amiel h.-f.

Le cercle de notre liberté n'est qu'un point.II.4.42
  Dresser les cercles appartient au point, mais deux rayons tirés au hasard, rendent ce point inutile. Le bon algorithme remplace ce qui semblait humainement irréductible.II.4.302
arendt h.

L'homme est libre parce qu'il est un commencement et a été créé ainsi.II.4.43
  Dans la monotonie des n+1-èmes pas, on oublie le frisson du premier. Le rêve du dernier pas est encore plus palpitant, mais le sommeil de l'homme libre est sans rêves.II.4.303
aristote

La dignité ne consiste pas en possession des honneurs, mais en conscience de les mériter.II.4.44
  Toi aussi, tu mets ta griffe au service de la méritocratie. La meilleure conscience est celle de toujours mériter le fouet. L'honneur de la vie est la vie sans honneurs.II.4.304
d'aubigné a.

Pourquoi nous avez-vous, diront les arbres, faits
D'arbres délicieux exécrables gibets ?
II.4.45
  C'était, au moins, pour accompagner un dernier pas. Encore dans la Croix, l'arbre servit de matière première. Aujourd'hui, dans l'économie humaine, tout son emploi est dans l'intermédiaire, à valeur ajoutée insignifiante.II.4.305
bakounine m.

Закон солидарности – первый человеческий закон ; свобода же лишь второй. Мы свободны лишь в той мере, в которой свободны остальные.

La loi de la solidarité des hommes est leur première loi, la liberté n'est que la seconde. Nous ne sommes libres que dans la mesure où les autres le sont.
II.4.46
  La liberté du loup efface l'égalité des agneaux. L'égalité avec les agneaux prive le loup de liberté.II.4.306
bakounine m.

Наступит власть ума научного, изо всех режимов самый хамский и избраннический.

Viendra le règne de l'intelligence scientifique, le plus arrogant et le plus élitiste de tous les régimes.
II.4.47
  La réalité prouva tout le contraire : ce régime ignore la hauteur et le patriciat, bien élevé et bien grégaire qu'il est.II.4.307
bakounine m.

Свобода без социализма - это привилегия несправедливости, социализм без свободы - это рабство и скотство.

La liberté sans socialisme, c’est le règne de l’injustice ; le socialisme sans liberté, c’est la servilité et l’abrutissement.
II.4.48
  Aujourd’hui, dans la presque liberté et le presque socialisme, les hommes méritent leur juste abrutissement.II.4.308
balzac h.

Le despotisme fait illégalement de grandes choses, la liberté ne se donne même pas la peine d'en faire légalement de très petites.II.4.49
  Le despotisme ne sachant faire même de petites choses, la démocratie est absoute de faire n'importe quoi.II.4.309
balzac h.

Le sauvage et le penseur ont également horreur de la propriété.II.4.50
  Intronisée dans tous les cœurs, elle rééduqua le premier et abêtit le second. Jamais l'idylle entre la propriété, la canaillerie et l'esprit n'alla si loin.II.4.310
barbey d'aurevilly j.

La démocratie, qui semble être la règle du monde moderne, et qui n'en est que la punition.II.4.51
  La tyrannie se présente toujours comme une exception et n'en est, hélas, que la règle. La démocratie a horreur des exceptions, la tyrannie - des règles.II.4.311
barbey d'aurevilly j.

Ce monde voué au veau d'or, à l'âne d'or, à tous les animaux d'or et à leurs excréments.II.4.52
  Parmi ces animaux le plus dominateur devient le mouton à digestion difficile. « Quelle époque : la Toison d’or endossée par le veau d’or ! »**II.4.53 - K.Kraus - « Es kommt die Zeit, wo das goldene Vlies vom goldenen Kalb bezogen wird ! ». « L'exécrable soif de l'or »II.4.54 - Virgile - « Auri sacra fames ».II.4.312
barrès m.

Le politicien est un acrobate : il garde l'équilibre en disant l'opposé de ce qu'il fait.II.4.55
  Ce n'est pas une corde raide qu'il a sous ses pieds mais une arène bien plate. Ses pour et contre, dans le dit et le fait, sont du même acabit. Ce n'est pas le sens de ses gesticulations qui blesse l'œil, mais la gesticulation elle-même.II.4.313
baudrillard j.

La démocratie, c'est la ménopause des sociétés occidentales.II.4.56
  L'insémination artificielle des cloaques cérébraux et le clonage des caractères lui assurent la procréation.II.4.314
baudrillard j.

Dans une société démocratique les pensées sont sans conséquence et les événements sans mémoire.II.4.57
  La démocratie, c'est la plénitude et la vitalité, et la pensée a besoin de vide et de deuil pour gagner en poids et en gravité. Les événements, en revanche, ne s'inscrivent, justement, qu'en mémoire démocratique incolore, tandis qu'en tyrannie ils peignent des tableaux.II.4.315
baudrillard j.

La nouvelle servitude volontaire est celle d'hommes obéissant à la sommation d'être libres.II.4.58
  La vieille liberté est toujours dans la fuite, sans poursuite, les oreilles bouchées, les yeux ailleurs.II.4.316
bélinsky v.

Люди так глупы, что их насильно нужно вести к счастью.

Les hommes sont si bêtes qu'il faut les traîner vers le bonheur.
II.4.59
  Ils sont aujourd'hui si intelligents qu'aucun malheur d'autrui ne perturbe leur placidité.II.4.317
benn g.

