alain

Qui est libre est désarmé.II.3.67
  Car être libre, c'est n'offrir aux regards des autres que ce qui peut être sacrifié. Être esclave, c'est être contraint de se chamailler pour ce qui appelle notre fidélité. Toutefois, le premier emploi des armes n'est pas dans le fonctionnel mais dans le rituel (« les armes – après la toge »II.3.68 - Cicéron - « cedant arma togae »). Des ruses des métaphores, d'impeccables relèves, d'élégantes parades - tant de raisons d'exhiber une martialité de mascarade. La vraie, il faut la réserver à soi-même : « Il faut entrer en soi-même armé jusqu'aux dents »II.3.69 - Valéry.II.3.242
alain

Savoir ou pouvoir, il faut choisir.II.3.70
  Un pouvoir résolu résulte d'un devoir absolu, il nous fait pencher d'un côté, à renoncer à l'équilibre entre des options incompatibles mais défendables. Un savoir impartial nous laisserait sur place, avec un pouvoir paralysé. D'après St Augustin, être, savoir et vouloir (« esse, nosse, velle ») sont inséparables et constituent la vraie vie. Avoir, devoir et pouvoir en constitueraient l'inventée.II.3.243
alain

La dialectique de l’enfance va toujours de l’abstrait au concret, du mot à la chose, du geste à l’action.II.3.71
  La maturité non seulement inverse ces passages, mais elle y intercale son goût : entre le concret et l’abstrait – le musical, entre la chose et le mot – le conceptuel, entre l’action et le geste – l’ironique.II.3.244
amiel h.-f.

Faire facilement ce qui est difficile aux autres, c'est le talent. Faire ce qui est impossible au talent, c'est le génie.II.3.72
  Cette habileté, talentueuse ou géniale, est bien bête à côté de l'art de caresser par le rêve ce que d'autres mutilent par le fait. Rendre le rêve plus présent et excitant que le fait - l'affaire du génie improbable.II.3.245
amiel h.-f.

Le spectacle du monde est une féerie pour qui le regarde du fond de son immobilité.II.3.73
  Car les couleurs, comme les sons, naissent en nous ; de toi dépend si le monde est tableau symphonique ou bien grisaille silencieuse. « Donateur de sens, le regard humain valorise le monde »II.3.74 - Wittgenstein - « Der menschliche Blick hat es an sich, daß er die Welt kostbar machen kann ». Mais tant que nos bras et pieds sont en action, nos meilleures palettes et cordes sont hors d'usage. L'immobilité tonifiante est le seul problème. L'homme de foi et, en particulier, l'artiste, agit en toi dès que tu t'immobilises.II.3.246
angélus s.

Mensch, wenn du so genau das Deine willst beschützen,
So wirst du nimmermehr in wahrem Frieden sitzen.

Si tu défends ta chose, mon ami,
La paix introuvable en sera le prix.
II.3.75
  Le problème, ce n'est pas la paix, c'est la chose, qui, une fois défendue, ne sera plus à toi. Les titres de propriété des choses ne sont délivrés que par le sacrifice désarmant ou par la fidélité désarmée.II.3.247
d'annunzio g.

Le nostre parole, i nostri atti sono sempre volgari, qualunque sia la grandezza dei sentimenti da cui derivano.

Nos paroles, nos actes sont toujours vulgaires, quelle que soit la grandeur des sentiments qui les inspirent.
II.3.76
  La vulgarité est dans la fusion de la parole et de son objet. Et la grandeur est peut-être dans leur confusion artistique créée grâce à la berlue des yeux, à la dissonance dans les oreilles et à la discorde des mots.II.3.248
arendt h.

Men are free as long as they act, neither before nor after.

Les hommes sont libres aussi longtemps qu'ils agissent, ni avant, ni après.
II.3.77
  Dans l'action, ils sont les pires des esclaves ! Ils exercent la liberté avant l'action, sous forme d'un sacrifice de leurs idées qu'ils vont dramatiquement trahir. Ils l'exercent après l'action, sous forme d'une fidélité aux idées qu'ils auront retrouvées, comiquement, comme l'enfant prodigue, égaré dans l'action.II.3.249
aristote

On est ce qu'on refait, ce qu'on répète. La sagesse n'est donc pas dans l'acte mais bien dans l'habitude.II.3.78
  Qu’est-ce que l’aphoristique ? – une écriture qui tente d’éviter l’habitude pour devenir acte pur, sagesse immaculée, conception sans pénétration. Le moi est dans la continuité inexplicable de l’être et dans les césures évidentes du faire. Dans le langage monotone et disert d'une règle et dans la logique événementielle de son exécution.II.3.250
aristote

On peut le dire, mais on ne peut pas le penser.II.3.79
  Ce qu'on veut penser, on peut le dire. Ce qu'on doit faire, on veut le penser. Et quand on peut le penser, on ne peut pas le faire. Ce qu'on fait n'est ni pour ni contre ce qu'on pense. Faire, c'est avoir trouvé cet accord du pouvoir, du dire et du penser qui s'insère dans la partition irréversible de la vie.II.3.251
aristote

La tragédie est la représentation d'une action noble.II.3.80
  Donc, elle est de la pure invention, contrairement à la comédie qui est l'interprétation d'une noblesse déchue, c'est à dire active.II.3.252
st augustin

Vero amor actionis avertit a vero.

