feuilles variables, ouvertes à l'unification. Un arbre est grand, quand tout autre arbre, unifié avec lui, en sort grandi.

goethe j.-w.
Das Genie kommt mir vor wie eine Rechenmaschine : die wird gedreht, und das Resultat ist richtig ; sie weiß nicht warum.

Je vois le génie comme un ordinateur : il tourne et sort le bon résultat, sans savoir pourquoi.
L'ordinateur sait de mieux en mieux ses pourquoi, c'est le qui du génie qui devint introuvable.

rivarol a.
La philosophie étant le fruit d'une longue méditation et le résultat de la vie entière, ne doit jamais être présentée au peuple, qui est toujours au début de la vie.
Le peuple est toujours en route, au milieu de la vie, ne connaissant le fruit que par la confiture, et ne lisant le résultat que sous forme d'un mode d'emploi. La philosophie, même si elle se justifie par le souci des fins, se consacre à la gloire des commencements.

maistre j.
Le chef-d'œuvre de raisonnement est de découvrir le point, où il faut cesser de raisonner.
Le sot, chancelant et labile dans ses raisons, y voit la justification de ses charabias. Le sage sait, qu'on ne fait que raisonner et qu'on ne change (aux points de chefs-d'œuvre) que de langage.

maistre j.
Matérialiser l'origine de nos idées est le résultat le plus avilissant pour l'esprit humain.
Les déclarer innées ne les élève pas très haut non plus. Leur premier pas n'est ni dans notre nez ni dans nos gènes, il est dans le hasard divin.

joubert j.
L'esprit est l'atmosphère de l'âme. La pensée se forme dans l'âme comme les nuages se forment dans l'air.
Cette atmosphère, le plus souvent, interdit toute éclosion de vies hautes et toute pénétration par la lumière des astres. Elle saisit, sans envelopper de caresses ; elle étale, sans développer de largesses. Et, en mettant les choses au mieux, ne fait qu'arroser la montagne de mots, comme le chien des meutes honore l'arbre solitaire. Le rêve impossible : l'âme comme l'esprit enchanté, l'esprit comme l'âme concentrée.

joubert j.
Il vaut mieux remuer une question, sans la décider, que la décider, sans la remuer.
Remuer une question, c'est d'y introduire un maximum de variables, pour des unifications futures. La décision d'une question mal remuée ne contient que de la vérité.

joubert j.
Tant qu'on a la force de se plaindre de la faiblesse de son esprit, l'esprit a de la force.
Regretter la force exclusive de son esprit est encore plus prometteur, on peut découvrir, en passant, l'existence de son âme, à la faiblesse vivifiante. « L'amour, c'est pouvoir être faibles ensemble » - Valéry.

chateaubriand f.-r.
L'homme s'appauvrit en pensées dans la mesure qu'il s'enrichit en sentiments.
Poète, riche en émotions inéchangeables, frappe sa propre pensée, en valeur d'échange ; à charge des autres à la convertir en biens du cœur. La pensée la plus savante, dépourvue d'empreinte poétique, se range vite parmi musées ou bibliothèques.

hegel g.
Genie ist ein Mensch, der die meisten Gegensätze versöhnt.

L'homme de génie est celui qui réconcilie le plus de contraires.
En nombre de contraires réconciliés l'homme de génie ne dépasse pas n'importe quelle crapule. Mais il les aborde simultanément et en langages différents, tandis que le goujat ânonne toujours dans un même idiome, mais aux moments différents.

hegel g.
Die Wahrheit der unabhängigen Gewissheit ist eine knechtische Gewissheit.

La vérité de la conscience indépendante est la conscience servile.
L'indépendance d'esprit est plutôt dans le sacrifice (de ce qui ne dépend plus que des autres - donc, servilité), que dans la fidélité (à ce qui ne dépend que de toi - donc, maîtrise).

hegel g.
Was ist wohlbekannt ist nicht bekannt.

Ce qui est bien connu n'est pas connu.
C'est, une fois de plus, un problème de câblage : dès que le comment est enfoui, caché dans un interprète câblé, il ne s'agit plus de connaissance, mais d'exécution (tel l'art militaire ou l'art tout court !). Connaître, c'est accéder intelligemment aux attaches des connaissances sans nécessairement les déclencher.

hegel g.
Die Tiefe des Geistes ist nur so tief, als er auszubreiten und sich zu verlieren getraut.

La profondeur de l'esprit vaut par son audace de s'étaler et de se perdre.
Quand je vois le résultat de cette déperdition et de cet étalage - l'immense platitude, - je comprends l'avantage de la hauteur d'âme, qui a l'audace de se moquer de la profondeur, si facilement aplatissable.

hegel g.
Das Philosophieren, das sich nicht zum System konstruiert, ist eine beständige Flucht vor den Beschränkungen, ein Ringen nach Freiheit.

Philosopher, sans former de système, est une fuite devant des contraintes, une lutte pour la liberté.
Formuler des contraintes, plutôt que des buts, est signe d'une intelligence supérieure. Plus les contraintes sont fortes, plus à l'aise s'y sent le talent. La paix d'âme, cette liberté acquise, est un réquisit trop minable, pour tenir aux systèmes. La bonne philosophie est dans les commencements ; le reste n'est que retour du même.

hegel g.
Dem Ziele der Philosophie ihren Namen der Liebe zum Wissen ablegen zu können und wirklich das Wissen zu sein.

Effacer ce nom d'amour de savoir, collé au but de la philosophie, pour y inscrire un savoir réel.
Que tu appelleras savoir absolu, où l'on chercherait en vain du savoir ou de l'absolu (comme dans la Science de la Logique on ne trouve ni science ni logique). La philosophie n'a que deux buts : de la consolation du mortel, et de la démarcation de valeurs entre la réalité, le langage et la représentation. Le savoir est affaire des experts ; le philosophe n'a besoin que d'intelligence et de talent.

novalis f.
Jede Wissenschaft, Philosophie geworden, wird Poesie.

Toute science devient poésie, une fois devenue philosophie.
Et toute philosophie perd sa poésie substantielle en aspirant à devenir science formelle.

novalis f.
Die Philosophie ist eigentlich Heimweh, ein Trieb, überall zu Hause zu sein.

La philosophie est, au fond, une nostalgie, un besoin pulsionnel d'être partout chez soi.
Le point zéro du regard, point commun des exilés et des philosophes. Valéry, irrité par l'absence, en philosophie, de buts clairement formulés, ne comprit pas que la bonne philosophie est plutôt la contrainte d'avant le premier pas que le but d'après le dernier, frein avant fin.

novalis f.
Je reiner der Geist ist, desto heller, feuriger das Leben.

Plus pur est l'esprit, plus lumineuse et plus ardente sera la vie.
L'esprit ne fait que choisir les matières, dont se nourrit ton feu sténophage, les lumières, que refléteront tes ombres, et le lieu, où seront déposées tes cendres. C'est l'esprit qui procure aliments et excitants, pour que ton feu intérieur soit pur et tes ombres extérieures - puissantes. De la rencontre, impossible sur Terre, de la pureté et de l'intensité naît la hauteur ; sur Terre, on dit : « Qu'y a-t-il au monde de plus contraire à la pureté ? La recherche de l'intensité » - S.Weil.

schlegel f.
Verstand ist mechanischer, Witz ist chemischer, Genie ist organischer Geist.

