alain  |
Le plus difficile au monde est de dire en y pensant ce que tout le monde dit sans y penser.IV.1.79 |
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C'est une difficulté d'élocution et non de création. L'artiste se précipite derrière ses propres mots pour attraper la pensée. L’altération crée l’altérité (« La production produit le producteur »IV.1.80 - Blanchot). Le sot fait l'inverse.IV.1.452 |
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alain  |
  Le langage est ce beau domaine qui s'étend des profondeurs de la musique aux sommets de l'algèbre.IV.1.81 |
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Chaque langage est un climat et un paysage. Ils s'entrelacent dans leurs profondeurs et se touchent par leurs sommets. Ils ont leurs paraboles du grain, hyperboles des floraisons, ellipses des ramages.IV.1.453 |
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alain  |
Le lien magique est celui du mot à la chose invisible et à l’homme invisible.IV.1.82 |
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Non, ce lien est presque mécanique ; c’est le lien du mot avec l’homme et la chose réels qui est magique. Attacher le mot aux modèles est de la conception arbitraire ; glisser du mot vers la réalité est de la création rigoureuse, incompréhensible et divine.IV.1.454 |
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| apollinaire g. |
L'amour est libre, il n'est jamais soumis au sort. Lou, le mien est plus fort encore que la mort.IV.1.83 |
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Ces trois t, de ces insupportables rimes orthographiques, gâchent ce plagiat du Cantique des Cantiques. C'est un dictionnaire, et non pas l'oreille, qui cherche des échos. Pourquoi pas mords ou Maure ? Que dire d'une poésie où voie lactée est interdit à cause d'un e muet ? Voyez l’équilibristique orthographique de La Fontaine : « les pensERS vulgaires ».IV.1.455 |
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| aragon l. |
 Poésie, ô danger des mots à la dérive.IV.1.84 |
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C'est le danger des bouteilles jetées à la mer : les courants, les profondeurs, les routes peu fréquentées, le trop peu d'hermétisme. Les mots bien repérés s'érigent en phares, idées lumineuses.IV.1.456 |
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| aristophane |
 Les hautes pensées exigent un haut langage.IV.1.85 |
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Toute pensée est plate (ou profonde, ce qui est la même chose) avant d'inventer une hauteur langagière. On reconnaît la logocratie aristocratique dans la démocratie des pensées.IV.1.457 |
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st augustin     |
   Alia est enim lux quae sentitur oculis ; alia qua per oculos sintiatur ; haec lux qua ista manifesta sunt, utique intux in anima est.
Autre est la lumière perçue par l'œil ; autre la lumière que l'œil peut percevoir ; autre enfin la lumière imprimée dans l’âme qui la conçoit.IV.1.86 |
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Une langue vivante, un modèle conceptuel, une image conçue - Aristote eût partagé la même vision ternaire que les philosophes analytiques abaissent à une terne division binaire.IV.1.458 |
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st augustin     |
Non accuso verba quasi vasa lecta, sed vinum erroris, quod in eis nobis propinabatur ab ebriis doctoribus.
Ce n'est pas le mot, ce précieux récipient, que j'accuse, mais le vin de l'erreur que des docteurs ivres nous poussent à boire.IV.1.87 |
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Pour les convives vigilants, l'ivresse du vin (la beauté) est dans la lecture des étiquettes où réside la vérité (in libello veritas).IV.1.459 |
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| bachelard g. |
 Les mots cachent un verbe. La phrase est une allure. L'imagination est un musée des allures.IV.1.88 |
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Le verbe muscle les articulations d'une phrase et la fait boiter ou danser. L'imaginaire laisse les mots reproduire le rythme, choisi par le guide du musée, le goût.IV.1.460 |
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| bachelard g. |
Les concepts et les images se développent sur deux lignes divergentes de la vie spirituelle.IV.1.89 |
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Les images naissent dans le langage, et les concepts s'ancrent dans le modèle ; plus riche est le modèle, plus vaste et profond est le domaine de définition des images. Mais la valeur de l'image réside surtout dans sa hauteur, dimension absente dans le modèle.IV.1.461 |
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| bacon f. |
La vertu et la sagesse, sans l'art de la communication, sont comme une langue étrangère que le sot ne comprend pas.IV.1.90 |
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Notre langue maternelle est ce qui prive de leur Pentecôte l'œil et l'oreille. Le don des langues est le premier des dons du regard et du goût. Et même de la vie : « Tu es homme autant de fois que le nombre de langues que tu parles »***IV.1.91 - Goethe - « Wieviel Sprachen du sprichst, sooftmal bist du Mensch ».IV.1.462 |
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balzac h.  |
Demander des mots au silence et des idées à la nuit.IV.1.92 |
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Écoutez les cadences mécaniques diurnes qui remplissent les idées d'aujourd'hui ! La musique étoilée se réfugie en hauteur, où ne s'aventurent ni éditeurs ni lecteurs. La défaite du mot est de ne plus provoquer d'avalanches d'idées.IV.1.463 |
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| barbey d'aurevilly j. |
Les poètes du mot seul, jaloux comme des bouteilles vides contre des bouteilles pleines.IV.1.93 |
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Ces bouteilles pleines d'idées, de messages, de liqueurs ne sont bonnes que pour des épiceries. Et que vive le vide salutaire du mot où le poète invite Dieu à agir !IV.1.464 |
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barney n.  |
Que d'êtres, dans un mot devenu vide, ont enfermé toute leur vie.IV.1.94 |
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C'est moins incongru que, dans une vie trop pleine de niaiseries, sans paroles ni notes, ne plus trouver de place pour un mot sonore.IV.1.465 |
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barney n.  |
 Éprouver un sentiment tant qu'il ne relève d'aucune formule, en évitant de lui trouver un nom - obéir à la puissance de ce qui n'a pas été dit.IV.1.95 |