Le vrai amour de l’action détourne du vrai.
II.3.81
  La feinte indifférence ne t’en approche pas non plus, mais donne à ton rêve une chance de rester non-entaché des actions. « La nostalgie d’une époque où toutes les idées étaient encore intactes, où elles n’étaient pas devenues de sanglantes réalités »*II.3.82 - Gary. Seulement, ce n’est pas le rouge, mais bien le gris qui domine au-delà du bleu des rêves.II.3.253
avicenne

Marche avec des sandales jusqu'à ce que la sagesse te procure des souliers.II.3.83
  Danse plutôt, malgré ta bosse, jusqu'à ce que, sur une voie aérienne, des ailes procurent à ton regard la sensation de sagesse.II.3.254
bacon f.

Nam et ipsa scientia potestas est.

Savoir, c'est pouvoir.
II.3.84
  Savoir, c'est ne pas pouvoir ! Pouvoir, c'est choisir : préférer ou exclure. Mais pour celui qui sait, tout choix a sa défense. Pouvoir, c'est prêcher l'œillère ou le dé. Le cheminement de la décadence du regard : voir, savoir, prévoir, pouvoir. « Savoir pour prévoir afin de pouvoir »II.3.85 - A.Comte.II.3.255
bacon f.

We think according to nature ; we speak according to rules ; but we act according to custom.

Notre pensée suit la nature ; la parole - la règle ; et les actes - l'habitude.
II.3.86
  Les actes envahirent le monde entier ; l'habitude et l'inertie dominent la nature et la grammaire et rendent la pensée et la parole aussi prévisibles que les actes.II.3.256
balzac h.

Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit ; mais Savoir nous laisse dans un perpétuel état de calme.II.3.87
  Toutes les énergies sont canalisées, désormais, vers Devoir préprogrammé et apaisant et vers l’oubli de Valoir enflammé et dépaysant. « Quand les bonnes actions sont en baisse à la bourse de la vie, c'est que les obligations qui nous en sont faites sont dénuées d'intérêt »*II.3.88 - Dac – ce qu’il faut prendre hors tout calembour !II.3.257
barrès m.

Amusons-nous aux moyens sans souci du but. Soyons ardents et sceptiques.II.3.89
  Le but n'est mauvais que lorsque qu'il est le seul guide de tes pas insuffisamment sceptiques. Les moyens ne sont bons que lorsqu'ils résultent de la résolution des ardentes contraintes. Où ils cessent d'être des leviers nécessaires en prenant un poids suffisant. Le but, le cadet de tes soucis.II.3.258
bataille g.

L'action, de tous les opiums, procure le sommeil le plus lourd ; la place qu'elle prend fait songer aux arbres qui cachent la forêt.II.3.90
  Elle prive notre sommeil de songes et plante notre arbre au milieu d'une forêt anonyme.II.3.259
baudelaire ch.

Un monde où l'action n'est pas la sœur du rêve.II.3.91
  C'est le meilleur des mondes ! Quoique leur père, le néant, soit le même, leurs mères, la nécessité et la liberté, se haïssent et s'ignorent.II.3.260
baudelaire ch.

À quoi bon exécuter des projets, puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante.II.3.92
  Pour exécuter un beau projet il suffit qu'un sujet nécessaire sache jouir des objets superflus. Le pire des projets est quand le sujet est suffisant et les objets nécessaires.II.3.261
baudelaire ch.

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.II.3.93
  Le meilleur emploi des ailes, une fois qu'un volatile décida de marcher, est de se plier pour cacher la bosse. Tant qu'Apollon ne l'interpelle pas, il est le dernier des marcheurs, au même plomb dans les extrémités que les reptiles.II.3.262
baudrillard j.

Toute philosophie qui assigne l'homme à l'exercice de sa volonté ne peut que le plonger dans le désespoir.II.3.94
  Une volonté lâche, la stoïcienne par exemple, ne vous en éloigne pas davantage. La plus noble fonction de la volonté consiste à entretenir l'espérance, celle qui croit que le bon et le beau ne sont pas dûs au hasard dépourvu de sacré. Le désespoir ne vient que de l'absence de preuves, une raison indigne, pour un philosophe.II.3.263
benda j.

La paix ne sera pas l'abstention d'un acte, elle sera l'avènement d'un état d'âme.II.3.95
  Le culte de l'acte cupide instaura partout une paix d'âme ; les états d'âme sont rayés des messes et raillés par les masses. La cléricature d'antan, dont tu dénonçais la trahison face à la raison, fut auréolée d'ombrageuses et monumentales défaites ; celle qui lui succéda, en revenant au giron du raisonnable, brille par ses triomphes transparents et grégaires.II.3.264
bergson h.

Pense en homme d'action, agis en homme de pensée.II.3.96
  C'est-à-dire, ta pensée ne s'enflammera que par l'appât du but et ton acte n'ira pas plus loin que la caresse des moyens - la fidélité, là où sied le sacrifice aux contraintes ; le sacrifice, là où s'impose la fidélité à l'instinct. Mauvais programme !II.3.265
bergson h.

Vivre pour l'esprit, c'est essentiellement se concentrer sur l'acte à accomplir.II.3.97
  Alors la terre pullule de spirituels qui s'ignorent ! L'homme d'action - transfuge ? se désolidarisant de l'acte et optant pour le mot ? Impossible reconversion !II.3.266
bergson h.

C'est dans le moule de l'action que l'intelligence a été coulée.II.3.98
  Il n'est pas étonnant qu'aérée et façonnée en plein air, cette imposante fonte sonne l'airain creux.II.3.267
st bernard

Aut ascendas necesse est, aut descendas : si attentas stare, ruas necesse est.