L'intelligence est la raison mécanique, l'esprit - chimique, le génie - organique.
L'organique et le chimique se traitent, aujourd'hui, comme jadis le mécanique ; notre milieu robotique leur adresse le même respect pragmatique. Toutefois, la plupart des organismes devinrent déjà mécanismes, pour reproduire le bruit ambiant : « Tout organisme est une mélodie, qui se chante elle-même »** - Merleau-Ponty.

byron g.
Those who will not reason, are bigots, those who cannot, are fools, those who dare not, are slaves.

Les fanatiques ne veulent pas raisonner, les imbéciles ne peuvent et les esclaves n'osent.
Aujourd'hui, tout le monde veut, peut et ose. Le sot n'est plus ni esclave ni fanatique, et sa raison, sous forme d'un mode d'emploi, est librement acceptée, même par les sages.

schopenhauer a.
Daß die niedrigste aller Tätigkeiten die arithmetische ist, wird dadurch belegt, daß sie die einzige ist, die auch durch eine Maschine ausgeführt werden kann. Danach bemesse man den mathematischen Tiefsinn.

Que la plus basse des facultés est l'arithmétique, se confirme par le fait qu'elle soit la seule à être reproduite par la machine. Voilà la prétendue profondeur de la pensée mathématique.
Aucune matière, de versification à théologie, n'échappe plus à la machine, comme jadis à la plume. Il s'agit d'avoir une bonne hauteur de plume et de ne pas être terrorisé par la profondeur des porte-plumes.

pouchkine a.
Ума холодных наблюдений и сердца горестных замет.

De froids regards de l'esprit et de mornes notes du cœur.
Une confusion de fonctions : c'est au cœur que d'observer et à l'esprit de noter ! L'esprit ne voit que des formules ; le cœur ne note que des ratures.

hugo v.
Changez de feuilles, gardez les racines.
Le déracinement m'appartient, d'autres m'effeuillent. Les fleurs me payent les cimes. L'homme est un arbre, irréductible ni à la feuille ni à la racine ; « les hommes sont semblables aux feuilles des arbres » - Homère - c'est grâce à ces feuilles d'inconnues qu'ils réussissent des unifications fécondes !

emerson r.w.
The invariable mark of wisdom is to see the miraculous in the common.

Voir du miraculeux dans du banal est toujours un signe de la sagesse.
Mais si tu n'es pas capable de ne plus voir le visible, ce signe sera rattrapé illico par la bêtise, qui réduira le miraculeux au banal. Le poète, serait-il le seul porteur de la vraie sagesse, celle de l'omniprésente merveille : « La sagesse poétique est la théologie raisonnée de la providence divine »* - G.B.Vico - « La sapienza poetica è la teologia ragionata della provvidenza divina » ?

tolstoï l.
Знание смиряет великого, удивляет обыкновенного и раздувает маленького человека.

Avec le savoir, le grand homme devient plus humble, l'ordinaire - plus étonné, le petit - plus arrogant.
Plus on est grand, plus petits paraissent tout acquis côté tête et toute perte côté pieds.

tolstoï l.
Большинство жизненных задач решаются как алгебраические уравнения : приведением их к самому простому виду.

La plupart des problèmes de la vie se résolvent comme des équations algébriques : par la simplification.
La reconnaissance des similitudes et la bonne notation des variables font défaut à l'algèbre de la vie. Elle a trop de singularités auprès des points critiques.

renan e.
Toute solution me barre des horizons problématiques.
Mais sans pratique des solutions tout mystère est plus étroit que des horizons. Pour les élargir il faut grimper sur des solutions piétinées.

renan e.
Il m'a fallu les langues sémitiques et la critique allemande pour aboutir aux mêmes conclusions que Gavroche.
Les plus belles avancées se réalisent à travers les contraintes respectées, - et tout savoir vaut surtout en tant que contrainte - le tour de passe-passe de l'artiste est dans un bel arrêt sur l'avant-dernier pas, juste avant la conclusion, ce baroud d'honneur.

dostoïevsky f.
Меж нами, в наших сношениях, одни знаки, словно в твоей алгебре.

Entre nous, dans nos relations, il n'y a que des signes, comme dans ton algèbre.
Le rôle des signes des Maîtres est plutôt de peindre les beaux chemins d'accès aux choses, plus que de narrer les choses elles-mêmes. L'un voit dans ces signes - de vastes arbres aux branches couvertes de belles inconnues, et l'autre - de banales constantes : chiffres ou choses. Même unifié, l'artiste a beaucoup à dire, il a toujours autant d'inconnues.

dostoïevsky f.
Неотвратимые результаты сознания : скука и упадок.

Les résultats obligés de la conscience : l'ennui et la résignation.
La jovialité et la dignité couronnent l'inconscience. Il faut choisir entre le bonnet d'un âne, heureux et sans foi, et les nimbes ombrageux, que ne voient que des hommes de foi.

france a.
Pour digérer les connaissances, il faut les avaler avec appétit.
Surtout quand elles se mettent au travers de la gorge. Une déchirure, au niveau des cordes vocales, vaut bien une indigestion cérébrale due aux bouillies trop claires. « On doit goûter certains livres, en avaler d'autres, mâcher et digérer les troisièmes »** - F.Bacon - « Some books are to be tasted, others to be swallowed, and some few to be chewed and digested ».

france a.
L'idée n'appartient pas à celui qui l'a trouvée, mais à celui qui l'a attachée à la conscience humaine.
On ne trouve pas les idées, on tombe dessus, sans crier gare, on trébuche. Et les attacher signifie ne pas se relever, compter les bosses et tâtonner autour. L'artistisme du tâtonnement attache à la conscience.

france a.
Les philosophes savent que les poètes ignorent la pensée et cela les désarme et fascine.
Car le vrai philosophe n'ignore pas le sort titubant de ses échafaudages pseudo-logiques éphémères, et il admire le poète, qui érige le même édifice uniquement par un bel élan du mot.

nietzsche f.
Der Zuwachs an Weisheit läßt sich genau an der Abnahme an Galle bemessen.

L'augmentation de la sagesse se laisse mesurer exactement d'après la diminution de bile.
Un bon producteur de bile se mue difficilement en émetteur d'encens, et le crachat manque toujours ce qu'atteint le fiel.

nietzsche f.
Es gibt keine Fakten - nur Interpretationen.

Il n'y a pas de faits, rien que des interprétations.
C'est ce qui valait pour l'homme prenant ses distances avec la machine qui, elle, est impuissante sans les faits. Mais l'herméneutique a d'autant moins de chances de s'opposer aux boutiques que l'interprétation est de plus en plus câblée devenant ainsi un fait de plus.

nietzsche f.
Das tiefe deutsche Überlegen ist oft nichts anderes als ein schmerzliches Verdauen.

La profonde réflexion allemande n'est souvent qu'une pénible digestion.
Vu d'une époque, où, surtout, on mâche et remâche, en n'avalant que pour remplir des cases d'une mémoire mécanique, - digérer ne me paraît pas si ennuyeux. Bien que je reste partisan inconditionnel de goûter.

nietzsche f.
Die tiefsten Bücher werden immer etwas von dem aphoristischen Charakter haben.