Das Abendland geht nicht zugrunde an den totalitären Systemen, auch nicht an seiner geistigen Armut, sondern an dem hündischen Kriechen seiner Intelligenz vor den politischen Zweckmässigkeiten.

L’Occident sombre non pas à cause des systèmes totalitaires, ni de son indigence spirituelle, mais à cause de la reptation servile de son intelligentsia devant les impératifs politiques.
II.4.60
  Toute politique devenue économique, c’est au veau d’or que sont dédiés tous les temples de la cité. Et c’est l’intelligentsia, en manque de pépites convertibles, qui y prêche et s’y prosterne.II.4.318
berdiaev n.

Обязательны интересы народа, но не обязательны его мнения.

L'intérêt du peuple est important, ses opinions ne le sont pas.
II.4.61
  Ce que proclame le poète avant de devenir tyran ou de regretter ses opinions hâtives. Le boutiquier dit l'inverse avant de se faire élire et de se mettre à encaisser ses intérêts.II.4.319
berdiaev n.

Хлеб для меня – материальный вопрос, хлеб для других духовный.

Le pain pour moi - une question matérielle. Le pain pour les autres - une question spirituelle.
II.4.62
  Et, en toute logique, on s'occupe de son pain, en jouant des coudes, et du pain pour les autres, en pérorant aux assemblées. D'où une devise de l'intellectuel : « Vis pour les autres, si tu veux vivre pour toi-même »II.4.63 - Sénèque - « Alteri vivas oportet, si vis tibi vivere ».II.4.320
bernanos g.

Les démocraties ne peuvent pas plus se passer d'être hypocrites que les dictatures d'être cyniques.II.4.64
  Tu ne comprends rien aux dictatures ! C'est la démocratie seule qui peut atteindre l'hypocrisie et/ou le cynisme qui prouvent un contact avec la réalité. La dictature ne peut être qu'héroïque ou lyrique, c'est-à-dire n'être que hors de la réalité.II.4.321
bernanos g.

Les vrais ennemis de la société ne sont pas ceux qu'elle exploite et tyrannise, ce sont ceux qu'elle humilie.II.4.65
  Le despotisme tyrannise la majorité silencieuse sans humilier une minorité gémissante ; la démocratie humilie une minorité aphone sans tyranniser la majorité qui est toujours bien orchestrée par l'instinct grégaire. De bonnes âmes entendront toujours de la musique là où un marginal de l'histoire râle, suffoque ou expire.II.4.322
bernanos g.

Les dictatures sont un grand effort manqué des peuples pour échapper au dégoût.II.4.66
  La démocratie se donne sans effort aux canailles pour assouvir leurs goûts ou nourrir leur bagout.II.4.323
bible

Des pécheurs veulent te séduire, ils te disent : « on fera bourse commune ».II.4.67
  L'anticommunisme primaire est pratiqué même par le bon Dieu !II.4.324
blake w.

One Law for the Lion & Ox is Oppression.

Une seule loi pour le lion et le bœuf, c'est l'oppression.
II.4.68
  Je dirais plutôt compression qui génère le mouton. Mais deux lois différentes, c'est la suppression de l'un des deux.II.4.325
blok a.

Пушкин ! Тайную свободу
Пели мы вослед тебе !


Pouchkine ! Sur tes traces, nous chantâmes la liberté invisible.
II.4.69
  Il faut savoir réclamer et déclamer la liberté pour qu'elle devienne palpable. Tout chant de la liberté en devient le chant du cygne.II.4.326
blok a.

Революция – это – я – не один, а мы. Реакция - одиночество.

La révolution veut dire : je ne suis pas seul, je suis nous. La réaction, c'est la solitude.
II.4.70
  La réaction ayant inventé la formule heureuse : je suis comme les autres et la révolution ayant substitué vous à la place de nous - le troupeau réactionnaire devint plus compact et solidaire que la caserne révolutionnaire.II.4.327
bloy l.

Les nues sont une espèce de patrie ambulante pour ceux qui se trouvent en bas de l'échelle sociale.II.4.71
  Ceux qui se trouvent en haut ont les yeux rivés aux pieds de l'échelle de peur de dégringoler.II.4.328
borgès j.

Las dictaduras fomentan la opresión, el servilismo, la crueldad ; más abominable es el hecho de que fomenten la idiotez.

Les dictatures fomentent l'oppression, la servilité, la cruauté, mais le plus abominable est qu'elles fomentent l'idiotie.
II.4.72
  Les dictatures voient tout en grand ; dans la démocratie, où tout est vu en petit, même l'idiotie - aussi épaisse qu'ailleurs - est mesquine.II.4.329
brodsky j.

Лучше быть последним неудачником в демократии, чем властителем дум в деспотии.

Il vaut mieux être le dernier des ratés dans une démocratie que maître à penser dans une tyrannie.
II.4.73
  Les grands maîtres finissent par s'imposer en tout régime, mais, curieusement, dans une tyrannie ils sont maîtres des maîtres et dans la démocratie - maîtres des ratés.II.4.330
brodsky j.

Общество, не читающее стихов, - лёгкая добыча демагога и тирана.

Une société qui ne lit pas de poèmes, ça fait une proie facile pour un démagogue ou un tyran.
II.4.74
  Ce siècle apporte un démenti sanglant à cette naïveté : jamais on ne porta autant aux nues Schiller et Pouchkine que sous Hitler et Staline.II.4.331
byron g.