Il faut nécessairement ou que tu montes ou que tu descendes ; si tu prétends rester stationnaire, tu ne manqueras pas de tomber.
II.3.99
  Rester couché dans tes ruines, tapies de tes chutes, offre une échappatoire à ce prurit cinétique. Eux aussi chuteront, mais en pleines étables.II.3.268
bhagavad-gîtâ

Tu as droit à l'action et jamais à ses fruits. Pour comprendre un problème il vaut mieux se libérer du désir d'en avoir la solution.II.3.100
  « Ne sont désirables que les activités qui ne recherchent rien en dehors de leur pur exercice »II.3.101 - Aristote. L'action est une langue de bois et le goût pour elle trahit la fadeur du tien. La contemplation est un arbre qui te promet tout, de la racine aux fleurs. Ton propre goût se transmettra à ses fruits.II.3.269
bhagavad-gîtâ

Voir que le Soi n'agit pas, c'est voir.II.3.102
  Si ce n'est pas le Soi qui élève les murs, c'est bien Lui qui y perçoit des ruines.II.3.270
bible

Je scrute les reins pour rendre à chacun selon le fruit de ses actes.II.3.103
  Les reins ? - Tu ne regardes pas l'homme du bon côté. Scrute plutôt nos yeux où Tu verrais les fleurs des rêves accomplis ou des actes non accomplis, par égard à Ton regard. Je Te préfère en fleuriste qu'en contremaître.II.3.271
bible

Il n'est pas donné à l'homme qui marche de diriger ses pas.II.3.104
  Il est donné à l'homme qui danse de maîtriser ses pirouettes et à l'homme couché - à diriger son regard au-delà des pistes.II.3.272
blake w.

He who desires but acts not breeds pestilence.

Celui qui désire sans agir, engendre la pourriture.
II.3.105
  Celui qui agit, immunisé contre le virus de désir, gagne en stérilité sans saveur.II.3.273
blok a.

Только порыв и полёт, лети и рвись, иначе – на всех путях гибель.

Rien qu'un élan ou un vol : planer ou désirer - sinon, sur tous les chemins, ne t'attend que ta perte.
II.3.106
  Tout choix de chemin est un vote des pieds contre les ailes.II.3.274
blondel m.

Agir, c'est chercher cet accord du connaître, du vouloir et de l'être.II.3.107
  L'accord trouvé, c'est l'avoir qui rafle, en sourdine, toute la mise.II.3.275
blondel m.

L’action est le lieu géométrique où se rencontrent le naturel, l’humain, le divin.II.3.108
  Elle donne du volume naturel au bruit humain qui se sépara de la musique divine. Heureusement, il nous reste le rêve, pour échapper à la géométrie et régner dans ce centre qui, tout en n’étant nulle part, détermine la circonférence de nos horizons.II.3.276
bloy l.

Le travail est la prière des esclaves. La prière est le travail des hommes libres.II.3.109
  L'homme libre, étant meilleur calculateur que l'esclave, comprit que tout travail, utile aux yeux de l'Éternel, fut assorti d'un décent salaire et il transforma sa prière, qui fut jadis une demande de l'impossible (« La grandeur de la prière réside d'abord en ce que n'entre point dans cet échange la laideur d'un commerce »**II.3.110 - Saint Exupéry), en offre de services lucratifs en rapport avec la demande des mécréants solvables. Il devint « esclave des bagnes mercantiles »II.3.111 (Ch.Fourier).II.3.277
boccace g.

È meglio fare e pentire che starsi e pentirsi.

Mieux vaut agir quitte à s'en repentir que de se repentir de n'avoir rien fait.
II.3.112
  Et tu aboutiras au pire des repentirs : celui d'avoir coulé ton fait dans une action au lieu d'un rêve. « Celui qui suit son étoile, ne tournoie pas »II.3.113 - de Vinci - « No’ si volta chi a stella è fisso ».II.3.278
bossuet j.

Un défaut qui empêche les hommes d'agir, c'est de ne pas sentir de quoi ils sont capables.II.3.114
  Les hommes d'aujourd'hui sont bardés de capteurs infaillibles ; des algorithmes optimaux déclenchent des actes préprogrammés. La qualité qui empêche les hommes de rêver, c'est de bien avoir calculé qu'ils en sont incapables.II.3.279
braque g.

L'action est une suite d'actes désespérés qui permet de gagner l'espoir.II.3.115
  Mais c'est la discontinuité des inactions sereines qui permet de l'entretenir.II.3.280
brecht b.

Angesichts von Hindernissen mag die kürzeste Linie zwischen zwei Punkten die krumme sein.

Face aux contraintes, le plus court chemin entre deux points peut être oblique.
II.3.116
  Le bon chemin est en pointillé que parcourt un regard, expert en géométrie céleste. Entre deux hauteurs il n'y a pas de chemin - le meilleur argument pour le pointillé intégral.II.3.281
buffon g.

Le génie n'est qu'une plus grande aptitude à la patience.II.3.117
  La patience en geste - le talent - conduit à l'immobilité des pieds et rejoint l'impatience de l'âme - le génie - pour donner des ailes au rêve.II.3.282
burgess a.

Wedged as we are between two eternities of idleness, there is no excuse for being idle now.

Coincé entre deux éternités d'oisiveté, on n'a aucune excuse à rester à ne rien faire.
II.3.118
  En fait d'éternité, la bonne jointure se fait par un regard-condensateur plutôt que par un muscle-résistance.II.3.283
busch w.

Wer rudert, sieht den Grund nicht.

Qui rame ne voit pas le fond.
II.3.119
  C'est la sueur qui obstrue la vue. Ce seront les larmes si tu ne fais que scruter le ciel. Ou le sang, si tu n'aspires qu'au fond. Ne voient le fond que les aveugles de naissance.II.3.284
byron g.

In commitment, we dash the hopes of a thousand potential selves.