Les livres les plus profonds garderont toujours quelque chose du genre aphoristique.
« L'homme au souffle immensément long, acceptant la contrainte des propos les plus courts » - Canetti - « Ein Mensch von ungeheuer langem Atem, der sich zu kürzesten Sätzen zwingt  ». Ce genre vous oblige à dévoiler votre hauteur ; à une bonne hauteur, viser la profondeur peut dispenser de l'atteindre. « L'aphorisme n'a quoi faire de la vérité, mais il doit la survoler » - K.Kraus - « Ein Aphorismus braucht nicht wahr zu sein, aber er soll die Wahrheit überfliegen ».

nietzsche f.
Die Philosophie ist eine Kunst in ihren Zwecken und in ihrer Produktion. Aber das Mittel, die Darstellung in Begriffen, hat sie mit der Wissenschaft gemein.

La philosophie est un art dans ses fins et sa production. Mais le moyen, la représentation en concepts, elle l'a en commun avec la science.
Les concepts irriguent, avec la même densité, les balivernes et les sagesses ; la science n'a aucun rapport avec la philosophie, qui a pour vocation de munir de musique et nos angoisses et nos savoirs.

nietzsche f.
Dem Werden den Charakter des Seins aufzuprägen.

Imprimer au Devenir le caractère de l'Être.
Ce qui persiste dans le devenir (« das Bleibende im Werden » - Heidegger) est ce qui n'existe pas ; on peut donc le nommer, à bon droit, Dieu ou Être. Mais l'Être n'est que le Devenir de l'esprit en exil, et le Temps est peut-être l'être du Dieu déchu. L'Être - la puissance de la volonté ; le Devenir - la volonté de puissance. Allant à leur rencontre, l'un vers l'autre, ils se muent, respectivement, en l'étant et le devenu, ces synonymes.

rimbaud a.
Je pense : on devrait dire on me pense. Tant pis pour le bois, qui se trouve violon.
La seule pose, qui autorise de dire je suis, serait, donc, celle d'un traducteur ou d'un interprète, mais non de choses visibles ou de causes intelligibles, qui toujours se valent quoi qu'en pense Montaigne : «  ils laissent les choses et courent aux causes » ; quelle que soit leur cible, sans bonne pose, ils n'arriveront qu'aux positions ou postures grégaires.

wilde o.
Nothing that is worth knowing can be taught.

Rien de ce qui vaut d'être su ne peut être enseigné.
Enseigner, c'est se servir de vases communicants. Savoir, c'est fabriquer des vases. Pourquoi le savoir du savoir n'existerait-il pas ? « Le génie est le don d'atteindre ce qui ne peut être ni appris ni enseigné »** - Kant - « Genie ist das Talent der Erfindung dessen, was nicht gelehrt oder gelernt werden kann ». Une nette exception à cette règle est la vérité, quoiqu'en dise H.Hesse : « On vit, on n'enseigne pas la vérité » - « Die Wahrheit wird gelebt, nicht doziert ».

wilde o.
I know pretty well that we live in an epoch, when only fools are taken seriously, and I live in terror of not being misunderstood.

Je sais trop que nous vivons dans un siècle, où l'on ne prend au sérieux que les imbéciles, et je vis dans la terreur de ne pas être incompris.
« Toute communion rend commun » - Nietzsche - « Jede Gemeinschaft macht gemein ». Il est plus difficile de comprendre un imbécile, car il ne s'éclaire jamais de paradoxes. La pensée orthodoxe est toujours borgne.

wilde o.
The intellect is an instrument on which one plays, that is all.

L'intellect n'est qu'un instrument, sur lequel on joue, et c'est tout.
Il y en a de deux sortes : à vent (irascible) et à cordes (sensibles). Mais un plein vent côté dents ou un bon doigté côté langue - sont indispensables, pour que naisse une belle mélodie.

bergson h.
L'intelligence, c'est l'art de créer des objets artificiels, surtout des outils pour fabriquer des outils.
C'est encore un moyen rêvé de rester dans l'inutile fécond. « L'intellect saisit facilement les méthodes et outils, mais il est aveugle, face aux buts et valeurs »* - Einstein - « Der Intellekt hat ein scharfes Auge für Methoden und Werkzeuge, aber er ist blind gegen Ziele und Werte ».

bergson h.
L'intelligence, dans ce qu'elle a d'inné, est la connaissance d'une forme, l'instinct implique celle d'une matière.
Les deux sont de grands mystères, bien que tuaies cherché à les dégrader : « L'instinct et l'intelligence représentent deux solutions élégantes d'un seul problème ». L'instinct est une vraie intelligence, celle d'un acte aveugle, ne tenant à se justifier qu'a posteriorii ; il est une connaissance a priori. La forme est une connaissance a posteriori, bien que Platon pense l'inverse.

bergson h.
L'intelligence reste le noyau lumineux, autour duquel l'instinct, même élargi et épuré en intuition, ne forme qu'une nébulosité vague.
Ce qui craint la forme fixe (la liberté, le génie) s'abaisse volontiers, jusqu'à un seul point, point zéro de la création, pour laisser s'exercer une lumineuse dictature, dont on n'est qu'instrument ravi, producteur d'ombres. Un bon instinct est une étincelle de l'intelligence câblée.

mallarmé s.
Le coup de dés jamais n'abolira le hasard.
Le tirage de loterie n'exclut pas ma chance ou le coup d'œil préservant le regard - c'est aussi profond et bête. Et dire que hasard veut dire jeu de dés... Un autre a dit cette ineptie : « Le calcul vaincra le jeu ». Pour Einstein, Dieu répugne le jeu de dés probables et se consacre aux lois nécessaires ; tandis que Nietzsche, « en extase devant les coups de dés divins, pour de nouvelles créations » - « zitternd von schöpferischen neuen Götter-Würfen », en fait l'initiateur du possible artistique.

mallarmé s.
Signifier, fonction du numéraire facile et représentatif.
Une des grandes erreurs de ceux qui voient mal la place du langage. Signifier, c'est interpréter, à travers le langage, un dialogue sur le fond d'une représentation. L'infini du langage et l'infini des interprétations rendent secondaire le rôle de la représentation.

chestov l.
Философы говорят о своих идеях, как адвокаты о своих клиентах, ворах и мошенниках.

Les philosophes parlent de leurs idées comme avocats de leurs clients : voleurs et fraudeurs.
Que c'eût été bien, si ç'avait été vrai ! Mais ils s'érigent en auteurs de codes pénaux ! La plus noble des justices naît sur les bancs des accusés, les jours fastes ou les nuits néfastes.

unamuno m.
Otros piensan con todo el cuerpo y toda el alma, con la sangre, con el tuétano de los huesos, con el corazón, con los pulmones, con el vientre, con la vida. Y las gentes que no piensan más que con el cerebro, dan en definidores.