Society is now one polish'd horde,
Formed of two mighty tribes, the Bores and Bored.

Ceux-là vont à l'ennui, ceux-ci l'amènent,
C'est votre monde fait par la même horde amène.
II.4.75
  Chaque Bore, en bâillant, est persuadé de le faire au nom des Bored. « Tout héros finit dans la peau d'un raseur »II.4.76 - Emerson - « Every hero becomes a bore at last ».II.4.332
caillois r.

La liberté n'existe que là où l'intelligence et le courage parviennent à mordre sur la fatalité.II.4.77
  C'est pourquoi votre liberté se reconnaît le mieux par la qualité de vos canines. Toutefois - nolentem trahunt.II.4.333
camus a.

Aujourd'hui, sans aucun doute, la liberté est la valeur la plus calomniée.II.4.78
  On ne calomnie que dans un esclavage. La calomnie, par un jeu de contrastes, érige une belle mais fausse auréole autour de toute vérité, qu'elle soit grégaire ou rebelle. C'est l'absence de calomnies qui rend si fade la véridique liberté. La liberté statufie la vérité, l'esclavage la déifie.II.4.334
camus a.

Je me révolte, donc nous sommes.II.4.79
  Calvin se contenta du singulierII.4.80. Se révolter, c'est prêcher l'altérité, la commisération. Prôner l'égalisation ou l'ostracisme, c'est ironiser. Le goût, c'est de savoir où il faut écarquiller et où fermer les yeux.II.4.335
camus a.

La révolte naît du spectacle de la déraison, devant une condition injuste et incompréhensible.II.4.81
  C'est tout le contraire de ma révolte : trop de raison froide, trop de justice mécanique, crevant les yeux sans larmes.II.4.336
carlyle th.

Democracy means despair of finding any heroes to govern you, and contented putting up with the want of them.

La démocratie, c'est le désespoir de ne plus avoir de héros pour te gouverner et la satisfaction de pouvoir t'en passer.
II.4.82
  La tyrannie étant le désespoir de voir des héros qui te guident tandis que tu n'es tenté par aucun chemin.II.4.337
chamfort n.

En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu et on persécute ceux qui sonnent le tocsin.II.4.83
  Les sonneurs de tocsin en eurent assez, se reconvertirent en pompiers vigilants et disciplinés et se moquent désormais des étincelles.II.4.338
chamfort n.

Il n'y a d'histoire digne d'attention que celle des peuples libres.II.4.84
  Car cette histoire nous convainc que le bonheur des peuples est à confier au boutiquier et non pas au poète. Tout despotisme a pour origine un goût pour la poésie. Le règne du marché est le meilleur garant de la liberté.II.4.339
chamfort n.

Le gouvernement despotique est un ordre de choses où le supérieur est vil et l'inférieur avili.II.4.85
  En tyrannie, plus haut on est, plus on est vil. Tandis qu'en démocratie, plus on est vil plus on a de chances d'être le supérieur.II.4.340
chapelan m.

Le scénario des révolutions se répète : des prophètes les rêvent, des apôtres les font, des fripons les défont. Du vent, du sang, du gang.II.4.86
  Le révolutionnaire est un poète, il lui faut des noms. Le conservateur est un homme d'action, il lui faut des verbes : il ment, il tend, il vend - il ment au cœur, il tend vers la raison, il vend l'âme.II.4.341
char r.

Tout en nous appelle, hélas, la tyrannie. Question de masse et de volume, plus que de surface.II.4.87
  La surface s'accommode de la hauteur des gestes, le volume en ambitionne la profondeur et s'y embourbe.II.4.342
chateaubriand f.-r.

L'égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes.II.4.88
  Dans cette dénonciation vous reconnaissez ce couple paisible, l'inégalité et la démocratie, leur mariage conclu en bonne et due forme et consommé sur la place publique. « La liberté politique, sans égalité économique, est un mensonge »II.4.89 - Bakounine - « Политическая свобода, без экономического равенства, это ложь ».II.4.343
chateaubriand f.-r.

Démocrate par nature, aristocrate par mœurs, je ferais très volontiers le don de ma fortune et de ma vie au peuple, pourvu que j'eusse peu de rapports avec la foule.II.4.90
  Je ne pousserais pas au-delà de la fortune cette attitude somme toute noble. Les capitaines d'industrie disent le contraire : je partagerais tout avec le peuple pourvu que je garde ma fortune.II.4.344
chateaubriand f.-r.

Alors sortirent de leurs repaires tous les abrutis par l'indigence, n'ayant pour toute vertu que l'insolence de la misère et l'orgueil des haillons.II.4.91
  Toute tête bien pensante s'offusque de ce qui n'est ici qu'un courage d'esthète. L'opulence et les paillettes du gros de la jet set, que constitue aujourd'hui le mufle abruti par l'argent, ne l'ont pas paré d'atours plus séduisants.II.4.345
chateaubriand f.-r.

Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent.II.4.92
  Plus précisément, la hauteur initiale, l'arbre et le mirage s'ouvrent devant les hommes ; la profondeur tombale, la forêt et le désert closent leur parcours.II.4.346
châtelet g.