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Retarder le mot, c'est s'attarder dans le geste. Le geste, certes, aère mais le mot promet l'arôme. Deux voies vers la maturité : pourrissement végétal ou chutes verbales.IV.1.466 |
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| barthes r. |
En termes topologiques, on ne peut faire coïncider un ordre pluridimensionnel (le réel) et un ordre unidimensionnel (le langage).IV.1.96 |
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Une jolie bêtise à trois étages : a. l'auteur ignore tout des isomorphismes (on n'a pas besoin de topologie pour les établir) ; b. le réel n'est pas pluridimensionnel mais a une infinité de dimensions (tout modèle signifié, en revanche, est pluridimensionnel) ; c. la non-coïncidence doit se constater du réel avec son modèle et non pas avec un langage qui ne représente rien du tout. Toutefois, l'attitude de celui qui pense exactement le contraire : « L'essence du langage est une image de l'essence du monde »IV.1.97 - Wittgenstein - « Das Wesen der Sprache ist ein Bild des Wesens der Welt » - est encore plus aberrante.IV.1.467 |
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| barthes r. |
La langue est fasciste ; car le fascisme, ce n'est pas d'empêcher de dire, c'est d'obliger à dire.IV.1.98 |
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C'est aussi profond que de dire : pour exprimer son amour on est condamné à conjuguer un verbe régulier.IV.1.468 |
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| bataille g. |
   Un livre n'est beau qu'habilement paré de l'indifférence des ruines.IV.1.99 |
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Curieusement, tout ce qui se construit pour ne pas s'écrouler se remarque par une étrange platitude. Ce n'est pas le choix de pierres angulaires qui trahit l'artiste mais bien celui de pierres d'achoppement.IV.1.469 |
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| bataille g. |
 La poésie est le sacrifice où les mots sont victimes.IV.1.100 |
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Quand le feu des autels parvient jusqu’aux dieux, ils accordent aux mots poétiques immolés des réincarnations ou des résurrections, dans un genre prosaïque. La poésie engraisse la prose.IV.1.470 |
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| baudelaire ch. |
Manier une langue, c'est pratiquer une sorcellerie évocatoire.IV.1.101 |
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Si la bonne mémoire et le bon goût tiennent une chancellerie dérogatoire. Ah, que ne puis-je subjuguer avant de conjuguer !IV.1.471 |
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baudrillard j.    |
Il faut que les mots soient livrés à la prostitution sacrée.IV.1.102 |
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Se soumettre aux caprices des dieux ivres. Ne pas former de famille en s'acoquinant avec une idée. Familles de pensée catin, je vous hais !IV.1.472 |
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baudrillard j.    |
  Le pire, c'est quand la pensée et le langage vont le même train : là commence l'ennui.IV.1.103 |
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Aux bals de l'écriture, c'est le mot qui mène la danse, et dans les figures les plus aristocratiques sa cavalière, la pensée, n'est enlacée que d'un regard discret et amoureux. Hors musique leurs pas ne parlent que caserne ou cuisine.IV.1.473 |
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benn g.  |
Am Anfang war das Wort und nicht das Geschwätz, und am Ende wird nicht die Propaganda sein, sondern wieder das Wort.
Au commencement était le verbe et non le bavardage, et à la fin, ce ne sera pas la propagande, mais de nouveau le verbe.IV.1.104 |
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La diffusion évinça en effet la propagation, et le verbe énumératif fit taire tout nom chantant.IV.1.474 |
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| benoît XVI |
 Im Anfang war das Wort - Aufruf dazu, in der Welt die schöpferische Kraft der Vernunft neu zu entdecken.
Au commencement était le Verbe - un appel à redécouvrir dans ce monde la force créatrice de la raison.IV.1.105 |
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Avant le mot, avant la raison, il y a le désir. Le mot lui donne une forme et la raison - un fond. Et la création, c'est l'heureuse rencontre des deux.IV.1.475 |
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bible   |
La langue du sage est dans son cœur ; le cœur du sot est dans sa bouche.IV.1.106 |
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Donc, le terrien le plus harmonieux serait un poète muet !IV.1.476 |
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bible   |
Au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute vaine parole qu'ils auront proférée.IV.1.107 |
|
Même le ciel nous réclame des modes d'emploi, recettes et instructions, pour accorder une entrevue !IV.1.477 |
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bible   |
Je rirai un jour de mon mot amer.IV.1.108 |
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Toi, qui n'as jamais pleuré ni rêvé, dans la nuit des temps, laisse nos phantasmes fiers sans tes sarcasmes amers.IV.1.478 |
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blanchot m.   |
   Qu'arrive-t-il lorsqu'on a trop longtemps vécu dans les livres ? On oublie le premier et le dernier mot.IV.1.109 |
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Quand, au lieu de rêver, dans le jour, dans le livre ou dans les yeux d'autrui, on y vit, on est frappé par la même amnésie. Rêver, c'est s'inspirer du premier et aspirer au dernier mot, sans s'attarder dans les intermédiaires.IV.1.479 |
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borgès l.    |
Con el decurso de los años pasamos del francés al inglés y del inglés a la ignorancia.
Au fil des ans, nous sommes passé du français à l’anglais et de l’anglais - à l’ignorance.IV.1.110 |
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Tu te trompes de diagnostic : on y gagne bien en savoir et en pouvoir ce qu’on y perd en vouloir et, surtout, en valoir. On a le savoir, on n’a plus le désir ; désavoués, Platon qui désire savoir, moi qui sais désirer.IV.1.480 |
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| breton a. |
Ne pas alourdir ses pensées du poids de ses souliers.IV.1.111 |
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On ne t'écouta pas : le sabotier doit être roi au pays de l'omniprésente langue de bois.IV.1.481 |
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| butler s. |
A definition is the enclosing a wilderness of idea within a wall of words.