D'autres pensent avec tout le corps et toute l'âme, avec la moelle des os, avec le cœur, avec les poumons, avec le ventre, avec la vie. Et les gens, qui ne pensent qu'avec le cerveau, donnent des définitions.
Le ventre songeur, la moelle des os ployée sous le poids des syllogismes, le corps éructant quelques métaphores mal digérées - non, au pays du verbe je suis contre la république et pour la tyrannie du cerveau.

chesterton g.k.
It isn't that they can't see the solution. It is that they can't see the problem.

Ce n'est pas qu'ils ne puissent pas voir la solution ; c'est qu'ils ne peuvent pas voir le problème.
Et quand ils le voient, ils essayent de le « résoudre par une ingénierie » - T.S.Eliot - « try to solve problems of life in terms of engineering ». Non pas que nous ne voulions pas entendre le récit du problème ; c'est que nous voulons entendre la musique du mystère.

rozanov v.
Есть две философии : желающих высечь и высеченных.

Il existe deux philosophies : celle de l'homme ayant envie de donner le fouet à quelqu'un et celle de l'homme fouetté.
Et quand elles se rejoignent, cela donne la philosophie du banc des accusés, la plus juste de toutes.

claudel p.
Pour connaître la rose, quelqu'un emploie la géométrie et un autre emploie le papillon.
D'autres encore font parler le nez, les yeux ou l'âme. La rose se donne à la connaissance (« Parmi les piqûres que t'inflige le présent, voir dans la raison - une rose » - Hegel - « Die Vernunft als die Rose im Kreuze der Gegenwart zu erkennen »), en se fanant : « Un nez trop approché anéantit la rose »* - R.Browning - « Any nose may ravage with impunity the rose ».

claudel p.
La faiblesse de la mathématique : elle manipule des entités abstraites et non pas réelles.
Mal t'en prit, toi, qui touchas à la plus grande des abstractions, Dieu ! Ne comprends-tu donc pas, que Dieu est ce principe, qui rend les abstractions possibles et étrangement cohérentes avec la réalité ? Qu'on appellera réminiscences platoniciennes ou ressouvenirs cartésiens.

claudel p.
La poésie ne plonge pas dans l'infini, pour trouver du nouveau, mais au fond du défini, pour y trouver de l'inépuisable.
Dans vos fichues profondeurs, qu'elles soient infinies ou définies, on ne tombe que sur des cloaques irrespirables. C'est dans la hauteur solitaire qu'on respire de l'éternellement nouveau, en s'enveloppant de son vide inépuisable.

valéry p.
L'intelligence nage en tenant la poésie hors de l'eau.
Mais au prix de quelles convulsions des mots flotteurs ! Les idées sont des barques au service du nageur ; les mots ne sont que des bouées au service de l'étoile.

valéry p.
Approfondir une pensée, c'est l'éprouver par des rôles de plus en plus difficiles.
En plus, ses passages devraient être si radicaux, qu'au lieu d'admirer la pensée on se mettrait à admirer le langage du nouveau rôle. On ne peut pas être un grand acteur, si l'on ne convainc que dans un seul rôle.

valéry p.
La meilleure philosophie est celle qui nous apprendrait à mettre tout problème en équations.
C'est-à-dire avec des variables dont on connaît d'avance les domaines de valeurs. Il suffit de chercher de bonnes substitutions. Le sot n'a besoin que d'égalités.

valéry p.
L'imbécile est celui qui n'a pas l'idée de se servir de ce qu'il possède.
Des trois chambres de trésor, que Dieu a mises en nous - l'âme, le cœur et la raison - seule la dernière est indiquée en chiffres lumineux, jolis taux d'intérêts. D'où le déficit chronique dans les échanges avec deux autres.

valéry p.
Parfois je pense, et parfois je suis.
Penser, c'est voir naître en images (pour Descartes, c'est entendre, vouloir, imaginer) ; être, c'est concevoir sans images.

valéry p.
N'invente pas, quand il suffit de savoir.
On invente, lorsque, en plus, on tient à la qualité de cheminement et de contraintes.

valéry p.
L'esprit est absurde par ce qu'il cherche, et grand par ce qu'il trouve.
Il cherche l'idée et ne trouve que le langage. L'idée n'est qu'un projet, les mots sont des objets naissant des contraintes et ne devant pas grand-chose à l'idée.

valéry p.
Toute philosophie, où le mot vie est explicateur, est nulle.
J.Benda t'accuse d'en être l'un des adeptes. La vie, cet implexe hors logique, cette instase sans Dieu, a peut-être sa place dans la philosophie extatique en tant que implicateur.

valéry p.
Ma philosophie ne tend qu'à représenter et à tenter de voir ce qu'une représentation suggère de changer dans les valeurs et les connexions.
C'est la définition même du modèle  ! Qui est non-langage, au-dessus de la vie-réalité. Aujourd'hui, tu serais cogniticien ! Comme Aristote et Kant !

morgenstern ch.
Der Baum wartet nicht bloß auf unsere Erkenntnis ; er wirbt mit seiner Weisheit aller Enden um Verständnis.

L'arbre vaut plus que notre connaissance ; dans sa sagesse achevée, il s'attend à l'entente.
Le stade final de ton arbre complice - le banc des accusés, la croix.

suarès a.
Le bonheur de vivre : donner toute sa musique à la pensée.
Toute musique, qui court après la pensée, est en-dessous de tout syllogisme. Celui qui a de la musique intérieure et qui la laisse partir dans la nature découvre, médusé, que d'étranges et aériennes pensées se mettent à l'accompagner et la munissent d'ailes.

gide a.
La science ne progresse qu'en remplaçant partout le pourquoi par le comment.
Le quoi inépuisable est chasse gardée de la philosophie, les et quand imprévus - de l'art.

gide a.
Il n'y a pas de problème, il n'y a que des solutions. L'esprit de l'homme invente ensuite le problème.
C'est vrai, le meilleur cycle est : mystère, problème, solution, mystère. Une fois la solution sous la main, l'homme aurait dû retourner au mystère au lieu de faire du sur place avec des problèmes. Remarquez qu'on n'est pas invité ici à ne vivre que de solutions... « L'homme se trouve avoir un répertoire de solutions et s'habitue à ne pas prendre contact avec les problèmes radicaux » - Ortega y Gasset - « El hombre, ya heredero de un sistema cultural, se va habituando a no tomar contacto con los problemas radicales ».

russell b.
Mathematics possesses a beauty cold and austere, like that of a sculpture, sublimely pure, such as only the greatest art can show.

La mathématique a cette beauté, froide et austère, telle une sculpture, d'une sublime pureté, que seul un grand art est capable de produire.
La mathématique a tout pour séduire une âme, mais le cerveau doit déjà posséder de bons interprètes de mélodies et de bons prismes de couleurs pour animer ces Galatée. Il est impossible d'être créateur, sans être interprète ; l'homme, sans se réduire à une machine, néanmoins en contient plusieurs. « Il y a de la géométrie dans la caresse des cordes ; il y a de la musique dans les sections coniques » - Pythagore.

russell b.
Logic gives the method of research in philosophy, just as mathematics gives the method in physics.