Les saltimbanques de l'anarcho-mercantilisme se vautrent devant Hermès - Hermès le servile - et surtout devant Plutos.II.4.93
  Les profiteurs de ce culte, de l'académicien à l'apothicaire du coin, vous êtes les premiers à rougir de colère et les derniers à rougir de honte. Vautrés dans vos infâmes mérites, mathématiques ou pharmaceutiques, récompensés par Plutos.II.4.347
chénier m.-j.

Dieu fit la liberté, l'homme a fait l'esclavage.II.4.94
  Dieu se fit esclave, l'homme s'imagina libre.II.4.348
chesterton g.-k.

The richer a man is the easier it is for him to be a tramp.

Plus on est riche, plus on a de chances d'être une crapule.
II.4.95
  La crapulerie est question du regard sur le mérite ; et l'on y trouve trois classes de crapules : envieuses, béates, hypocrites. Celles qui pensent mériter plus, avoir exactement ce qu'elles méritent, être comblées au-delà de leur mérites.II.4.349
chestov l.

Тот, кто хочет помочь людям, не может не лгать.

Qui veut aider les hommes, ne peut pas ne pas mentir.
II.4.96
  On aide l'homme par le mot ou par l'acte ; on aide les hommes par un pont entre le mot et l'acte, et ce pont ne peut être que mensonge. Avec les hommes on évente les mensonges, sans eux, on invente la vérité.II.4.350
churchill w.

Democracy is the worst form of government except all those that have been tried from time to time.

La démocratie est le pire des régimes sauf tous ceux qu'on a tentés par ailleurs.
II.4.97
  L'union de boutiquiers, autre nom de démocratie, remplit les vitrines et vide nos arrière-boutiques ; l'union de poètes, berceau de toute tyrannie, baisse tous les rideaux et exacerbe toutes les soifs dans les coulisses.II.4.351
churchill w.

Any man who is under 30, and is not a liberal, has not heart ; and any man who is over 30, and is not a conservative, has no brains.

Celui qui n'est pas à gauche à vingt ans n'a pas de cœur ; celui qui l'est à quarante n'a pas de tête.
II.4.98
  En sens inverse, le courant existe aussi. Comparez G.Bernanos, calculant dans sa jeunesse, avec R.Debray, vouant la sienne au rêve. Le rêve tardif désavoue la vilenie des jeunes calculs ; la raison tardive consacre la belle défaite du rêve. C'est le despotisme de la tête qui met au pas le cœur. Et on prend l'abrutissement de celui-ci pour la sagacité de celle-là ! Qu'est-ce qui n'est pas condamné par la liberté ? - les instincts mécaniques, dictés par la force et la logique. L'idée communiste, étant un défi à toutes les deux, elle est doublement condamnée.II.4.352
churchill w.

The inherent vice of capitalism is the unequal sharing of blessings ; the inherent virtue of socialism is the equal sharing of miseries.

Le capitalisme a pour défaut de ne pas répartir équitablement la richesse, alors que le socialisme offre l'avantage de répartir équitablement la misère.
II.4.99
  Il y avait autant, sinon plus, de gradations de misère dans le socialisme russe que de gradations d'opulence à l'Ouest. Le socialisme offre deux avantages : la douce impunité de la paresse et la présence instructive de monstres se faisant passer pour des anges.II.4.353
cicéron

Nihil est tam sanctum, quod non violari : nihil tam munitum, quod non expugnari pecunia possit.

Rien d'assez sacré qui ne se laisse profaner par l'argent, rien d'assez fort qui résiste à sa poigne.
II.4.100
  Et, aujourd'hui, rien d'assez haut que l'argent ne terrasse.II.4.354
cioran é.

On ne peut respirer que dans un régime pourri.II.4.101
  Car il te pousse à t'époumoner pour la défense de l'éternité, et en intérieur de surcroît. Le régime sain n'est bon que pour la digestion du quotidien. Vers l'extérieur.II.4.355
claudel p.

Mon désir n'est pas d'apporter la liberté, mais simplement de rendre la prison visible.II.4.102
  C'est une tour d'ivoire qui se prête à cette architecture. Et pour que la prison fût, en plus, lisible, le meilleur état serait celui de ruines.II.4.356
comte a.

L'Amour pour principe, l'Ordre pour base, et le Progrès pour but.II.4.103
  Pour mettre en marche ce monstre contre nature, il faut choisir la Libre Entreprise pour moyen et la Chambre de Commerce pour juge.II.4.357
constant b.

Que l'autorité se borne à être juste ; nous nous chargeons d'être heureux.II.4.104
  La justice étant formulée par les heureux, c'est-à-dire par les loups, l'agneau en supporte la charge, décorative et gastronomique.II.4.358
corneille p.

Le pire des États, c'est l'état populaire.II.4.105
  Car l'ochlocratie fait la part belle aux outils qui tranchent, pincent, égratignent, tandis que le boutiquier, que vous appelez de vos vœux, n'en a qu'un, l'argent, qui ne blesse que des épidermes sensibles à l'abject.II.4.359
dac

Au vote à main levée, je préfère le vote à pieds levés et à langue pendante.II.4.106
  L'heureux élu ne te prendra plus sous ses ailes, mais sous ses aisselles ; il aura pris l'esprit de ta main au pied de la lettre.II.4.360
debray r.

Les révolutionnaires vivent et meurent de métaphores.II.4.107
  Les métaphores crues (fraîches) ne sont encore que des mots, les métaphores crues (adoptées) sont déjà, hélas, des idées. La métaphore est bien le seul plat de résistance d'un rebelle. La crudité vivifiante du mot est une métaphore décrue, la croyance mortifère de l'idée - une métaphore accrue.II.4.361
debray r.