Définir, c'est entourer d'un mur de mots un terrain vague d'idées.IV.1.112 |
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Si les fondations et le toit étaient confiés à l'ineffable, le vague des idées pourrait prendre l'allure d'un château en Espagne.IV.1.482 |
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byron g.    |
But words are things, and a small drop of ink,
Falling like dew upon a thought…
Les mots sont lourds, et, telle une rosée,
L'encre appesantit l'idée…IV.1.113 |
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L'idée n'est qu'un poids fortuit, sans âme, et servant à éprouver les bonnes balances. Dieu même ne fait le poids que sur une balance céleste.IV.1.483 |
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canetti e.  |
Les grands mots devraient, en signe d'avertissement, commencer à siffler comme les bouilloires.IV.1.114 |
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Mais ce n'est pas pour que tu t'enfuies, mais pour que tu les verses sur les meilleures feuilles d'idées. L'art est aussi bien dans la profusion du sens que dans l'infusion des sens.IV.1.484 |
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carlyle th.  |
Silence is deep as Eternity, speech is shallow as Time.
La parole est au jour, le silence à l'éternité.IV.1.115 |
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Le silence a tellement de portes de sortie, y compris vers la bêtise. Mais la parole est toujours bien murée, on ne la sauve que par la hauteur. Les meilleurs séjours de l'éternité sont plus près des souterrains que des tours d'ivoire ; la parole les décrit, en maître ou en esclave, en reportage ou en révélation.IV.1.485 |
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char r.     |
  C'est bien l'arbre qui me parle. Mais il fallait qu'il trouve les mots de mon pauvre langage.IV.1.116 |
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Quand le flux devient un arbre, il est vidé de ses mots d'origine ; tu l'unifieras avec ton arbre et essayeras de comprendre l'union née avec tes mots à toi.IV.1.486 |
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cioran é.     |
 L'illusion, c'est croire aux mots. Cesser d'en être dupe, c'est le réveil, la connaissance.IV.1.117 |
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Être dupe des mots, c'est croire, avec les professeurs, qu'énoncer, c'est représenter. Le mot n'est qu'un outil de dialogue. La connaissance, c'est ce qui précède l'assaisonnement du mot et ce qui s'extrait après sa digestion ; elle n'en est pas rivale. Trois sortes radicalement différentes de confiance au mot : admettre qu'il s'inspire d'un beau modèle, admirer son harmonie intrinsèque, fabriquer une interprétation de son message. Le savoir, l'art, le savoir-faire. Connaissance des choses vues, connaissance de la vue, connaissance de lunettes.IV.1.487 |
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cioran é.     |
Tout persécute nos idées, à commencer par notre cerveau.IV.1.118 |
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C'est bien dans l'exil forcé, où ne les accompagne que notre âme, que nos idées s'en remettent à la véritable révolte, celle des mots.IV.1.488 |
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cioran é.     |
Le langage n'est pas tout, il n'est presque rien. Un Dostoïevsky ou un Tolstoï n'en ont fait aucun cas.IV.1.119 |
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C'est surprenant de la part de quelqu'un qui fut capable de haïr un plumitif à cause d'une intempérance adverbiale. Les bas-fonds de l'homme ou les labyrinthes de l'histoire se prêtent au façonnage presque fortuit, c'est la mesure finale qui compte. Ce n'est pas le cas du fragmentaire qui doit créer l'unité de mesure.IV.1.489 |
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cioran é.     |
  Je n'aime pas définir des mots mais des sensations, des frissons, des brûlures.IV.1.120 |
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Mais ce sont justement des mots, le reste n'est que de mornes idées.IV.1.490 |
|
cioran é.     |
 Tout mot est un mot de trop.IV.1.121 |
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Vivre du superflu (le mot déplacé ou le regard intempestif, unzeitmäßig – Nietzsche) fut toujours le privilège des fanatiques subtils et irréductibles, vivant de l’unification des branches chargées de feuilles inconnues. « De trop : le seul rapport entre les arbres dont l’arbitraire ne morde plus sur les choses »IV.1.122 - Sartre.IV.1.491 |
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| claudel p. |
Mallarmé laisse l'initiative aux mots. Comme l'homme ivre laisse l'initiative aux jambes.IV.1.123 |
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Laisser l'initiative aux idées, c'est abandonner son souffle à l'Alcootest. L'initiative devrait aller, tour à tour, à l'imprévu : au mot, à l'idée, au son. Le poème qui ne s'appuie que sur le mot, s'écroule aux frontières des langues et des époques ; ce qu'a bien compris Valéry.IV.1.492 |
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| comte-sponville a. |
Le choix n'est pas entre le discours et son absence, mais entre la vérité et le sens.IV.1.124 |
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Les Professeurs acculent le langage aux positions intenables : ou bien ils en font un démiurge (qui représente le monde), ou bien, comme ici, un figurant qui enregistre des vérités (résidant dans le réel). La vérité n'est associée qu'au discours, et le sens est formé de désirs de formuler des requêtes et d'en interpréter les réponses. L'intelligence est l'art d'un discours minimal pour dégager un sens maximal.IV.1.493 |
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| condillac b. |
Les mots peuvent fournir des lumières sur les principes de nos idées.IV.1.125 |
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Comme la poésie sur les principes de votre orthographe ! Le poète indigent vit par ses mots, le grammairien repu vit de ses idées.IV.1.494 |
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| coran |
Le mot juste est un bon arbre - ses racines sont fermes, ses branches touchent au ciel, il porte des fruits en toute saison d'après la volonté de Dieu.IV.1.126 |
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Si, en plus, des inconnues se faufilaient dans cet arbre, on pourrait l'unifier avec un autre, pour un beau dialogue, et les racines se trouveraient unifiées avec les fruits de l'autre, et les branches - d'avec des cimes. Et dans l'arbre unifié, le dernier serait le premier.IV.1.495 |
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| daudet a. |
   Nous sommes obligés de lancer les mots pour faire lever les idées.IV.1.127 |
|
Quand, au même moment, le vent de la poésie se lève pour les porter vers des contrées moins arides que le désert de la vie. Les idées sont réelles, donc inaccessibles. Le mot est ce qui va à l'envi se remettre à l'irréalité, aux mirages.IV.1.496 |
|
| démosthène |
Un bon citoyen préfère les paroles qui sauvent aux paroles qui plaisent.IV.1.128 |
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Les paroles qui sauvent nous détachent des choses qui plaisent, mais les paroles qui plaisent nous attachent aux choses à sauver.IV.1.497 |
|
derrida j.   |
 L'écriture se déplace sur une ligne brisée entre la parole perdue et la parole promise… Le jardin est parole, le désert - écriture.IV.1.129 |
|
La bonne écriture effaçant ses traces, il ne lui reste que la brisure du pointillé. Le désert silencieux de l'écriture garde des mirages des jardins où l'on chutait, priait, expirait.IV.1.498 |
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| dickinson e. |
Word is dead when it is said, some say,
I say, it just begins to live that day.