La logique donne une méthode de recherche à la philosophie, exactement comme la mathématique à la physique.
La mathématique est la seule représentation de la réalité physique, qui ne demande pas de confirmation ; elle en est, peut-être, la vraie ontologie, à la fois son fond et sa forme géométrique. Mais la philosophie en est la forme musicale ; elle est une tentative de traduire en musique tout bruit de la vie. Et la logique y apporte aussi peu que la grammaire - à la poésie. Devant l'entrée de l'édifice philosophique, on devrait écrire : interdit aux non-musiciens.

russell b.
The sense of being more than Man is to be found in mathematics as surely as in poetry.

La mathématique, avec autant de force que la poésie, donne la conscience d'être plus que l'homme.
C'est de ce côté-là que le surhomme aurait dû chercher son excellence ! L'intensité de l'harmonie extérieure rencontrant l'intensité de la conscience intérieure, dans le sentiment d'un grand retour du même : la recherche du vrai mathématique dans le réel coïncidant avec celle du beau poétique dans l'imaginaire.

péguy ch.
Dis-moi comment tu traites le présent, et je te dirai de quelle philosophie tu es.
Le présent n'a pas la dimension du passé ou de l'avenir et doit être traité de point, non pas de point d'arrivée ou de départ, mais de point dont s'évalue toute circonférence digne d'être observée. Les horizons, pour donner du vertige, doivent être hauts.

rilke r.-m.
Wir : Zuschauer, immer, überall, dem allen zugewandt und nie hinaus !

Nous sommes le regard, toujours, partout : tournés vers tout sans y être !
Être Ouvert, ce n'est pas seulement tendre vers ses propres limites, mais aussi reconnaître, ravi, que celles-ci ne t'appartiennent pas, tu n'y es pas. L'intérêt de l'axe clos-ouvert est montré par la facilité, avec laquelle Rilke proclame ouvert - l'animal, et clos - l'homme. Pourtant, toute frontière de l'animal lui appartient et fait partie de son monde.

hesse h.
Ein Baum spricht : in mir ist ein Kern, ein Funke, ein Gedanke verborgen.

L'arbre annonce : je recèle le fond, l'étincelle et la pensée.
Les hommes, en quête de surfaces, de lampes et de recettes, ne t'entendent plus.

churchill w.
The farther back you can look, the farther forward you are likely to see.

Plus loin en arrière on regarde, plus loin en avant on peut voir.
Les sots s'intéressèrent toujours aux projections horizontales. La meilleure leçon du passé serait de faire pencher le regard vers la verticalité. « Plus long est ton chemin, plus court est ton savoir » - Lao Tseu.

churchill w.
It is a good thing for an uneducated man to read books of quotations.

Lire des livres de citations est une excellente occupation pour ignares.
Quand ni ex-citation ni in-citation n'accompagnent la citation, on se contente de ré-citation de procès-verbaux, de modes d'emploi et de recettes de cuisine, lectures préférées des savants.

einstein a.
The important thing is not to stop questioning.

Le principal est de ne pas s'arrêter à poser des questions.
C'est la part des images, des inconnues et des négations, formant la question, qui est encore plus importante que ce prurit.

einstein a.
Probleme lassen sich nicht mit den Denkweisen lösen, die zu ihnen geführt haben.

Les problèmes ne se résolvent pas avec l'état d'esprit, qui nous y a amenés.
Comme les mystères ne se dissipent pas avec le même état d'âme, qui nous y a plongés. Les images, les mots, les concepts - dans chaque domaine nous avons un expert indépendant : l'âme, le cœur, l'esprit. Choisir un mystère, énoncer un problème, inventer une solution.

einstein a.
Das Ziel jeder Tätigkeit des Intellekts ist es, ein Wunder in etwas zu verwandeln, was man begreifen kann.

Le but de toute intelligence est de transformer un miracle en quelque chose de compréhensible.
On finit par se contenter de choses comprises et on ne voit plus de miracles. L'intelligence, d'une industrie secondaire de transformation passa au tertiaire, à l'assurance-vie.

einstein a.
Freude am Schauen und Begreifen ist die schönste Gabe der Natur.

La joie de contempler et de comprendre est le plus beau don de la nature.
Ce sont deux dons différents - le regard et l'intelligence, le mystère du soi inconnu et la créativité du soi connu.

kraus k.
Nur der hat einen Gedanken, der das Wort hat, in das der Gedanke hineinwächst.

Pour produire une pensée, il faut déjà avoir le mot, dans lequel la pensée s'anime.
Le mot serait une fleur et la pensée - la direction du piédestal, où il faudrait la déposer.

bachelard g.
En ce temps du lointain savoir, où la flamme faisait penser les sages, les métaphores étaient de la pensée.
Les sages d'aujourd'hui sont handicapés de métaphores, mais bardés de prothèses - outils, méthodes, approches - pour fréquenter les quatre éléments qui te fascinent : le feu des polémiques professorales, l'eau d'un langage argotique, l'air des idoles, la terre basse de leurs horizons.

pessõa f.
Je passe ma vie à me demander si je suis profond, sans autre sonde que mon regard.
Tu te trompes d'outil : le regard ne sert que pour mesurer la hauteur. Pour la profondeur, suffisent des balances ou des mémoires.

pessõa f.
L'existence d'un problème suppose l'inexistence d'une solution.
Le problème ne vit que dans son langage, tandis que la solution consiste en substitutions, hors du langage, dans un modèle. On peut continuer à chanter une chanson même sans les oreilles, auxquelles elle fut destinée.

pessõa f.
J'ai beau voir et comprendre la vie, je ne peux la toucher.
C'est un langage de machine ! Heureusement, l'homme se débat contre la vie, sans la voir ni, encore moins, la comprendre. Combattre un ange, plutôt que scruter une bête. Être un ange et en vivre la souffrance, plutôt que « faire une bête de soi-même pour se débarrasser de la douleur d'être un humain » - S.Johnson - « to make a beast of himself in order to get rid of the pain of being a man ».

musil r.
Wer durch offene Türen will, muß wissen, daß sie einen Rahmen haben.

Quand on veut enfoncer les portes ouvertes avec succès, il ne faut pas oublier qu'elles ont un solide chambranle.
Quand on est voué aux défaites, on applique aux portes ouvertes des moyens moutonniers, un bélier ou un huissier. Les coups de poing ou de poumons devraient s'adresser aux murs hermétiques ou aux toits percés.

musil r.
Das Nicht-Haben ist der Anfang allen Denkens.

Le non-avoir est au commencement de toute pensée.
Mais c'est le non-être et l'avoir qui finissent dans des résidences secondaires de la pensée. Du non-avoir naît l'être et c'est celui-ci qui se met à bâtir le seul séjour principal de la pensée, la tour d'ivoire. Je suis l'âme et j'ai un corps, le dualisme d'initiation préféré au monisme initial (Spinoza).

musil r.
Ein Denker ist um so denkender desto er dichtender ist.

Plus le penseur poétise, plus il est penseur.
La philosophie est bien un modeste chapitre dans le livre de la poésie. Tant qu'on le nie, on se voue au charlatanisme en logique, psychologie ou science du langage.

heidegger m.
Meta-hodos ist der Weg, auf dem wir einer Sache nachgehen : die Methode.