Tout engagement barre l'espérance de tant des moi en puissance.
II.3.120
  Et si le moi se traduisait mieux dans mes hésitations et abstentions que dans mes prises de position ? Quoi qu'en dise Shakespeare : « nos doutes nous trahissent »II.3.121 - « our doubts are traitors ».II.3.285
caton l'ancien

Dans l’inaction, tu apprends à faire du mal.II.3.122
  Dans l’action, tu désapprends ce qu’est le bien.II.3.286
cézanne p.

Quand on sait faire, ça finit par se faire savoir.II.3.123
  À condition que le message s'adapte aux messageries. Le format imposant la forme. Les fonts colorant le fond. Le fuseau des Parques à l'écoute du réseau des marques.II.3.287
char r.

Toute action engageant l'âme, aura pour épilogue le repentir. L'homme est capable de faire ce qu'il est incapable d'imaginer.II.3.124
  L'âme et l'action écrivent, chacune son propre livre. L'âme vit d'enthousiasme, et son ironie, c'est de ne pas aller au-delà des épigraphes.II.3.288
char r.

Jeter bas l'existence laidement accumulée et retrouver le regard qui l'aima assez à son début pour en étaler le fondement.II.3.125
  En renonçant au poids des pas accumulés, un bon regard n'étale pas les fondements du début et de la fin (du premier et du dernier pas qui ne sont jamais à nous), il les rehausse. Trois voies libèrent de l'épaisseur : la profondeur (la maîtrise), l'étendue (le savoir), la hauteur (le regard). L’existence est attachement aux concepts ; elle ne serait une honte (Cioran) que si les points d’attache sont fixes ou communs.II.3.289
char r.

Restez près du nuage. Veillez près de l'outil. Toute semence est détestée.II.3.126
  C'est en rêve qu'un bon outil produit l'œuvre. Se fier aux précipitations d'un premier jet céleste plutôt qu'à l'entretien de sillons et de bonnes graines.II.3.290
chénier a.

Mourir sans vider mon carquois !II.3.127
  Ne te suffit-il pas d'avoir bandé, de temps en temps, ton arc ? L'essentiel n'est ni dans les flèches, ni dans les cibles, mais dans l'attouchement de certaines cordes. « L'espoir, c'est la flèche qui vole tout en restant au fond du carquois »II.3.128 - Kierkegaard.II.3.291
chesterton g.k.

If a thing's worth doing, it's worth doing badly.

Si une chose mérite d'être faite, elle mérite d'être mal faite.
II.3.129
  Tandis qu'une chose méritant d'être dite, doit être tue ou bien dite.II.3.292
chesterton g.k.

I do not believe in a fate that falls on men however they act ; but I do believe in a fate that falls on them unless they act.

Je ne crois pas en destin frappant les hommes au milieu de leurs actes ; mais je crois en destin qui frappe les hommes renonçant aux actes.
II.3.130
  Se donner le change par le leurre du fait, affronter l'ange à l'heure des défaites.II.3.293
cicéron

Ubi rerum testimonia adsunt, quid opus est verbis.

À quoi bon parler quand les faits sont suffisamment éloquents ?
II.3.131
  La belle éloquence vise, au-delà d'un état de fait, - un état d'âme. Pour fixer le fait, il faut décocher des flèches ; pour atteindre l'âme, il suffit de bien bander son arc.II.3.294
cioran é.

L'action remplit l'intervalle entre les choses et nous, alors que la réflexion l'élargit dangereusement.II.3.132
  Les choses sont en nous, en tant qu'un sous-ensemble. L'action les choisit pour nous réduire aux ensembles quotients, modulo, à ceci près, tandis que la réflexion les réduit à leur juste valeur, celle des éléments, des riens de plus.II.3.295
cioran é.

Agir, c'est forfaire à l'absolu.II.3.133
  Mais c'est aussi parfaire le relatif, ce qui explique son succès auprès des dépourvus d'éternité.II.3.296
cocteau j.

La source désapprouve presque toujours l'itinéraire du fleuve.II.3.134
  Et en plus elle est toujours au-dessus du niveau de l'embouchure. Mais elle n'en connaît ni paysages, ni houles, ni fonds, ni horizons. Elle n'a qu'à continuer à déverser sa bile.II.3.297
confucius

J'entends et j'oublie, je vois et je crois, j'agis et je comprends.II.3.135
  J'entends ou je vois – je m'extasie ; j'agis – je m'anesthésie.II.3.298
conrad j.

Action is consolatory. It is the enemy of thought and the friend of illusions.

L'action est l'ennemie de la pensée et l'amie des flatteuses illusions.
II.3.136
  Avec l'ennemi - deux attitudes possibles : le corps-à-corps ou la reddition tempérée par l'indifférence. Ta pensée en sortira avec les bleus des illusions malmenées ou avec le rouge des illusions honteuses.II.3.299
coran

Pour les incrédules, leurs œuvres seront comme ce mirage du désert.II.3.137
  Les crédules mèneront leurs caravanes jusqu'en foires ; l'oasis leur sera une rive et non pas un rêve.II.3.300
corneille p.

Quand le bras a failli, l'on en punit la tête.II.3.138
  Quand la tête a réussi, l'on en félicite, hélas, le bras.II.3.301
debray r.