Le communisme a bâclé son agonie et l'époque solde ses rêves en vrac.II.4.108
  Ce qui devrait nous inciter à ne partager nos rêves avec personne : plus un rêve est vaste en adhésions, plus de débris en fera l'époque.II.4.362
démocrite

La franchise appartient à la liberté, le mensonge - à l'esclavage.II.4.109
  Dans le mensonge total, tout courant de vérités est vivifiant. Dans la totale franchise, même le vrai est mortifère.II.4.363
diogène laërce

Ce que je sais le mieux faire est de diriger les hommes.II.4.110
  On comprend que toute société naturelle - celle qui échappe à l'emprise de tout lyrisme - est condamnée à devenir cynique.II.4.364
dostoïevsky f.

Свобода не право человека, а обязанность, долг ; свобода не лёгкость, а тяжесть.

La liberté n'est pas un droit d'homme mais un devoir d'homme. La liberté n'est pas la grâce, mais la pesanteur.
II.4.111
  Je ne vis personne que la liberté fît danser. Elle fait surtout calculer.II.4.365
dostoïevsky f.

В отвлечённой любви к человечеству любишь почти всегда одного себя.

Dans un amour abstrait de l'humanité tu n'aimes, en général, que toi-même.
II.4.112
  (Il semblerait qu’aimer l’homme soit pire : « Aimer l’individu, c’est de la barbarie »II.4.113 - Mérejkovsky - « Любовь к одному есть варварство ».) S'aimer veut dire se fouiller. Aimer les autres veut dire les prendre tels quels. Privilégions la recherche au détriment de l'ondoyance, c'est-à-dire de l'indifférence. « Je plaide coupable d’avoir placé l’idée de l’homme au-dessus de celle de l’humanité »II.4.114 - Koestler - « I plead guilty to having placed the idea of man above the idea of mankind ».II.4.366
dostoïevsky f.

Человечество именно потому и любит войну, чтоб участвовать в великодушной идее.

Si les hommes aiment la guerre, c'est justement pour prendre part à une idée généreuse.
II.4.115
  Laissons-les donc, aujourd'hui, occupés, à part entière, par l'égoïste idée marchande pour qu'ils nous laissent en paix. La paix des châteaux en Espagne passe par la transformation des chaumières en habitats tout-confort.II.4.367
dostoïevsky f.

Человек - раб, хотя и создан бунтовщиком.

L'homme, c'est un esclave, bien qu'il ait été créé rebelle.
II.4.116
  La rébellion naît d'une horreur. En chassant les monstres on chasse, par inertie, les rêves. L'homme sans rêve s'appelle esclave.II.4.368
einstein a.

Everything that is really great and inspiring is created by the individual who can labor in freedom.

Tout ce qui est vraiment grandiose fut créé par l'homme pouvant travailler en liberté.
II.4.117
  En liberté on crée ce qu'on peut, dans une tyrannie - ce qu'on doit. Le grandiose est peut-être dans le pouvoir, mais le sublime est dans le devoir. Quand les deux se rencontrent ça s'appelle vouloir, le désir, une liberté tyrannique, loin de tout labeur, celle qui te fascinait chez Schopenhauer : « L'homme peut faire ce qu'il veut - mais il ne peut pas vouloir ce qu'il veut »II.4.118 - « Der Mensch kann wohl tun was er will - aber er kann nicht wollen was er will ».II.4.369
éluard p.

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom.
II.4.119
  L'abus de l'écrit finit par faire adorer la lettre et s'évaporer l'esprit.II.4.370
étiemble

Le sang des hommes libres est la semence de liberté, et, j'en ai peur, la seule féconde.II.4.120
  Engrais ou lubrifiant, il ne se mêle plus au ruissellement de larmes, ni de sueur, ni d'encre. En version clonage transgénique, la liberté se contente d'arrosage artificiel.II.4.371
ferry l.

Nos sociétés démocratiques ont dû rejeter l'idée qu'il existerait une aristocratie du bien et du mal.II.4.121
  En effet, le mufle muni d'une calculette, au temps de réponse record, suffit aujourd'hui pour trancher.II.4.372
flaubert g.

Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de merde qu'il est temps de n'en plus avoir du tout.II.4.122
  Nous y sommes. Les enseignes immaculées des marchands leur succédèrent, en apaisant vos inappétences et vos consciences. Le drapeau souillé avait le mérite de nous rappeler l'existence d'une honte à boire.II.4.373
foucault m.

Le génocide est le rêve des pouvoirs modernes ; le pouvoir s'exerce au niveau de la vie, de l'espèce, de la race.II.4.123
  Votre vie, votre espèce et votre race ne se calculent plus qu'en unités monétaires. Et le pouvoir, c'est vous, les hommes, génocideurs de l'homme enterré depuis belle lurette dans son ghetto du rêve (on ne nomme homme que celui qui se débarrasse de tout titre de race). S'exerçant sur les machines, votre pouvoir ne porte plus de traces de la vie.II.4.374
fourier ch.

La morale élève les civilisés à n'avoir point de passions, à n'aimer que le bien du commerce, mœurs fort commodes pour les épiciers.II.4.124
  Aujourd'hui, toutes les phalanges, de celle des poètes à celle des topologistes, arborent la morale du vainqueur, de l'épicier.II.4.375
france a.