Méta-hodos est le chemin, par lequel nous suivons un objet - la méthode.
Pour les Grecs, « le chemin n'est jamais un procédé » (« der Weg ist kein Verfahren »). Heureux temps, où la contemplation de chemins valait mieux que leur construction. « Tout chemin s'achève à moins que s'y oppose la paresse » - Cervantès - « No hay camino que no si acabe si no se le opone la pereza ».

heidegger m.
Philosophieren heißt nichts anderes als Anfänger zu sein.

Philosopher ne signifie pas autre chose qu'être un débutant.
C'est être fasciné par le premier pas, débuter en miracle et dé-buter, détacher du but, l'enchaînement auto-suffisant des pas suivants. Se rebuter devant tout dernier pas imposteur. Confiée aux professionnels, la philosophie devient indiscernable du chamanisme verbal.

heidegger m.
Hinsehen auf, Begreifen von, Wählen, Zugang zu sind Seinsmodi eines Seienden, des Seienden, das wir, die Fragenden, je selbst sind.

Viser, entendre, choisir, accéder sont des modes d'être d'un étant, de cet étant que nous, qui questionnons, sommes nous-mêmes.
Dans le questionneur et dans le questionné, il faudrait signaler, en plus, deux machines distinctes : dans le premier - l'intuition du modèle et la maîtrise langagière, dans le second - la maîtrise du modèle et l'automatisme de l'interprète-substituteur. L'homme est une combinaison de ces trois machines. Il n'est pas possible que la requête même soit l'être ; elle est toujours sociale et n'est qu'une modulation langagière d'un penser discontinu de l'ego, qui est, tout de même, plus près du cogito pré-langagier que du sum pré-réflexif.

heidegger m.
Das Sein ist Ereignis geworden.

L'Être devint événement.
L'Être vit en monotonie des regards et requêtes et dans les métamorphoses événementielles. Exister se substitua à être ; de ens et bonum convertuntu on arrive à existentia et peccatum convertuntur. L'injoncture plus décisive que la conjoncture (Geschichlichkeit, Gestell).

heidegger m.
Wie abgründig verbirgt sich im wesenhaften Nichts der Reichtum des Seins.

Avec quelle abyssale profondeur la richesse de l'Être s'abrite dans le néant essentiel.
« C'est par le non-être que vous êtes devenu quelqu'un » - Plotin. Perdre le pied, c'est désencâbler les termes de l'Être, en les virtualisant dans une règle (néant), qui résume l'essence. Un soin du langage conceptuel, qui finira un jour par éliminer la représentation en dur, en lui substituant une interprétation en sûr. Une vision extraordinaire de l'intelligence ... artificielle - l'existence éphémère des choses le temps d'un déclenchement de règles !

heidegger m.
Das dichtend Gesagte und das denkend Gesagte sind zuweilen das Selbe, wenn die Kluft zwischen Dichten und Denken rein klafft, während das Erste hoch und das Zweite tief sind.

Le poète et le penseur disent parfois la même chose, lorsque l'abîme entre poésie et pensée reste béant ; ce qui arrive, quand la poésie est haute et la pensée profonde.
« Sur sommets séparés à jamais, s'interpellent le poète et le penseur »* - Hölderlin - « Der Dichter und der Denker winken einander zu, auf getrenntesten Bergen ». Et pour préserver le béni néant volumique, on y adjoindra une étendue nulle, par compression du devenir au profit de l'être, dans un Retour Éternel de l'Un broyant le temps discriminateur.

heidegger m.
Das Dasein gibt sich, mit der Welt, einen ursprünglichen Anblick, der nicht eigens erfaßt und als Vor-bild für alles Seiende fungiert.

L'homme acquiert, par le monde, un regard primordial, qui ne perçoit pas par lui-même, mais sert de prototype pour tout étant.
Le vrai choix philosophique, ici, est entre par le monde et par ta divine essence (la confusion entre les deux donnerait le soi). J'ai peur que le monde ne réduise le regard à la doxa ; le regard est la liberté face au monde ; la perception étant affaire des sens et de la raison serviles. Le contraire du regard s'appelle néant, ce séjour des esclaves, dans lequel ce lourd sophiste de Sartre voit un enfant de la liberté !

wittgenstein l.
Der Philosoph behandelt eine Frage wie eine Krankheit.

En philosophie une question se traite comme une maladie.
Et il y a, en philosophie, des experts en diagnostic - sociologues de tempérament, des généralistes des remèdes - politiciens du geste, des gribouilleurs des histoires de maladies - chroniqueurs d'esprit. Quand on comprend, que le mal axial est incurable, on se détourne de la posologie désespérée et se voue à la nosologie pleine d'espérances. « Il en est qui laissent des poisons, d'autres - des remèdes. Difficiles à déchiffrer. Il faut goûter » - Char - chez les deux on subodore la fleur originelle, chez les autres - la grisaille des ordonnances ou des testaments.

wittgenstein l.
Die Welt ist die Gesamtheit der Tatsachen, nicht der Dinge.

Le monde est l'ensemble des faits, non pas des choses.
Tout fait résulte de liens, syntaxiques ou sémantiques, dont est dépourvu le monde et qui constituent l'ossature du modèle conceptuel du monde. Les choses, elles, remplissent tout ce qui est inorganisé, et en particulier la réalité. On vient à l'existence topique par une substance (un fait imputable à un lien syntaxique instancié) ; Maître Eckhart refuse, à tort, l'être aux liens : « L'amour, contrairement à la connaissance, unit dans l'action, non dans l'être » - « Im Gegensatz zum Wissen, vereint die Liebe im Wirken, nicht im Sein ».

wittgenstein l.
Die Philosophie läßt alles, wie es ist.

La philosophie laisse toute chose comme elle est.
Fouiller les attributs des choses est, en effet, le souci des sciences. Mais en manipuler des points d'attache, en les ramenant à l'homme, est une tâche philosophique. Tout attouchement est un événement avec onde de choc. Les structures et la logique se complètent merveilleusement : objectivité logique et structures anthropologiques.

wittgenstein l.
Das Ziel der Philosophie ist die logische Klärung der Gedanken.

Le but de la philosophie est la clarification logique de la pensée.
Contradictio in adjecto, Herr Professor ! Toute cla-r-(-ss-)ification inaugurale est dans un mouvement de rupture, tandis que toute bonne logique ne s'applique qu'au monde monotone. Ce n'est pas le but de la philosophie, mais le contenu de la connaissance qu'on tente de définir ici. La logique a, dans la philosophie, la même place de domestique que la grammaire dans la poésie. Pourtant, cette misérable clarification logique devint le seul objet de la philosophie analytique, qui n'est pas plus passionnante que la comptabilité analytique.

wittgenstein l.
Die Tatsachen gehören alle nur zur Aufgabe, nicht zur Lösung.

Les faits appartiennent, tous, au problème et non à la solution.
Ils n'appartiennent ni à l'un ni à l'autre ; ils sont au cœur d'une représentation, par-dessus laquelle se construit un langage, dans lequel se formule le problème, et dont la solution est apportée par une interprétation s'appuyant sur les faits.

pasternak b.
Предметы приходят как лирические неизвестные, как лирические задачи к субъекту творчества. Существуют не предметы, а задачи. Предметы же есть лишь выполненные задачи.