Faire, c'est refaire ou bien se défaire.II.3.139
  Et si toute réflexion n’était que réfection ? Faire, ce serait donc calquer l'autre ou bien tourner casaque, bricoler dans du déjà-vu. Et quand c'est la même chose cela s'appelle l'enfer, les autres.II.3.302
démocrite

La parole est l'ombre de l'action.II.3.140
  Une bonne ombre traduit mieux l'éclat et le mystère de l'astre que les contours problématiques de ce qui l'obstrue, au hasard de tes pérégrinations dans ta caverne.II.3.303
démocrite

Trompeurs et hypocrites sont ceux qui font tout en paroles et, en fait, rien.II.3.141
  C'est un don rare que de savoir faire en paroles ; ce qui est banal, en revanche, ce sont des faits qui restent désespérément muets. L'hypo-crite (celui qui s'arrête avant-décision ! - n'oublions pas que décider voulait dire couper la gorge !) est à réhabiliter (Pascal en ébaucha une authentique théorie) !II.3.304
démocrite

On distingue l'homme qui sonne creux de l'homme qui sonne profond non seulement par ce qu'ils font mais aussi par ce qu'ils désirent de faire.II.3.142
  Mais l'homme qui sonne haut n'est reconnaissable que par ce qu'il désire de ne pas faire.II.3.305
derrida j.

Il y a parfois désert sans traversée du désert.II.3.143
  On traverse le désert quand s'éteignent les mirages, se taisent les prophètes, racolent les troupeaux ou caravanes.II.3.306
desbordes-valmore m.

Il y a des temps où l'on ne peut plus soulever un brin d'herbe sans en faire sortir un serpent.II.3.144
  Quand on a partie liée avec certains volatiles, toute course à pied évoque désagréablement les reptiles.II.3.307
dostoïevsky f.

Человек с характером, человек дела - посредственность.

L'homme de caractère, l'homme d'action, c'est la médiocrité même.
II.3.145
  La plupart de nos émanations sont fatalement médiocres, c'est leur condensation, à une bonne altitude, qui est notre chance. Au sous-sol on souffre, au niveau du sol on se démène ou paresse, aux entresols on rêve.II.3.308
dumas a. fils

La femme inspire à l'homme de grands projets et l'empêche de les accomplir.II.3.146
  C'est pourquoi elle était plus proche du rêve : beau sujet que vous chantiez au lieu de mettre vos projets en chantier. Le calcul est naturel ; la femme et la poésie sont invention même ; le goût du paraître et le dégoût pour l’être ; ni Baudelaire (« la femme est abominable parce que naturelle »II.3.147) ni de Gourmont (« la femme la plus compliquée est plus près de la nature que l’homme le plus simple »II.3.148) ne le comprirent.II.3.309
eckhart me

Das kleinste innere Werk ist höher und edler als das größte äußere Werk.

L'œuvre intérieure la plus infime est plus haute et plus noble que la plus grande œuvre extérieure.
II.3.149
  Il faut trouver un outil commun pour comparer ces exploits. Le cerveau a besoin d'yeux grand ouverts pour accomplir l'œuvre extérieure ; l'âme, pour son œuvre intérieure, a besoin d'yeux baissés. La noblesse se reconnaît dans la contrainte.II.3.310
eckhart me

Gott befiehlt nicht ausdrücklich das äußere Werk.

Dieu n'ordonne à proprement parler aucun acte extérieur.
II.3.150
  On prouve sa liberté intérieure en ne mettant sur la balance divine que l'impondérable volonté et non pas le poids des actes.II.3.311
eckhart me

Die Werke heiligen nicht uns, sondern wir sollen die Werke heiligen.

Ce ne sont pas les œuvres qui nous sanctifient, c'est nous qui devons sanctifier les œuvres.
II.3.151
  L'œuvre devrait grandir d'elle-même, elle est en elle-même une proclamation de foi. En fait d'érection d'idoles, l'homme est plus prompt de faire l'inquisiteur que l'hérétique.II.3.312
eckhart me

Toutes les œuvres extérieures qui furent jamais réalisées par les saints, on les a trouvées aussi chez les païens.II.3.152
  Les nimbes ne se dessineraient qu'au-dessus du rêve, jamais - au-delà d'une action.II.3.313
eco u.

Tempo fa ero indeciso, ma ora non ne sono più così sicuro.

Autrefois j'étais indécis, mais à présent je n'en suis plus aussi sûr.
II.3.153
  J'aime les mises en abymes ; mon indécision, qui se croyait en bout de chaîne, se regarde dans ce miroir nouveau, prompte à riposter, je veux dire à réfléchir.II.3.314
eliot t.s.

Only those who risk going too far can possibly find out how far one can go.

Seul celui qui tente d'aller trop loin peut, éventuellement, découvrir jusqu'où l'on peut aller.
II.3.154
  Quand on sait que tout ce remue-ménage n'a d'autre finalité qu'aménagement d'étables, on se moque des bornes et évite des cornes. L'important, ce n'est pas découvrir mais couvrir, couvrir d'auréole, d'écran, de brume. Mais pour cela, il vaut mieux rester loin des routes.II.3.315
emerson r.w.

A man's action is only a picture book of his creed.

L'action de l'homme n'est qu'un livre d'illustrations de sa foi.
II.3.155
  Même en arrachant ces pages nous ne devrions guère nuire au contenu du livre de nos rêves. Les illustrations devraient n'être scrutées qu'à travers un texte agrandissant et tout de couleurs. « Tout homme contient de bonnes pages, il suffit d’avoir tourné les mauvaises »II.3.156 - E.Jünger - « Jeder Mensch hat seine guten Seiten. Man muß nur die Schlechten umblättern ».II.3.316
emerson r.w.

Whatever makes us either think or feel strongly adds to our power and enlarges our field of action.

Tout ce qui nous fait éprouver des sentiments ou pensées forts contribue à notre pouvoir et élargit notre champ d'action.
II.3.157
  Jadis, au lieu d'élargir notre champ d'action, tâche des minables, les grands sentiments rehaussaient notre regard jusqu'à rendre nos mains émues - immobiles. « Je l’ai fait me dit la mémoire, Non, je ne pouvais pas du tout le faire me dit mon intraitable orgueil, et la mémoire dut plier devant l’orgueil »II.3.158 - Nietzsche - « Ich habe es getan sagte mir mein Gedächtnis, Nein, das konnte ich gar nicht tun sagte mir mein Stolz und war unbeugsam, und das Gedächtnis mußte sich dem Stolz beugen ».II.3.317
emerson r.w.