On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels.II.4.125
  La patrie s'identifiant de plus en plus avec l'industrie et l'espérance de vie économique éloignant tout trépas dramatique, les hommes vivent pour l'industrie et meurent pour une patrie céleste abandonnée, business as usual.II.4.376
france a.

La majestueuse égalité devant la loi interdisant aussi bien aux riches qu'aux pauvres de dormir sous les ponts.II.4.126
  Le volet permissif de la même loi invite les pauvres et les riches à rêver dans la Bourse. Les réponses enthousiastes y sont beaucoup plus nombreuses.II.4.377
france a.

Dans tout État bien gouverné la richesse est une chose sacrée. En démocratie, c'est la seule chose sacrée.II.4.127
  Mais, à tout hasard, on l'a flanquée de deux hypostases de camouflage : l'égalité des chances (le Sauveur d'apparences) et les droits de l'homme (l'Esprit Saint de la bonne conscience et digestion des repus).II.4.378
franklin b.

They that can give up essential liberty to obtain a little temporary safety deserve neither liberty nor safety.

Celui qui abandonne la liberté pour la sécurité ne mérite ni la liberté ni la sécurité.
II.4.128
  … dit le loup devant l'agneau surpris. Il rôde, désormais, en plein jour, et les ruines protectrices, prévues pour la nuit, se trouvent fatalement sur son chemin.II.4.379
gandhi m.

Freedom is not worth having if it does not connote freedom to err.

La liberté n'est rien si elle ne contient pas la liberté de s'égarer.
II.4.129
  Le sens de la circulation, de nos jours, est si clair, que le seul moyen de s'égarer est de rester immobile. Que ne se permettent que les esclaves du mot.II.4.380
gary r.

Le but de la démocratie est de faire accéder chaque homme à la noblesse.II.4.130
  Seuls des régimes anti-démocratiques tentent, de temps à autre, de traduire ce but en réalité (tandis que la noblesse n'est traduisible en actes qu'en tant que contrainte), ce qui ne provoque que de nouveaux reflux de la bassesse. La démocratie est l'adoucissement de la bassesse, la tyrannie – l'exacerbation de la noblesse.II.4.381
gauguin p.

Une terrible époque se prepare en Europe : le royaume de l'or.II.4.131
  C'est toujours le même veau qui trône, mais personne ne se réfugie plus auprès des bons sauvages en quête de parenté élective ou aurifère. L'homme de la nature est un écolo, en quête d'électeurs.II.4.382
gide a.

Journalisme - tout ce qui sera moins intéressant demain qu'aujourd'hui.II.4.132
  Rêve - ce qui était plus triste hier qu'aujourd'hui. Les rêveurs sont au moins des esclaves, les journalistes ne sont que des journaliers.II.4.383
glucksmann a.

L'Allemand commence par dire oui et affirme platoniquement l'existence d'un ordre. Le Français commence par non et fait face, avec Hésiode, au chaos.II.4.133
  Le non est dans le langage, et l'idée - dans la pensée. Le chaos survit aux mots, mais succombe aux concepts. Vénérer l'ordre, c'est renoncer au mot final et chercher l'idée minimale.II.4.384
goethe j.-w.

Niemand ist mehr Sklave, als der, der sich für frei hält, ohne es zu sein.

C'est le comble d'esclavage que de se croire libre sans avoir la liberté.
II.4.134
  Signe d'une liberté intérieure : se sentir enchaîné et ligoté au milieu d'une liberté sans entraves et sans âme.II.4.385
goethe j.-w.

Les plus méchants pays ont les meilleurs patriotes.II.4.135
  « Où encore la liberté imprègne ainsi les hommes » - chanson soviétique - « где так вольно дышит человек » ; « les États-Unis – le plus grand des poèmes »II.4.136 - Whitman - « the United States are the greatest poem ». « Le patriotisme, ce dernier refuge des crapules »II.4.137 - S.Johnson - « Patriotism is the last refuge of a scoundrel ». Les cerveaux cosmopolites vainquirent les cœurs prosélytes. L'amour de ta patrie est l'amour de ton enfance et il tiédit si l'horreur de l'âge adulte ne l'attise pas.II.4.386
goncourt e. et j.

Il n'y a que deux grands courants dans l'histoire de l'humanité : la bassesse qui fait les conservateurs et l'envie qui fait les révolutionnaires.II.4.138
  On ne manque pas, non plus, de bas révolutionnaires et d'envieux conservateurs.II.4.387
goncourt e. et j.

Le peuple n'aime ni le vrai ni le simple : il aime le roman et le charlatan.II.4.139
  Si, il les aime, le vrai et le simple. C'est pourquoi il aime le journal et l'intellectuel moderne. Le poète, charlatan du mot, a du souci à se faire s'il tient au peuple. Aimer, c'est accepter la chose telle qu'elle est. Le vrai et le simple ne sont beaux qu'en tant qu'essors, promesses, perspectives - donc, refus.II.4.388
goncourt e. et j.

Les financiers ne sont que des voleurs qui ont acheté près du gouvernement le droit de voler.II.4.140
  La vermine ne chaparde pas ; sans ces parasites le créateur risquerait de ne porter que la misère lépreuse. La canaille, de nos jours, est honnête, c'est cela son côté particulièrement nauséeux.II.4.389
hayek f.a.