Le sujet créateur perçoit les objets comme des inconnues ou problèmes lyriques. Pour lui, ce ne sont pas les objets qui existent, mais bien les problèmes. Les objets ne sont que des problèmes résolus.
Le lyrisme est peut-être ce qui, le mieux, apporte au problème un scintillement du mystère, et à la solution - un éclat du problème.

pasternak b.
Художественное дарование : видеть так, как все прочие думают, и думать так, как все прочие видят.

Le talent d'un artiste : voir comme les autres pensent et penser comme les autres voient.
Ses pensées doivent être malléables, mais ses vues - avoir la substance irréductible des syllogismes. Formuler des pensées, éprouver des sentiments, c'est banal ; il faut mettre en forme ses sentiments et éprouver, par des contraintes de plus en plus exigeantes, - ses pensées.

montherlant h.
On a rêvé des édens, où les hommes seraient tous heureux ou tous bons. On n'a jamais rêvé d'édens, où ils seraient tous intelligents.
On osa cette expérience directement en travaux pratiques. Ce qui tourna tout de suite à l'envers et à l'enfer.

montherlant h.
L'énormité de Bossuet : « c'est folie que de vouloir être sage tout seul ».
Tu ne compris guère, que la sagesse ne fût que dans le langage, qui n'est que dialogue. Même dans un soliloque il faut être deux : une bouche et une oreille.

jünger e.
Nur wenige sind es wert, daß man ihnen widerspricht.

Rares sont ceux qui méritent qu'on les contredise.
Sous un air hautain, cette sentence exhibe une sottise flagrante. Toute platitude et toute pensée profonde, tout balbutiement et toute vérité éternelle, méritent, et au même titre, qu'on les contredise ou falsifie. Le point d'appui ou de départ n'est rien, c'est la hauteur et la direction de ton regard, qui traduit le point en rayon, en spirale, en volume.

nabokov v.
Спираль - одухотворение круга. В ней, разомкнувшись и высвободившись из плоскости, круг перестаёт быть порочным.

La spirale, c'est le cercle animé. Se brisant, se libérant de la platitude, le cercle cesse d'être vicieux, une fois transformé en spirale.
Le vice du cercle n'est pas dans sa fermeture ni même dans sa platitude, mais dans son impossible continuité. Sous les coupes discrètes de l'ironie, la spirale peut être vécue comme un pointillé ou une constellation des points lumineux et libres, aspirés par la hauteur.

sartre j.-p.
Connaître, c'est s'éclater vers ce qui n'est pas soi, là-bas près de l'arbre.
Et c'est ainsi que votre savoir, pesant et inodore, infecte nos fleurs et rabaisse nos cimes.

sartre j.-p.
La vraie pensée est une pensée de gens, qui ont quitté la série pour être des groupes.
La loi de série est la règle du n + 1 - ème pas et l'imposture du premier. Dans un groupe, on sait apprécier l'élément zéro et l'élément neutre, les bases d'une pensée associative. Il ne manque, à cette pensée des opérations, que la structure d'arbre.

char r.
Le seul maître, qui nous soit propice, c'est l'éclair, qui tantôt nous illumine et tantôt nous pourfend.
Bien que le court-circuit m'attire plus que la course au QI, je préfère la voltige au voltage.

char r.
Où l'esprit ne déracine plus, mais replante et soigne, je nais.
L'esprit devrait savoir justifier toutes les saisons de l'arbre, de la graine au déracinement. « Le dégustateur pense que l'arbre se dévoue aux fruits, tandis que celui-ci se voit en graine » - Nietzsche - « Jeder Geniessende meint, dem Baume habe es an der Frucht gelegen ; aber ihm lag am Samen ». Et même en saison morte les emplois de l'arbre sont respectables : « C'est l'hiver, les arbres sont en bois » - J.Renard.

merleau-ponty m.
Les notions de Néant et d'Être, c'est infiniment plus précis que la notion de Leben.
Rien de mystérieux, en effet, dans ces notions des rats de bibliothèques ; la vie, elle, est un mystère, qu'aucune précision ne profane. Dans la vie, palpite et crée l'homme, avec ses passions et ses langages. Le néant et l'être, ce sont des baudruches, des fourre-tout, où les bavards mettent pèle-mêle tout ce qui échappe à la maîtrise courante, et qu'il ne faut pas oublier et dont il faut se soucier.

ricœur p.
J'échange le moi, maître de lui-même, contre le soi, disciple du texte.
Mon coup de cœur, mon coup de plume, mon coup de pied, ce n'est pas moi, ils génèrent un discours, qui mène au soi. Le moi, immédiat et spontané, n'existe pas. Il faut renoncer à la mesquinerie de son quant-à-soi, pour s'en apercevoir.

ricœur p.
La première parole n'est jamais de nous.
Comme ne l'est pas, non plus, le dernier geste. Mais l'inspirateur n'est toutefois pas le même : Dieu ou le diable.

deleuze g.
La différence ne peut être qu'entre deux sortes d'idées : celle des termes et celle des relations.
D'après ce docte critère d'intelligence la machine a déjà largement dépassé ces hommes fascinés par le robot. C'est hors toute géométrie que se situe la vraie différence : entre le haut et le bas.

deleuze g.
Penser avec ET, au lieu de penser EST.
La précédence syntaxique met bien en avant la platitude des ET, mais la profondeur sémantique débute avec les bigarrures des EST.

deleuze g.
L'interprète, c'est le médecin qui considère les phénomènes comme des symptômes et parle par aphorismes. L'évalueur, c'est l'artiste qui considère les perspectives et parle par poèmes. Le philosophe est artiste et médecin - en un mot, législateur.
Ce Lycurgue crée des lois, en chantant l'incurable, en n'opérant que les plaies pittoresques, en vivant de l'étouffement naturel et en peignant la respiration artificielle.

deleuze g.
Contrairement à l’arbre de la raison, les pensées-rhizomes ne reconnaissent aucun sur-codage unificateur.
Si tu es fermé à l'unification, c'est que tu n'offres aucune variable ou inconnue au regard d'autrui. Quel est l'autre nom de la pensée fixe, surchargée de constantes, accrochée à la vie, au ras du sol ? - l'ennui ou l'indifférence.

blanchot m.
Ce qui est premier, ce n'est pas le commencement, mais le recommencement, et l'être, c'est précisément l'impossibilité d'être une première fois.
L'éternel retour égalise les points du parcours, mais l'accès aux commencements est réservé aux porteurs d'une intensité unificatrice. Dans un devenir uniformément intense il n'y a pas de première fois. Le recommencement, c'est la liberté du choix du nouveau point zéro de la création. L'impossibilité actuelle - la source du premier pas est un pas d'un cycle ; l'impossibilité spirituelle - la source se cache et se fait vénérer.

weil s.
L'intelligence ne peut jamais pénétrer le mystère, mais elle peut et peut seule rendre compte de la convenance des mots, qui l'expriment.
L'intelligence est dans la qualité du dialogue entre le mystère et le modèle. Les mots sont une navette intelligente.

weil s.
L'intelligence n'a rien à trouver, elle a à déblayer.
Le sol, que l'intelligence creuse, appartient bien à l'autorité du mystère, qui, pour chaque trésor trouvé, se charge de rédiger les titres de propriété, dont profite la bêtise.