Le mot, d'être dit, meurt, ils disent.
Je dis qu'au même moment il naît.IV.1.130 |
|
Le mot n'est vivant que dans la rencontre du regard de l'écrivain (guidé par le goût) et de celui du lecteur (animé par l'intelligence). Il n'y a pas de naissances au pays des mots, il n'y a que des réincarnations préconçues.IV.1.499 |
|
diogène laërce   |
Évite que ta langue devance ta pensée.IV.1.131 |
|
On ne peut pas devancer ce qui ne bouge pas ; la pensée est un arrêt d'image d'un mot, la flèche qui ne vole pas, Achille immobile à grands pas. Ta langue devrait donner plus souvent la sensation d'un arc tendu, plutôt que des cibles visées ou atteintes. Méfie-toi de ce qui sauve en te faisant saliver, méfie-toi de Dalila scélérates qui révèlent aux Philistins que ta seule arme performante n’est qu’une mâchoire d’âne que tu cachais sous ta fière crinière.IV.1.500 |
|
dostoïevsky f.    |
Слог – это, так сказать, внешняя одежда ; мысль – это тело, скрывающееся под одеждой.
Le style n'est que le vêtement ; la pensée est le corps caché par ce vêtement.IV.1.132 |
|
L'emploi intensif de mannequins jetables finit par rendre aux vêtements leurs lettres de noblesse.IV.1.501 |
|
| eichendorff j. |
 Schläft ein Lied in allen Dingen,
Die da träumen fort und fort.
Und die Welt hebt an zu singen,
Triffst du nur das Zauberwort.
Il y a un chant endormi dans toutes choses qui rêvent sans fin et le monde se mettra à chanter, si tu trouves le maître mot.IV.1.133 |
|
Dans les mêmes choses, il y a aussi, malheureusement, des litanies bien éveillées et criardes que tout le monde narre avec des mots de robot. Répète la belle prière d’Hésiode : « Donnez-moi le chant de mon désir ! »***IV.1.134.IV.1.502 |
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| eliot t.s. |
Wait without hope, without love, without faith.
Espérance sans espoir, sans amour, sans foi.IV.1.135 |
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Les saisons d’espérance ou de désespoir constituent souvent un même climat. Mais dès qu’on aime, on croit ; et dès qu’on croit, on aime. Ses trois vertus surnaturelles ou théologales correspondent aux trois seuls prénoms féminins d’origine exclusivement russe : Nadejda, Lioubov, Véra… Le cœur et l’ancre, formant la croix camarguaise. Le Christ, qui d'après St Thomas, n'eut ni foi ni espérance, mais le seul amour.IV.1.503 |
|
| eschyle |
 Un langage altier ne sied pas à des faibles.IV.1.136 |
|
Un langage plébéien sied, aujourd'hui, à tous les forts du jour.IV.1.504 |
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| euripide |
  Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence.IV.1.137 |
|
Dans le silence, mûrit la révolte des mots. Dans les mots, le silence se libère.IV.1.505 |
|
| faulkner w. |
   Une combinaison de mots donne naissance à une chose vivante, de même que le sol, le climat et un gland, convenablement conjugués, produiront un arbre.IV.1.138 |
|
La littérature serait un art paysagiste qui, par des mots feuillus, reconstituerait un climat ? C'est plutôt mon climat qui produit d'inconvenantes déclinaisons de mots que je n'avais jamais entrevues.IV.1.506 |
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| fénelon f. |
L'homme digne d'être écouté est celui qui ne se sert de la parole que pour la pensée, et de la pensée que pour dire la vérité et la vertu.IV.1.139 |
|
Ce programme est exécutable aujourd'hui par les meilleurs des robots. La parole de synthèse reproduira fidèlement la pensée analytique, mais le mot vivant défiera les plus impitoyables des analystes.IV.1.507 |
|
| fet a. |
Лишь у тебя, поэт, крылатый слова звук Хватает на лету и закрепляет вдруг И тёмный бред души и трав неясный запах.
Le poète est le seul, au son de sa parole,
À fixer, pour le cœur, et l'âme qui s'isole
Et le murmure épais d'un pré au goût obscur.IV.1.140 |
|
La poésie est l'alternance inaliénable de sens et de sons. Privé du son, le mot n'est ni psychologue ni botaniste. Privé du sens, il peut toujours créer un état d'âme ou dessiner une fleur inédite.IV.1.508 |
|
flaubert g.    |
Quand on sait bouleverser une âme, rien qu'en faisant passer un adjectif sous l'œil du lecteur, on est vraiment un artiste, le plus supérieur des artistes.IV.1.141 |
|
Le moins inférieur des adjectifs que cette noble ambition me fait venir à l'esprit est interloqué. Une âme grammaticale en littérature est parente du cœur phonétique en musiqueIV.1.509 |
|
flaubert g.    |
Le mot est un lointain et faible écho d'une pensée.IV.1.142 |
|
Tu t'es trompé de montagne : c'est la pensée vagabonde qui renvoie parfois l'écho d'un mot sonore. Celui qui est en haut garde le son, celui d'en bas - l'avalanche.IV.1.510 |
|
flaubert g.    |
 Le langage humain est comme un chaudron fêlé sur lequel on bat la mesure pour faire danser les ours, alors que nous voudrions émouvoir les étoiles.IV.1.143 |
|
Le pire, ce n’est pas l’ours (qui aurait marché sur de mauvaises oreilles), mais la lanterne incertaine (aux yeux tournés vers le bas) pour laquelle on prendra ta scintillante étoile. Et toi-même, tu te prendras pour celui qui « prend sa bougie pour lui-même, la souffle et, à la fin, se prend pour la nuit »***IV.1.144 - G.Bataille.IV.1.511 |
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| foucault m. |
 Expulser tout ce qui peut rappeler la force humaine pour établir le règne des mots.IV.1.145 |
|
Le mot s'intronise par un coup de force bien humain, mais doit rappeler la faiblesse humaine, expulsée des vocabulaires.IV.1.512 |
|
gadamer h.-g.  |
Die Sprache ist nicht nur Haus des Seins, sondern auch Behausung des Menschen, Platz wo er sich begegnet.