What you do speaks so loudly that I cannot hear what you say.

Tes actes parlent si fort que je n'entends pas ce que tu dis.
II.3.159
  Au lieu de chercher à entendre la force ou l'étendue de ce qu'il dit, tu aurais dû tenter de voir la hauteur de ce qu'il chante, ou au moins, la profondeur de ce qui le fait chanter. Préférer les yeux aux oreilles.II.3.318
epictète

Les dons que j'ai reçus de Tes mains, je ne les ai pas négligés.II.3.160
  Nég-liger – ne pas lire ! Oui, je les ai lus, j'y ai admiré Ton œuvre ; mais l'attouchement de leurs cordes m'a fait négliger leurs flèches.II.3.319
épicure

Si les dieux sont parfaits, pourquoi ont-ils besoin d’agir ?II.3.161
  Ils agissent dans l’être ; c’est l’homme qui n’agit que dans le devenir.II.3.320
fénelon f.

L'homme s'agite, mais Dieu le mène.II.3.162
  Plus l'homme pense que c'est lui qui mène, plus Dieu doit s'en ennuyer pour s'entretenir avec un promeneur fourvoyé et comparer leurs culs-de-sac respectifs.II.3.321
françois d'assise

Ça ne sert à rien de marcher partout pour prêcher, à moins que la marche soit un prêche.II.3.163
  Toutes les positions furent tentées pour attirer des ouailles : assis ou debout, danse ou course. Mais on ne trouva rien de meilleur que la position couchée pour s'en débarrasser.II.3.322
de gaulle ch.

Recours de la pensée, instrument de l'action, condition du mouvement, la force est une accoucheuse pour tirer au jour le progrès.II.3.164
  Recours toujours rejeté par la sagesse, instrument toujours pipé, condition toujours sine qua si quand même, la force réduit aux gémonies ce qui ne progresse pas, c'est-à-dire ce qui est éternel. « Cet état d’extrême simplicité où, sans notre action, nos besoins harmonisent avec nos forces »II.3.165 - Hölderlin - « Ein Zustand der höchsten Einfalt, wo unsere Bedürfnisse, ohne unser Zutun, mit unseren Kräften gegenseitig zusammenstimmen ».II.3.323
gide a.

Le chemin droit ne mène jamais qu'au but.II.3.166
  Le but delphique serait-il également coranique : « Qui suit le chemin droit se dirige vers soi-même »II.3.167 ? Les méandres, au moins, permettent d'éprouver les moyens, mais seule l'immobilité nous apprend les délices des contraintes, coercitions et compulsions.II.3.324
gide a.

Vous vous laissez porter par le vent. Je prends appui sur gouvernail.II.3.168
  Avec le gouvernail ou avec le regard, on apporte son souffle, tend ses voiles, suit son étoile, écoute ses sirènes – ne te moque pas trop des naufragés par eux-mêmes, ne t'agrippe pas trop à la boussole des autres. Les instruments à cordes animent tes ruines ; les instruments à vent préparent tes épaves. Garde tes cordes bien tendues et moque-toi de tout vent : « les vents hostiles, amis des voiles royales »II.3.169 - Emerson - « head-winds right for royal sails ».II.3.325
goethe j.-w.

Der Handelnde ist immer gewissenlos ; es hat Niemand Gewissen als der Betrachtende.

Celui qui agit est inconscient ; seule la contemplation donne la conscience.
II.3.170
  Que fait l'action de contempler ? Elle rend doublement inconscient. Et contempler l'action ? Une double conscience.II.3.326
goethe j.-w.

Nachdenken und Handeln : Rahel und Lea ; die Eine war anmutiger, die Andere fruchtbarer.

Réflexion et action : Rachel et Léa ; celle-là plus gracieuse, celle-ci plus féconde.
II.3.171
  La fécondité est bel et bien dans la grâce, quoique ses naissances soient secrètes à cause des paternités obscures.II.3.327
goethe j.-w.

Denken und Tun, wie Aus- und Einatmen, wie Frage und Antwort.

Penser et agir - expiration et inspiration, question et réponse.
II.3.172
  En expirant on rit, sanglote ou soupire ; l'inspiration est ce qui est avant toute expression. La bonne question contient déjà la réponse. L'agir n'est que technique ou fonctionnel.II.3.328
gracián b.

Lo fácil ha de emprenderse como dificultoso y lo dificultoso como fácil.

Ce qui est facile se doit entreprendre comme s'il était difficile, et ce qui est difficile comme s'il était facile.
II.3.173
  Le sot ne cherchant qu'à transformer le difficile en facile, aurait donc de plus en plus de difficultés. Et l'homme sensé, en fin de compte, celui qui s'enorgueillit de savoir traduire le facile en difficile, - est un diabolique calculateur !II.3.329
gracq j.

Les hommes d'action sont poètes de l'événement.II.3.174
  Ainsi on peut proclamer poètes de l'échange - les boutiquiers. Est poète celui qui a envie de repartir de zéro ; toute action est au milieu, jamais au début.II.3.330
gracq j.

Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler !II.3.175
  La contemplation n'est peut-être pas le meilleur usage du regard. Serait-il inévidence du contact avec la chose vue ?II.3.331
grillparzer f.

Unsre Taten sind nur Würfe in des Zufalls blinde Nacht.