weil s.
Le monde est un texte à plusieurs significations, et l'on passe d'une à l'autre comme lorsqu'on apprend l'alphabet d'une langue étrangère.
Au-dessus du monde l'âme en bâtit un modèle. Ce modèle sous les yeux, l'intelligence construit un langage. La perfection, la représentation, la communication. La bêtise répandue, c'est attribuer à la dernière les mérites des deux premières.

weil s.
L'incompris cache l'incompréhensible, et pour ce motif doit être éliminé.
L'intelligence est bien ce chiffon, qui nettoie la vitre en deçà de notre transparence. L'incompréhensible est non seulement au-delà de la vitre, mais il n'y colle pas.

weil s.
Une pensée nouvelle en philosophie ne peut guère être qu'un accent nouveau d'une pensée antique.
Les pensées ne sont que des mesures, des thèmes, mais dans une partition vitale, dans une véritable musique, ce qui compte ce sont les accents, ces cordes vibrantes d'une voix inimitable. Le sens de la vie, s'il existe, ne peut être que sa mélodie, sa hauteur ou son harmonie.

lec s.
Il possédait des connaissances, mais il ne les fécondait pas.
C'est pourquoi il en divorçait sans peine. Il ne renonçait aux contraceptifs de l'ironie qu'avec ses maîtresses, des émotions trop fertiles.

lec s.
Creuse la Pensée : on pourra peut-être alors se tailler par cette brèche.
Ou bien rend-la plus légère que l'air, pour prendre de haut tes minables murailles.

lec s.
Certains attendent l'avènement de l'obscurantisme, pour qu'on y remarque leur faible éclat.
Ce qui est plus ennuyeux, c'est que dans les lumières criardes on ait quelque mal à jeter une ombre silencieuse.

lec s.
Les idées de fond qu'on n'arrive pas à traduire de leur langue maternelle dans une autre ne possèdent aucune charge d'humanisme. Ce sont des incantations tribales.
La faute en incombe souvent à la sous-tribu de traducteurs, qui devraient se tenir à l'entrée de la caverne humaniste plutôt qu'à la sortie de la caserne élitiste.

cioran é.
Tout problème profane un mystère ; à son tour le problème est profané par sa solution.
La mesquinerie : s'attarder dans la solution, en tentant de l'appliquer à de nouveaux problèmes. La grandeur : se désintéresser de la solution au profit d'un nouveau mystère !

cioran é.
L'esprit n'avance que s'il a la patience de tourner en rond, c'est-à-dire d'approfondir.
La spirale est la forme exacte de cet approfondissement. Et l'éternel retour - la préférence de la hauteur permanente, où la clarté passagère est de la lâcheté. La pire des reculades est le choix du droit chemin. « La peste de l'homme, c'est l'opinion de sçavoir »** - Montaigne.

cioran é.
Toute idée féconde dégénère en croyance. Il n'est guère qu'une idée stérile qui conserve son statut d'idée.
Une certaine fécondité d'une idée consiste à en tolérer, que dis-je, à en inviter des falsifications. L'idée est belle tant que des maternités d'articles de foi, à répétitions, ne la défigurent.

cioran é.
Face à l'insoluble, je respire enfin.
Tu auras le souffle coupé, quand ce mystère se muera en problème, avant de suffoquer dans les miasmes des solutions.

cioran é.
La crétinisation par la philosophie - phénomène moderne en France. Jusqu'à présent l'Allemagne seule paraissait en avoir le privilège.
Il est temps d'abolir les cours de philo au lycée et de multiplier les postes de journalistes ou sociologues pour ceux qui se trompent de métier. Introduire des cours de l'inactuel pour ceux qui sont sensibles au vide.

cioran é.
La mystique est une évasion hors de la connaissance, le scepticisme une connaissance sans espoir. Deux manières de dire que le monde n'est pas une solution.
Avant la connaissance il y a l'intuition - le problème, avant l'intuition il y l'élan - le mystère. Deux manières à ne pas s'assombrir faute de solutions. « La mystique n'est pas un secret, qui nous introduit dans un autre monde, elle est le secret de vivre autrement dans ce monde » - Musil - « Die Mystik ist kein Geheimnis durch das wir in eine andere Welt eintreten ; sie ist das Geheimnis in unserer Welt anders zu leben ».

baudrillard j.
La bêtise demeure le refuge du sens.
L'intelligence étant toujours à la recherche de quelques nouveaux reniements, virevoltes ou départs, le sens, ce but se profilant au bout de la vérité, ne peut compter que sur l'inertie de l'ineptie.

baudrillard j.
La pensée ne vit pas de santé ou de vitalité, mais de lucidité et d'orgueil.
L'orgueil lui fait vivre dignement sa fin, et la lucidité fait qu'elle ressuscite volontiers dans son contraire, empreint d'humilité.

baudrillard j.
La bêtise convoquée pour servir de miroir redevient séduisante, et l'intelligence odieuse.
Il faut appliquer à la bêtise la réfraction et à l'intelligence - la réfection, et, avec un peu de réflexion, on éprouvera de l'affection pour les deux.

baudrillard j.
Voici les intellectuels friands de la chair des concepts congelés par l'intelligence artificielle, dénués de toute saveur. Les chacals de l'information et de la communication.
Chacun est libre de rester un singe, un perroquet ou un rat de l'information. Comme la plupart des anathèmes, cette sortie est visiblement dictée par l'ignorance (comme mon animadversion résolue, face aux hommes, espèce que, pourtant, j'ignore largement). L'intelligence artificielle n'est qu'une instrumentation et une généralisation de la logique, elle n'affaiblit en rien la saveur d'une chair plus fraîche. La métaphore fait partie de l'information, que les meilleurs des mammifères ou des programmes informatiques savent digérer.

baudrillard j.
C'est la fin du cycle et le début d'un nouveau tournant : comment retrouver la question derrière la réponse - comment retrouver, derrière le bonheur, l'idée du bonheur.
À la réponse succède non pas la recherche, mais l'attente du premier pas, qui ne vient jamais de toi-même ; on ne calcule qu'à partir du deuxième pas.

steiner r.
Philosophy is the music of thought.

La philosophie est la musique de la pensée.
Mais ce n'est pas la pensée toute prête qu'on mette en musique, c'est la fidélité à la musique de l'être (de la poésie - Heidegger) et le sacrifice du hasard des faits qui aboutissent à de la pensée, pensée haute, à rapprocher de : « La philosophie est la musique de la hauteur »** - Socrate. Le contraire de l'esprit et de la musique est le hasard et la bassesse.

badiou a.
Une philosophie idéaliste : que le sujet y soit requis, non comme problème, mais comme solution de l'aporie de l'Un.
Dans les deux cas, il se réduirait aux vulgaires scolies ou périodes, tandis que, convoqué comme mystère, il ferait honneur même à l'axiome du Multiple.

debray r.
Passer, en matérialiste, de l'interprétation à l'explication, du mystère au problème, des incantations herméneutiques à la modélisation de causalités.
Pour un vrai idéaliste et contrairement au matérialiste, les seconds termes n'effacent ni ne surclassent les premiers. Ils ne font que confirmer le grandiose des premiers.