Le langage n'est pas seulement maison de l'être, mais aussi hébergement de l'être humain, le lieu où celui-ci se rencontre.IV.1.146 |
|
Entre ses murs se trouvent de bons miroirs, une excellente acoustique, d'infaillibles climatiseurs ; tu y introduis une image, une mélodie, un climat - tu retrouves des échos et saisons imprévisibles. Mais ta texture intérieure doit être en harmonie avec ton architecture extérieure ; les meilleurs styles sont – château en Espagne, tour d’ivoire, ruines. Ruines et musique, uniques ou multiples, opposées à maison et voix : « L’univocité de l’être signifie que l’être est Voix »IV.1.147 - Badiou.IV.1.513 |
|
george s.  |
Kein Ding sei wo das Wort gebricht.
Là où manque le mot manquera la chose.IV.1.148 |
|
La chose peut bien exister sans son étiquette, et l'ivresse sans nom n'est regrettée que par des marchands de flacons. Se saouler d'étiquettes - métier de plume. « Nous ne voyons pas les choses ; nous nous bornons à lire les étiquettes »IV.1.149 - Bergson.IV.1.514 |
|
goethe w.    |
 Wer fremde Sprachen nicht kennt, weiß nichts von seiner eigenen.
Celui qui ne connaît point de langues étrangères ne connaît rien de la sienne.IV.1.150 |
|
Car il se trompe sur la nature de ses propres émois, ne devine pas la mystérieuse source de la beauté et de la puissance du langage et ne découvre pas que la vraie vie d'une langue est ailleurs. Posséder ou savoir ce qu'on possède, la performance ou la compétence, monogame ou polyglotte. Dans le harem des langues s'apprend le corps inimitable de la parole à caresser.IV.1.515 |
|
| gorgias |
 Entre la phúsis donnée et le nómos donné, il y a le lógos : c’est à dire l’habileté à concilier ces deux mondes.IV.1.151 |
|
C’est encore la hauteur qui nous sauve de la profondeur de la chose et de l’étendue du mot. L’attirance de l’homme défiant l’attraction d’atomes ou le tirage des tomes.IV.1.516 |
|
gracián b.   |
Tres eses hazen dichoso : santo, sano y sabio.
Trois s rendent heureux : saint, sain et sage.IV.1.152 |
|
Dès qu'on leur ajoute un s final, ils deviennent aussi banals que pécheur, corrompu ou bête. Le nombre sauve de l'ombre. À comparer avec quatre s du parfait amour de Calderon : sage, seul, serviable et secret, où le duel sauve le pluriel. Trois s tournés vers l’âme en appelle le salut : son, soin, souci – musique, pathologie, intelligenceIV.1.517 |
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green j.  |
   Une langue est un commentaire humain sur la création.IV.1.153 |
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Son premier rôle serait donc la traduction d'un original indéchiffrable. Modeste et somptueux !IV.1.518 |
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green j.  |
La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l'écrivain.IV.1.154 |
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Sa comédie, c'est que plus il suit le volatile et plus le reptile trace sa trajectoire. Donne à ta pensée du plomb de l'ironie et cultive chez les mots - des ailes de l'illusoire.IV.1.519 |
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green j.  |
Pour le Français, la table a des pieds, pour l'Anglais elle a des jambes.IV.1.155 |
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Pour le Russe, elle a les deux - ножки - au diminutif efféminé.IV.1.520 |
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| grégoire de nysse |
  Toute parole conteste une autre parole, mais nulle parole ne conteste la vie.IV.1.156 |
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La syntaxe de la vie est bien inattaquable ; sa sémantique est soumise à notre intelligence ; sa pragmatique - à notre caprice. La bonne parole est au contact des trois. La parole qui ne s'adresse qu'à une autre parole est sans vie.IV.1.521 |
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| hamann j.g. |
   Plus la manière de penser diffère, plus on est contraint à des substitutions, à des équations.IV.1.157 |
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On ne sait pas qui, dans un discours, abuse davantage de constantes : le locuteur ou l'interprète, mais le bon style, ou le bon goût, accrochent des variables à toutes les branches-équations de l'arbre de la création, et leurs substitutions en créent un second, plus profond, plus haut et mieux ramifiés que l'initial.IV.1.522 |
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| hamann j.g. |
Reden ist übersetzen – aus einer Engelsprache in eine Menschensprache : Gedanken in Worte, Bilder in Zeichen.
Toute parole est de la traduction – d'une langue des anges en une langue des hommes : les pensées en mots, les images en signes.IV.1.158 |
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Dans cette traduction, on néglige beaucoup la phonétique, en prenant la musique primordiale pour des accents trop graves. On prend la grammaire de la création pour une vulgaire grammaire générative. Et le Verbe divin n'est souvent rendu que par une ponctuation sans substance ni hypostase.IV.1.523 |
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hegel g.    |
  Die Sprache ist der Leib des Denkens. Wir denken im Worte.
La langue est le corps de la pensée. C'est dans le mot que nous pensons.IV.1.159 |
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La langue n'en est que l'habit ; la royale nudité de la pensée n'en ressort que grandie. Peu importe que le sens, l'esprit de la pensée, soit hors la langue, celle-ci en porte les sens : le désir, la séduction, la promesse.IV.1.524 |
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heidegger m.    |
   Der Mensch spricht erst und nur, insofern er der Sprache entspricht, indem er auf ihren Zuspruch hört.