L'Etat de droit est une règle concernant ce que devrait être la loi, une règle méta-légale.II.4.141
  Cette règle, aujourd'hui, - assouvir la faim minimale du faible - n'est qu'une méta-oppression. La bonne méta-règle devrait être : ne pas engraisser, mais engrâcer la force.II.4.390
hayek f.a.

Das Geld ist eines der großartigsten Werkzeuge der Freiheit.

L'argent est l'un des plus extraordinaires outils de la liberté.
II.4.142
  Que Pinocchio, fabriqué par d'autres outils, outils du rêve, paraît vulnérable, face aux robots à la cervelle, mâchoire et entrailles infaillibles, robots sortant de votre outil sans pitié ni honte.II.4.391
heine h.

Die Welt ist ein großer Viehstall, der nicht so leicht wie der des Augias gereinigt werden kann, weil, während gefegt wird, die Ochsen drinbleiben und immer neuen Mist anhäufen.

Le monde est une grande écurie plus difficile à nettoyer que celle d'Augias. À chaque coup de balai donné, les bêtes restées à l'intérieur accumulent un nouveau fumier.
II.4.143
  Nettoyons plutôt l'éther où nous exhortent les soupirs de Sisyphe et le zèle des Danaïdes.II.4.392
herzen a.

Нельзя людей освобождать в наружной жизни больше, чем они освобождены изнутри. Задача не в том, чтобы рабам было лучше, а в том, чтобы не было рабов.

Dans la vie extérieure, on ne doit pas rendre les hommes plus libres qu'ils ne le sont à l'intérieur d'eux-mêmes. La question, ce n'est pas d'améliorer la vie des esclaves, mais d'en éradiquer l'existence même.
II.4.144
  Tu ne soupçonnais pas les ressources de cohabitation que découvrit l'esclave intérieur s'entendant désormais à merveille avec l'homme libre à l'extérieur.II.4.393
herzen a.

Я – за борьбу свободного человека с освободителями человечества.

Je suis pour que l'homme libre se débarrasse des libérateurs du genre humain.
II.4.145
  Les hommes libres s'en débarrassèrent. Tout agneau partage désormais les nouveaux langage et allure du loup, empruntés au mouton.II.4.394
hésiode

Le Kroniôn a permis aux bêtes féroces de se dévorer entre eux, parce que la justice leur manque.II.4.146
  Chez les humains, Il tolère la férocité car le Malin la statufia dans une justice écrite. « Notre culture a vraiment progressé : au lieu de nous dévorer on nous mène simplement à l'abattoir »II.4.147 - Lichtenberg - « Unsere Kultur ist wirklich fortgeschritten ; wir fressen einander nicht, wir schlachten uns bloß ».II.4.395
hippius z.

Отчего свобода, такая сама по себе прекрасная, так безобразит людей ?

Pourquoi la liberté, si belle en soi, avilit-elle tellement les hommes ?
II.4.148
  Ce qu'il y a de plus beau, chez l'homme, aime l'obscurité, et la liberté, c'est l'invitation à la lumière, qui ne met en volume que la grisaille.II.4.396
hoffmann w.

Tout homme qui se croit libre est le jouet des puissances sombres et féroces.II.4.149
  Mais la conscience de ta servitude t'ouvre à la faiblesse compatissante et ironique. Pas plus lumineuse : un jeu des ombres, pas une obscurité.II.4.397
hölderlin f.

Du führtest sie zur Freiheit, und sie dachten an Raub.

Tu les guidais vers la liberté, ils songeaient à la rapine.
II.4.150
  Puisqu'ils étaient plus purs que toi ! Dans la vraie liberté, le don ou le vol suivraient des lois non-marchandes. Regardez ceux qu'on menait vers le monde des transactions - ils atteignirent triomphalement la liberté, celle des marchands.II.4.398
hugo v.

Car le peuple est en haut, mais la foule est en bas.II.4.151
  Le peuple devient foule quand on proclame qu'il est en haut. Dans notre société, esthétiquement horizontale, - « populace en haut, populace en bas »***II.4.152 - Nietzsche - « Pöbel oben, Pöbel unten ».II.4.399
hugo v.

La chimère est aux rois, le peuple a l'idéal.II.4.153
  Une illustration de différence entre être et avoir. Dès qu'on court d'après une chimère, elle se mue en idéal. Un idéal qu'on laisse vivre hors de portée des griffes et même des ailes se rapproche délicieusement d'une chimère.II.4.400
hugo v.

La liberté consiste à choisir entre deux esclavages : l'égoïsme et la conscience, qui est l'esclavage de Dieu.II.4.154
  Le vote pour l'égoïsme est secret, celui de la conscience exige d'élever l'âme. Dans une société libre on préfère la discrétion.II.4.401
hugo v.

La dernière raison des rois : le boulet. La dernière raison des peuples : le pavé.II.4.155
  L'avant-dernier pas est toujours plus instructif que le dernier. Comparez le plumage dressé et la sourde révolte - aux boulets et pavés.II.4.402
hugo v.

Le peuple est conduit par la misère aux révolutions et la révolution ramène le peuple à la misère.II.4.156
  L'élite rassasiée aspire au conformisme et la démocratie lui inspire la mentalité des repus.II.4.403
hugo v.