Nos actions ne sont que des coups de dés, dans la nuit noire du hasard.
II.3.176
  Tout choix des hommes s'affiche désormais sous un éclairage pré-programmé. Les rêves, même conçus sous les meilleurs des astres, sont repoussés vers l'ombre du destin. Le hasard mécanique abolit le coup de dés prophétique.II.3.332
grillparzer f.

Es lügt der Mensch mit Worten nicht allein, auch mit der Tat.

Pour mentir il n'y a pas que les mots, il y a aussi l'action.
II.3.177
  Les mots s'occupent de la traduction, et l'action - de la trahison. Traduttore - non traditore.II.3.333
hegel g.

Der Mensch ist, was er macht.II.3.178
  Quel contremaître (après Malraux et Sartre) n'y souscrirait pas ? Dans ce monde robotisé, l'homme se manifeste au premier chef par ce qu'il ne fait pas.II.3.334
hegel g.

Unschuld heißt willenlos sein, ohne böse und eben damit ohne gut zu sein.

Être innocent, c'est être sans volonté, être sans malice et partant sans bonté.
II.3.179
  Jadis volonté rimait avec écart ; aujourd'hui, elle est synonyme de standard. L'innocence plane sur les algorithmes du troupeau, la honte des solitaires ne quitte plus le banc des accusés.II.3.335
heidegger m.

Das Denken bleibt hart am Wind der Sache.

La pensée demeure exposée au vent de la chose.
II.3.180
  L'homme naïf expose plus souvent les choses au vent de la pensée. La perfection de l'aérodynamique divine - belle ondoyance entre pensée et chose - finit par rendre presque inutile l'épreuve par la chose.II.3.336
hesse h.

Die Praxis sollte das Ergebnis des Nachdenkens sein, nicht umgekehrt.

L'action devrait être l'effet de la réflexion et non l'inverse.
II.3.181
  On commence par en faire la cause et l'on aboutit à une réflexion de robot ; on en fait l'effet et la réflexion est saisie d'horreur devant une progéniture aussi méconnaissable. Et l'on finit par leur refuser tout lien de parenté, causale ou sentimentale.II.3.337
hesse h.

Jedem Anfang wohnt ein Zauber inne, der uns beschützt und der uns hilft zu leben.

À tout commencement préside un miracle, qui nous aide à vivre et nous protège.
II.3.182
  La liberté du premier pas nous illumine jusqu'à ce que nous commettions l'imprudence d'éclairer, nous-mêmes, le pas dernier, ce qui nous ramène au sombre état d'esclave. « Men are not born in order to die but to begin »***II.3.183 - Arendt - « Les hommes ne sont pas nés pour la mort, mais pour le commencement ».II.3.338
hölderlin f.

Si le royaume des ténèbres fait irruption, alors jetons nos plumes sous la table et rendons-nous à l'appel de Dieu.II.3.184
  Tout plumitif devenu combatif m'est vomitif. Il faut être Maïakovsky pour que la plume supporte la comparaison avec la baïonnette (« pour coudre les pantouffles rien ne vaut les bottes ! »II.3.185 - Goethe - « Aus Stiefeln machen sich leicht Pantoffeln »). La plume de Sartre, quoi qu'il en dise, ne ressemble guère à l'épée ; les deux mains de Heine (« Ich bin das Schwert ») ou Stendhal, tenant chacune la plume ou l'épée, heureusement, se désolidarisent ; et la philosophie au marteau dionysiaque de Nietzsche (ou le marteau de l'art, chez Marx, défiant le miroir, ou le bistouri de Foucault neutralisant la folie) porte la même innocuité que l’arc d’Apollon dont on ne fait que bander les cordes.II.3.339
hölderlin f.

Que n'ai-je pu n'agir jamais ! De combien d'espérances ne serais-je pas plus riche ?II.3.186
  Les espérances sont la monnaie des besogneux. Garder intact le trésor des désespérances, ne pas les céder à la vie usurière !II.3.340
homère

Tire ainsi tes flèches et tu deviendras une lumière pour les hommes.II.3.187
  J'évaluerais l'archer non pas en traces et en grammes mais en grâce et en flamme.II.3.341
homère

Labourer la mer sans moisson.II.3.188
  Et laisser toute semence aux messages des bouteilles jetées à la mer, à destination de ceux qui s'intéresseront à ta race plus qu'à ta trace. Tu choisiras pour patron Poséidon, fort et profond, seul capable de rendre leur hauteur aux bouteilles coulées. Comme les Stoïciens – avec la force d’Héraclès, les Sceptiques – avec la profondeur d’Hadès.II.3.342
horace

Dimidium facti, qui coepit, habet.

Qui a su commencer a, à moitié, fait.
II.3.189
  Et la meilleure partie ! Celui qui ne fait qu'agir ne commence rien. Ne commencent que les mots ; les gestes, même les premiers, achèvent.II.3.343
horace

Sincerum est nisi vas, quodcumque infundis acescit.

Si le vase n'est pas pur, tout ce qu'on y verse aigrit.
II.3.190
  Le vase, contrairement aux cruches, a aussi la vocation de forme et de sonorité, et l'aigreur des yeux ou des oreilles peut être autrement plus incommodante.II.3.344
horace

Levius fit patientia ; quidquid corrigere est nefas.

La résignation allège tous les maux sans remède.
II.3.191
  Une résignation supérieure - entretenir ta plaie et vivre tout remède tantôt comme un palliatif, tantôt comme un baume, tantôt comme un poison.II.3.345
hugo v.

Je crois ce que je dis, je fais ce que je crois.II.3.192
  Devise des sots ! Croire, c'est bannir le hasard, mais le mot n'est fait que du hasard. On ne fait que ce qu'on maîtrise, et l'on ne maîtrise jamais ce qu'on croit. Le sot croit qu'il sait, le sage sait qu'il croit. « Il n'y a de mythe pur que le savoir pur de tout mythe »II.3.193 - M.Serres.II.3.346
ionesco e.