L'homme ne parle vraiment une langue que dans la mesure où il lui cor-responde, qu'il entende ce qu'elle lui souffle.IV.1.160 |
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La phrase la plus fatale et juste pour condamner l'aventure de ce livre. Ma scène est une ruine ; le souffleur, sous mes pieds, a beau remuer ses lèvres, - mon rôle ne se lit que dans un regard hors-texte.IV.1.525 |
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hippius z.   |
Звуков хотим, - но созвучий боимся.
La note m'émeut ; l'accord m'immobilise.IV.1.161 |
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La note, c'est le mot ; l'accord, c'est l'idée. Ceux qui se croient pleins, prennent ce qui les remplit pour des idées et font appel aux mots sans relief. Ceux qui se sentent vides, ne sont attirés que par des mots intenses mais l'aléa des idées qui en naissent les trouble.IV.1.526 |
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| hoffmann w. |
Wovon das Herz voll ist, davon geht der Mund über.
Quand le cœur est plein, il faut que les lèvres s'ouvrent.IV.1.162 |
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« Ce qui déborde du cœur jaillit aux lèvres »IV.1.163 - la Bible. Alors on est sûr de n'entendre que sornettes. Quand le cœur déborde, les mots sont de trop. Les lèvres remplissent le mieux le vide.IV.1.527 |
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hölderlin f.    |
 Die Sprache ist ein großer Überfluß. Das Beste ruht in seiner Tiefe.
La parole est une franche fuite : le meilleur de nous reste dans sa profondeur.IV.1.164 |
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Seuls les meilleurs jaillissements laissent en deviner la hauteur. C'est mieux vu que Hofmannsthal : « La langue est tout ce qui reste à celui qui est privé de sa patrie. Mais la langue, il est vrai, contient tout »IV.1.165 - « Die Sprache ist alles, was einem bleibt, der seine Heimat entbehren muß. Aber sie enthält auch alles ».IV.1.528 |
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hölderlin f.    |
Ein Zeichen sind wir, deutungslos. Schmerzlos sind wir und haben fast die Sprache in der Fremde verloren.
Un signe, tels nous sommes, sans interprétation. Sans douleur nous sommes ; et, dans l’étrangeté, presque perdîmes le langage.IV.1.166 |
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Le sage est dans l’image, et le poète – dans la requête ; représenter avant d’interpréter, chanter avant d’avoir pitié ou d’avoir honte.IV.1.529 |
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homère  |
Je hais comme les portes des Enfers celui dont le cœur n'est pas d'accord avec la bouche.IV.1.167 |
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Pourtant, la lumière du cœur passe par quatre prismes radicaux avant de laisser son empreinte langagière : la volonté assagit le cœur, la raison interroge la volonté, les objets extorquent leurs références, la langue modèle les références.IV.1.530 |
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horace    |
Vis consili expers mole ruit sua.
La force, sans esprit, s'écroule de son propre poids.IV.1.168 |
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L'idée, sans renouvellement de mots, se désagrège ou cesse d'être féconde.IV.1.531 |
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horace    |
Est brevitate opus, ut currat sententia.
Sa brièveté fait courir la pensée.IV.1.169 |
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Il s'agit d'un élan intérieur d'une pensée verticale. Ne tracent des routes que des pensées étalées. Être emporté par une brève pointe des hic et nunc, plutôt qu'être porté par la longue droiture des pourquoi et comment. Doute et blessure plutôt que routes sures.IV.1.532 |
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horace    |
Verbaque praevisam rem non invita sequentur.
Pour une chose bien conçue, les paroles s'offriront et couleront d'elles-mêmes.IV.1.170 |
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Tous les sots croient Caton : « La chose maîtrisée, le mot n'aura que suivre »IV.1.171 - « Rem tene, verba sequentur ». Non : pour les mots bien conçus, les choses s'offriront et se feront rouler !IV.1.533 |
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| humboldt w. |
 Die Sprache ist das bildende Organ des Gedankens.
La langue est l'organe qui forme la pensée.IV.1.172 |
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On joue joliment ici sur l'ambiguïté de bilden : éduquer ou produire une image. Le fond de la pensée ne s'éduque guère grâce à la langue ; tout ce qu'une langue apporte à la forme de la pensée est sa réceptivité face aux métaphores. La langue ne modèle pas, elle interroge des modèles. Sans le moindre élément fractal commun, les langues recouvrent pourtant les mêmes surfaces conceptuelles. Et surtout, les mêmes types de structures conceptuelles a priori leur sont sous-jacents et les mêmes types de logique a posteriori.IV.1.534 |
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| humboldt w. |
  Die Sprache hat ein unabhängiges, äußeres, gegen den Menschen selbst Gewalt ausübendes Dasein.
La langue possède une identité externe autonome qui fait plier l'homme lui-même.IV.1.173 |
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Ce qu'insinue un sournois grammairien, sans inclination poétique, devant un poète soumis aux déclinaisons. Les mots mènent les uns, abandonnent les autres et lisent les meilleurs.IV.1.535 |
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| ionesco e. |
Le mot empêche le silence de parler.IV.1.174 |
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Il empêche le caquetage des idées. Le silence a besoin d'espaces à remplir et non pas de sons à corrompre ; pour cette basse besogne il y a des idées.IV.1.536 |
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| jabès e. |
Les racines parlent et les paroles veulent pousser.IV.1.175 |
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Dans les meilleurs arbres ne parlent que les fleurs, porteuses du sens, prêtant leur langage aux racines, ramages et sèves qui ne sont que des sens.IV.1.537 |
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jankelevitch v.   |
Les mensonges reflètent l'impuissance du langage devant la suprême richesse de la pensée.IV.1.176 |
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Mesurée en belle monnaie que frappe le langage souverain, l'indigence de vos pensées les réduit à un minable assistanat. Tout mensonge d'un langage riche contient tellement de variables subtiles que de sa pénétrante négation naissent de multiples et belles vérités, parmi lesquelles se glissent aussi des pensées bâtardes.IV.1.538 |
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| johnson s. |
Words too familiar, or too remote, defeat the purpose of a poet.