Une égalité d'aigles et de moineaux, de colibris et de chauve-souris, qui consisterait à mettre toutes les prunelles dans le même crépuscule, je n'en veux pas.II.4.157
  L'affamé brandit sa misérable assiette, et vous le repoussez en invoquant l'envergure de vos ailes et le timbre de vos chants - ignoble ! Vos prunelles de rapaces ne percent pas près d'une aube fraternelle.II.4.404
hugo v.

Qui est incapable d'être pauvre, est incapable d'être libre.II.4.158
  Notre société, si prodigue en récompenses des mérites, prive tout homme fort de cette chance de vivre en misère et le rend, de ce fait, esclave méprisable. L’homme ne sachant pas se contenter de peu, vivra toute sa vie en esclaveII.4.159 (Horace).II.4.405
hume d.

Few people are able to see the distinction between the liberty of spontaneity and the liberty of indifference.

Peu d'hommes sont capables de distinguer entre la liberté de spontanéité et la liberté d'indifférence.
II.4.160
  Seule la première a cours aujourd'hui ; l'instinct qui l'oriente est câblé si profondément qu'on ne s'aperçoit même plus que c'est un instinct moutonnier. Devant des causes si criardes et des effets si opaques, qui oserait encore la noble indifférence, ce scepticisme mitigé, opposé au scepticisme a priori (Descartes) ou au scepticisme a posteriori (l'Ecclésiaste) ?II.4.406
ibsen h.

Le pire ennemi de la vérité et de la liberté, c'est une majorité compacte.II.4.161
  Les belles vérités et libertés s'insinuent, s'infiltrent pour séduire. Mais ce monde monolithique, d’une écrasante majorité, boucha tous les pores, munit de pièges toutes les échappatoires, condamna les cours d'honneur et ne reçoit que dans la basse-cour les moutons triomphants.II.4.407
jaspers k.

Eine über die Gleichheit der Chancen hinausgehende Gleichmachung der Menschen ist die höchste Ungerechtigkeit.

Le nivellement des hommes dépassant l'égalité des chances est la pire des injustices.
II.4.162
  Seules les têtes nobles tiennent à cette injustice ! Mais tous saluent, aujourd'hui, votre justice, où la chance de l'agneau égale celle du loup.II.4.408
jaurès j.

Il ne peut y avoir révolution que là où il y a conscience.II.4.163
  Toutes les consciences nagent dans un apaisement douceâtre, assoupies, baillantes. Au dîner, la révolution meublera la conversation, pour pimenter de balivernes le palais des repus.II.4.409
joubert j.

Les révolutions sont des temps où le pauvre n'est pas sûr de sa probité, le riche de sa fortune et l'innocent de sa vie.II.4.164
  Sous notre démocratie, le pauvre est sûr de sa fortune, le riche de sa vie et l'innocent de sa probité. On gagna en grisaille et trivialité.II.4.410
jünger e.

Ich hasse die Demokratie wie die Pest.

Je hais la démocratie comme la peste.
II.4.165
  La démocratie est antipathique comme infaillible vaccination contre contamination par le doute et comme cynique calmant rendant insensible aux râles des pestiférés.II.4.411
jünger e.

Die drei musikalischen Nationen, die Deutschen, Russen und Italiener : innerhalb der Musikalität findet eine Verlagerung auf die gröberen Elemente, vom Melos auf Rhythmus, statt.

Ces trois nations musicales, les Allemands, Russes et Italiens : à partir de la musicalité se produirait une refixation sur des éléments moins nobles, du mélos sur le rythme.
II.4.166
  Tandis que les autres, en sens inverse, se désintéressaient des rythmes et s’adonnaient aux algorithmes.II.4.412
karr a.

Allons donc ! les hommes ne sont pas des esclaves ; ce sont des domestiques volontaires.II.4.167
  Le plus écœurant, dans ce volontariat, est que les mérites des maîtres se mesurent à l'échelle de la valetaille. D'où cette harmonie sans fracture aucune.II.4.413
keyserling e.

Je déteste en l'américanisme l'essence même de l'Occident.II.4.168
  Les USA reproduisent la trajectoire de Rome comme l'URSS celle de Carthage. Toutes les deux méprisées par la Grèce, le seul Occident qui mérite un franc respect.II.4.414
koestler a.

In the social equation, the value of a single life is nil ; in the cosmic equation, it is infinite.

Dans l'équation sociale l'individu figure le zéro, dans la cosmique - l'infini.
II.4.169
  Cette belle arithmétique est supplantée, de nos jours, par une redoutable algèbre où d'occultes et interchangeables inconnues masquent toute valeur humaine.II.4.415
kojève a.

L'Histoire s'achève au moment où disparaît la différence entre Maître et Esclave.II.4.170
  C'est le règne de l'horizontale, de la platitude finale, des reliefs uniformément empreints par l'argent.II.4.416
lacordaire h.

La liberté n'est possible que dans un pays où le droit l'emporte sur les passions.II.4.171
  En l'emportant, le droit expulse les passions et finit par ne plus s'en souvenir. Le droit est dicté par des passions utilitaires assagies. La liberté somptuaire édicte, parfois, d'étranges droits à l'esclavage d'une vraie passion, mais son champ d'application est ravagé par le robot.II.4.417
lacordaire h.

Quand il y a des forts et des faibles, c'est la liberté qui opprime et c'est la loi qui affranchit.II.4.172
  Pour le fort, c'est l'égalité qui entrave. La loi ne peut affranchir que si l'on est fraternel.II.4.418
lamartine a.

L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie. La fraternité n'en a pas.II.4.173
  Si la