Le logos était aussi l'action. Il est devenu paralysie.II.3.194
  Paralysé ou robotisé - le choix fut maigre, et c'est plutôt le robot qui émerge en vainqueur. La paralysie frappe le mythos, abandonné par le logos.II.3.347
jaurès j.

C'est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source.II.3.195
  Il serait plus juste de parler de sacrifice de la source et de fidélité à la mer, deux courants qui échappent aux riverains du milieu.II.3.348
kafka f.

Zwei Möglichkeiten : sich unendlich klein machen oder es sein. Das zweite ist Vollendung, also Untätigkeit, das erste Beginn, also Tat.

Le choix : se rendre infiniment petit ou bien l'être. Le second cas, c'est le dernier pas, donc inaction ; le premier cas - le pas premier, donc action.
II.3.196
  Quand tu te voues à la démesure et à l'immobilité, tu embrasses ces deux choix par une même prière, dans laquelle tous les autres pas ne sont que regards vers l'action de Dieu et ta propre inaction. « Tout ce qui nous aidera à nous dégager de nos déconvenues s’assemble autour de nos premiers pas »**II.3.197 - R.Char.II.3.349
kafka f.

Ich entdecke in mir nichts als Kleinlichkeit, Entschlußunfähigkeit, Neid und Haß gegen die Kämpfenden, denen ich mit Leidenschaft alles Böse wünsche.

Il n'y a en moi que mesquinerie, indécision, envie et haine contre les combattants auxquels, ardemment, je souhaite tout le mal.
II.3.198
  Belle panoplie, face à la mesure, la mise en route algorithmique et la tolérance des insipides. L'ardeur ne trouve plus de place que dans l'indécision, synonyme de solitude : « L’indécision est une solitude ; vous n'avez même pas votre volonté avec vous »II.3.199 - Hugo.II.3.350
kafka f.

Es gibt ein Ziel, aber keinen Weg ; was wir Weg nennen, ist Zögern.

Il y a un but, mais pas de chemin ; ce que nous nommons chemin est hésitation.
II.3.200
  Marcher, c'est donc ne pas être sûr de son immobilité.II.3.351
keats j.

Better being imprudent moveables than prudent fixtures.

Plutôt un mouvement périlleux qu'une immobilité sans danger.
II.3.201
  Le péril du mouvement, c'est un bleu sur l'épiderme, une grisaille dans la tête ou un vide de la bourse. Le péril de l'immobilité, c'est un rouge au front, une noirceur dans le regard, un trop plein côté cœur.II.3.352
kipling r.

Dès que tu sais faire une chose, mets-toi à quelque chose que tu ne saches pas encore faire.II.3.202
  Soit tu repars avec le même Faire virtuel, soit avec le nouveau Fait réel : créateur ou ingénieur. Le premier change de langage et par là désapprend le Fait ; le second change de sujet et oublie le Faire. Savoir faire, c'est maîtriser une syntaxe.II.3.353
kojève a.

Ce qui disparaît est l'Action niant le donné et l'Erreur.II.3.203
  C'est à dire le sacrifice et le rêve, sans lesquels l'Homme disparaît des horizons divins, la platitude des hommes fêtant la fin de l'Histoire.II.3.354
kraus k.

Wie schwer ist es, eine Tat in einen Gedanken umzusetzen !

Qu'il est difficile de transformer une action en une pensée !
II.3.204
  Tous les sots cherchent une transformation inverse : une pensée profonde en une action féconde. Les pensées naissent dans un désert ; l'action s'éploie en plénitude foraine sans mirages ; pour chanter le vide il vaut mieux être pris de vertiges.II.3.355
kraus k.

Der Platz an der Sonne - sie untergeht, sobald er errungen ist.

La place sous le soleil : celui-ci se couche aussitôt que celle-là est gagnée.
II.3.205
  De plus en plus on s'étripe pour les places, le métier de représentant en soleils ayant fait faillite.II.3.356
kraus k.

Wer die Taten verspricht, tadelt das Wort und die Tat.

Si ton mot appelle à l’action, tu te trompes et de mot et d’action.
II.3.206
  Mais si ton action enfante le mot, celui-ci trompe et celle-là est trompée.II.3.357
la bruyère j.

Le motif seul fait le mérite des actions des hommes, et le désintéressement y met la perfection.II.3.207
  « L’action ne fut guère droite, si le motif ne l’a pas été »II.3.208 - Sénèque - « Actio recta non erit, nisi recta fuerit voluntas ». « La récompense de l’acte dépend de ses intentions »II.3.209 - le Coran. L’action n’a pas d’intérieur qui aurait pu la sauver : « La fécondité d’une action est à l’intérieur d’elle-même »II.3.210 - Benjamin. Les motifs sont pires que les actions ! L’action est trop franchement naturelle et le motif (et même le quiétif de Schopenhauer) est trop hypocritement artificiel. Le mobile de l’action est comme l’étymologie du mot - plus intéressant que la chose mais sans aucun droit discriminatoire. « L’énergie qui n’est fournie par aucun mobile est seule bonne »II.3.211 - S.Weil. Comparez les dernières paroles du Christ et de Mahomet : « Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » et « Que la malédiction d’Allah soit sur les juifs et chrétiens car ils ont établi… ».II.3.358
lao tseu

Plus on va loin, plus la connaissance baisse.II.3.212
  … pour devenir peut-être d’autant plus profonde. Plus tu te retiens, en toi-même, plus ton regard t’échappe, pour devenir peut-être d’autant plus haut.II.3.359