Le poète rate sa cible, avec des mots ou trop familiers ou trop distants.IV.1.177 |
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Dans l'art du chant, le mot à distance juste n'existant pas, le poète est celui qui vit de ses défaites.IV.1.539 |
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joubert j.    |
Les mots sont comme des verres qui obscurcissent tout ce qu'ils n'aident pas à mieux voir.IV.1.178 |
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Les vrais mots permettent surtout de voir ce qui se passe en deçà et non pas au-delà des verres. Ils réfléchissent et font réfléchir.IV.1.540 |
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joubert j.    |
   Comment il se fait que ce n'est qu'en cherchant les mots qu'on trouve les pensées ?IV.1.179 |
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Les pensées du sot préexistent toujours et s'annoncent avec des mots anonymes, sans éclat ni reflets. Les pensées du sage sont des effets de bord, des reflets dans des miroirs des mots dans lesquels se mire l'esprit et y trouve son compte. « Je ne conduis pas ma plume, c’est elle qui me conduit »IV.1.180 - Sterne - « Ask my pen, - it governs me, - I govern not it ». « On pense à partir de ce qu'on écrit et pas le contraire »IV.1.181 - Aragon.IV.1.541 |
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joubert j.    |
    Jamais les mots ne manquent aux idées ; ce sont les idées qui manquent aux mots.IV.1.182 |
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Les mots sont de bons architectes de châteaux ; les idées - des châtelains exigeants quand ce ne sont des fantômes.IV.1.542 |
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jünger e.    |
Die Worte gehen mit dem Schiffe ; der Ort des Wortes ist der Wald.
Les vocables se meuvent avec le navire ; le lieu du Verbe, c'est la forêt.IV.1.183 |
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Ce qui s'appelle - dans une forêt ne pas voir l'arbre, cette incarnation du Verbe ! Devenu inutile comme le mât d’une épave, le faîte d’une ruine ou la Croix du Golgotha.IV.1.543 |
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jünger e.    |
La langue rend le monde intelligible.IV.1.184 |
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C'est un modèle, de nature extra-langagière, qui le rend intelligible ; la langue, elle, le rend simplement questionnable ou demandable.IV.1.544 |
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juvénal   |
Verba animi proferre et vitam impendere vero.
Exprimer les mots de l'âme et consacrer la vie à la vérité.IV.1.185 |
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L'âme n'ayant pas de mots à elles ni la vie - de sa vérité, la tâche du sage est humanitaire : chanter l'éloquence d'un muet et bâtir la défense d'un condamné.IV.1.545 |
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kafka f.   |
Das rechte Wort führt ; das Wort, das nicht recht ist, verführt.
Le mot juste conduit ; le mot qui n'est pas juste séduit.IV.1.186 |
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Par le premier on déduit des idées ; le second, on l'éconduit auprès du rêve. Charme viendrait de carmen - invention, poésie, maxime. « II ne suffit pas que ton poème soit joli ; il doit séduire »IV.1.187 - Horace - « Non satis est pulchra esse poemata ; dulcia sunto ».IV.1.546 |
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| khlebnikov v. |
Дерево слов то одевается нарядом словесного цветения, то приносит плоды разума.
L'arbre des mots se couvre tantôt d'une floraison verbale, tantôt apporte des fruits de l'esprit.IV.1.188 |
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La bonne écriture, c'est bien la maîtrise simultanée des saisons du mot, convainquant davantage par une sensation de climat que par une précision de paysage.IV.1.547 |
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kipling r.  |
Words are the most powerful drug used by mankind.
Les mots sont la plus puissante drogue utilisée par l'humanité.IV.1.189 |
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La parole écrite, cette héroïne de l'humanité en détresse, sera déchue comme l'héroïne ou l'opium, par l'humanité sans ivresse.IV.1.548 |
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| koestler a. |
 True creativity often starts where language ends.
La véritable création commence souvent là où s'arrête le langage.IV.1.190 |
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Le seul degré de création qui nous soit accessible est la traduction. Du lisible (l'interprétation ou la parodie) ou de l'illisible (la transmutation ou la métamorphose), mais toujours dans une langue des mots. La langue d'idées n'appartient qu'à Dieu de la médiation. Là où s'arrête le langage commence la singerie.IV.1.549 |
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| kojève a. |
 Le Tenseur joue dans le domaine du Silence algorithmique un rôle analogue à celui de la Notion dans le Discours.IV.1.191 |
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Le Mot, tel un tenseur se réduisant à un vecteur, serait donc une notion dégénérée, triviale, dégonflée. Heureusement, le mot sait recréer ses propres invariants, et par des transformations échappant à toute linéarité des notions.IV.1.550 |
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kraus k.    |
 Même flétri, le mot peut être amené à fleurir encore.IV.1.192 |
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Tout ce qui est vraiment vivant peut être comparé à l'arbre. Être artiste du mot est d'en savoir créer les saisons et climats.IV.1.551 |
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kraus k.    |
  Das Hauptwort ist der Kopf, das Zeitwort ist der Fuß, das Beiwort sind die Hände.
Le substantif est la tête, le verbe est le pied, l'adjectif est la main.IV.1.193 |
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Et le regard en règle - la grammaire vitale et l'acoustique tonale.IV.1.552 |
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kraus k.    |
Das Fatum hat den Deutschen, für den Segen gedankenreichster Sprache, mit dem Fluch bestraft, außerhalb ihrer zu leben ; zu denken, nachdem er sie gesprochen, zu handeln, ehe er sie befragt hat.
Pour la bénédiction de la langue la plus spirituelle, le destin punit l'Allemand par la malédiction de vivre hors d'elle : penser après lui avoir parlé, agir avant de l'interroger.IV.1.194 |
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C'est une attitude de poète, preuve supplémentaire que la branche philosophique allemande est une branche de l'arbre poétique. Ailleurs elle n'est qu'un treillis d'un graphe mécanique dont les gardiens, ou développeurs, n'hésitent pas à proclamer : « L'âge des poètes est achevé ; il est nécessaire de dé-suturer la philosophie de sa condition poétique »IV.1.195.IV.1.553 |
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| kristeva j. |
Solitude est peut-être le seul mot qui n'ait pas de sens.IV.1.196 |
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Le comble de la solitude : tout soliloque échouant à se transformer en dialogue, et le sens ne peut naître que d'un dialogue.IV.1.554 |
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| lacan j. |
   Il y a plus de ressources dans les mots que dans les pensées. C'est le monde des mots qui crée le monde des choses.IV.1.197 |
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C'est aussi profond que de dire : « Il y a plus de ressources dans les notes que dans les beaux airs ». Tout mot est une requête ou un ordre, et c'est la perspective allégorique du regard sur les choses qui en détermine l'épaisseur et surtout la hauteur. Le meilleur créateur se reconnaît par ses requêtes ! De la sédimentation de discours (Husserl) ne naît que l'arbre sémantique et non pas les choses pragmatiques.IV.1.555 |
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| lacan j. |
C'est avec la dimension du mot que se creuse, dans le réel, la vérité.IV.1.198 |
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Cette sentence est entièrement creuse ! Le mot n'a d'autres dimensions que grammaticale ; la vérité ne surgît que sur le fond du modèle conceptuel dont l'origine, le réel, ne reçoit que le sens.IV.1.556 |
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la fontaine j.   |
  Car tout parle dans l'univers, il n'est rien qui n'ait son langage.IV.1.199 |
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Tu chercheras la musique, la grammaire et le vocabulaire des choses et la mirobolante logique de leurs cortèges. Et tu ne t'arrêterais même pas aux choses elles-mêmes.IV.1.557 |
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lao tseu   |
   Les vrais mots ne sont pas beaux ; les beaux mots ne sont pas vrais.IV.1.200 |
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Les vrais mots remplacent le regard ; les beaux mots le dessinent. Et si l'on veut les soumettre à l'épreuve de la vérité, c'est qu'on préfère la chose vue au regard (Heidegger : « La pensée est chose vue »IV.1.201).IV.1.558 |
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| lebon g. |
Chez beaucoup d'hommes la parole précède la pensée. Ils savent seulement ce qu'ils pensent après avoir entendu ce qu'ils disent.IV.1.202 |
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Ils s'appellent poètes, mais leur nombre est exagéré ! Leur parole imprimée, ils inventent ce qu'ils auraient pensé. Les autres sont tellement gonflés de leurs pensées toutes prêtes qu'ils n'exsudent que de l'air. La compression est ennemie de l'impression.IV.1.559 |
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lec s.    |
Certains poètes veulent en finir avec la Création et tout enfourner à nouveau dans le Verbe.IV.1.203 |
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Leurs antipodes en finirent avec la Résurrection en plaçant tous leurs vœux dans l'Action.IV.1.560 |
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leopardi g.    |
    Le style et les mots sont non le vêtement, mais le corps des pensées.IV.1.204 |
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Quand tu as besoin de dévêtir une pensée, tu peux être sûr de tomber sur un épouvantail.IV.1.561 |
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lévinas é.  |
 La pensée est langage et se pense dans un élément analogue au son et non pas à la lumière.IV.1.205 |
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Elle est plutôt dans l'intonation des métaphores que dans l'indication des sémaphores.IV.1.562 |
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lichtenberg g.    |
  Einer zeugt den Gedanken, der andere hebt ihn aus der Taufe, der dritte zeugt Kinder mit ihm, der vierte besucht ihn am Sterbebette, und der fünfte begräbt ihn.
Un homme conçoit une pensée, un autre la porte sur les fonts baptismaux, le troisième lui fait des enfants, le quatrième la visite à son lit de mort, le cinquième l'enterre.IV.1.206 |
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Le mot, thuriféraire et thaumaturge, est le seul à accélérer ce parcours sans abréger la biographie ni allonger les regrets.IV.1.563 |
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lichtenberg g.    |
Bei Shakespeare zeugt immer der Gedanke das Wort.
Chez Shakespeare, c'est toujours la pensée qui engendre le mot.IV.1.207 |
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Il eût été aussi ennuyeux que Molière si ç'avait été vrai ! La liberté avec laquelle Shakespeare extrait les mots des tiroirs imprévisibles prouve qu'il se désintéressait des pensées aux clefs toujours trop précises. Je ne connais pas une seule pensée de Shakespeare mais ses intrus de mots me mettent au seuil des pensées subtiles.IV.1.564 |
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lichtenberg g.    |
Wir sehen in der Natur nicht Wörter, sonder immer nur Anfangsbuchstaben von Wörtern.
Ce n'est même pas des mots mais leurs initiales que nous voyons dans la nature.IV.1.208 |
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C'est mieux que des phrases tout entières que prétend lire le sot. Mais je pense (et un Chinois serait d'accord avec moi) qu'on voit plutôt une catégorie : un substantif pour s'arrêter, un verbe pour bouger, un adjectif pour peindre, un signe de ponctuation pour soupirer ou sangloter.IV.1.565 |
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maïakovsky v.   |
Je connais la force des mots. Du vent, semble-t-il, et… l'homme pourtant, avec toute son âme, ses lèvres, sa carcasse.IV.1.209 |
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Ils sont bien des instruments à vent et, pour plus d'harmonie, ils se font accompagner de quelques cordes des pensées. La bouche et les doigts qui s'adressent à l'œil et à l'oreille.IV.1.566 |
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maistre j.   |
L'ouïe est à la vue ce que la parole est à l'écriture.IV.1.210 |
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Non, il y a une écriture de la vue et une écriture de l'ouïe. Le regard, la musique des mots au-dessus de l'écho des choses. Ou le reflet, la réflexion mécanique sur les cadences des choses.IV.1.567 |
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maistre j.   |
Toute dégradation individuelle ou nationale est sur-le-champ annoncée par une dégradation proportionnelle dans le langage.IV.1.211 |
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