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Sous la plume d'un penseur ce chapitre s'intitulerait Topologie du mystère ou U-topie des voix. J'aurais pu l'appeler : Hygiène des distances.III.1.17 |
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La contiguïté se ressent dans les régions des racines, des branches, des fleurs ou des cimes. Les racines, c'est la négation ; les branches - la puissance ; les fleurs - l'exubérance ; les cimes - la hauteur. Chaque contiguïté a son charme, sa vulnérabilité, son mystère. C'est le mystère qui devrait être le plus recherché.III.1.18 |
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La fausse proximité est celle des paysages. La vraie - celle des climats, des sols, des firmaments.III.1.19 |
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Deux êtres se rapprochent soit en évoquant les mêmes objets, soit en leur donnant un même poids, soit en glosant sur eux d'une même hauteur. Dans ce dernier cas, les objets, en eux-mêmes, n'ont guère d'importance, - c'est la meilleure des proximités, celle d’avènement et non pas d’événement.III.1.20 |
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En t'éloignant de la Terre tu risques, en même temps, de t'éloigner du ciel.III.1.21 |
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Le ciel ne doit pas entendre tes pas si tu veux continuer à l'avoir pour compagnon.III.1.22 |
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L'approche du sublime se fait reconnaître par la dérobade du sol ou l'échappée du regard. Mais les mêmes symptômes précèdent les chutes.III.1.23 |
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L'un des meilleurs signes de Son existence que le Créateur nous envoie est la possibilité de vivre dans et de l'illusion, celle du Beau ou celle du Bien. L'une des pires calamités des temps modernes est de ramener ces rêves irréductibles à de minables certitudes, à portée des programmes de tri informatiques.III.1.24 |
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Le sot, croyant ou athée : le monde est grand et moi - petit. Le créateur athée : le monde est petit et moi - grand. Le créateur croyant : le monde et moi sommes de même taille. Pour le pessimiste, la taille est minable, pour l'optimiste - énorme.III.1.25 |
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L'alternative du culte du mystère est l'habitude de l'absurde. Au moins trois sortes d'absurde - vital, tout réduire à la chimie ; historique, voir le dévoilement du mystère le jour X à l'endroit Y ; intellectuel, écarter tout ce qui ne se réduise pas aux syllogismes ni ne s'implémente en machine.III.1.26 |
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Ce qu'on entrevoit derrière les choses insécables s'appelle la foi. Ne pas les vénérer nous rend robots. Ne pas en voir, c'est n'avoir que les yeux pour voir.III.1.27 |
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La raison, c'est l'évaluation dans l'existentiel ou dans l'universel ; la foi, c'est les valeurs dans l'absolu. Et l'intelligence, c'est la conscience que la foi précède le premier pas de l'évaluation et en consacre le dernier. « Regard lumineux du premier pas, vague patience du dernier »***III.1.1 - Trakl - « Goldenes Auge des Anbeginns, dunkle Geduld des Endes ».III.1.28 |
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Dieu est encore moins incarné qu'Amour, Verbe, Action ou Mystère ; il est Opération, opération presque algébrique. La vie est un résultat donné que l'homme cherche à reconstituer à partir des opérations binaires, ternaires etc. - jusqu'à l'infini. Et un jour il se rend compte de l'insignifiance grandissante des opérandes et de l'admirable majesté de l'Opérateur.III.1.29 |
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Quand la précision ne nuit pas à la beauté, on est en présence d'une vérité divine. Mais, en général, ce qui ne peut être que précis est sans intérêt. Toute vérité qui dure au-delà de tout langage est divine. Résistance au mot, c'est la définition même de Dieu. L’Intelligence Artificielle, en maîtrisant et l’intelligence et ce qui la rend possible, effacera la hiérarchie Plotinienne qu’il y avait entre : « l’intellect qui raisonne et celui qui donne la possibilité de raisonner »III.1.2.III.1.30 |
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Dieu : grand Sourd pour les candides, grand Muet pour les délicats.III.1.31 |
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Ils meublent le silence de Dieu avec leur camelote scripturaire, et à force de s'y cogner ils désapprennent à lever ou à fermer les yeux. Le grand Muet meublé ! Heureusement « il y a plusieurs demeures en la maison de Dieu »III.1.3 où l'on peut encore se coucher face aux étoiles et à l'abri des maîtres priseurs du mobilier sacré.III.1.32 |
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La cadence de ton horloge ne peut qu'être universelle, mais tu n'es pas obligé d'être à l'heure avec ton temps. Savoir choisir ses contemporains est le privilège de tout horloger en puissance.III.1.33 |
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Si je suis beau ou fort, ma beauté ou ma force font partie de moi-même. Mais que doit penser le hideux ou le faible ? Le moi immédiat est toujours un imposteur. « Un bel homme n'est jamais grand »III.1.4 - Martial - « Qui bellus homo est, pusillus homo est ».III.1.34 |
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Dieu est un axiome pour le réaliste, un théorème pour l'optimiste, une aporie pour le pessimiste. Le premier y amène tout, le deuxième y est amené, le troisième lui fait mener une existence anonyme et irréfutable.III.1.35 |
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Ce qui rapproche devant Dieu, devrait séparer sur Terre. Ce qui rapproche dangereusement sur Terre, devrait tendre vers Dieu comme vers un lieu de rencontre, en dehors des épidermes.III.1.36 |
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Les naïfs cherchent la proximité dans la même longueur d'ondes, les savants - dans la même largesse de vues, les poètes - dans la même hauteur du regard.III.1.37 |
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Impossible de partager avec quelqu'un une évocation de Dieu. Il ne s'adresse jamais à une tribu, une planète ou une époque. Il ne se manifeste que quand toute image du prochain a disparu et tu t'ouvres à l'admiration, à la paix ou au suicide.III.1.38 |
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Dommage que, pour s'adresser à Dieu on ait besoin du langage de la foi. Comme, pour se tourner vers la poésie, - d'en appeler aux mots. Ou, pour montrer l'amour, - de s'abaisser jusqu'aux gestes.III.1.39 |
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Il est dans la nature du vivant de hurler de douleur à la lune. L'oreille n'a que faire avec ces messages, mais son inertie nous pousse à la tendre vers le chaos du firmament et à relever de faux échos. C'est cela, la foi - le miracle d'une réponse dans un vide certain.III.1.40 |
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L'accès de foi, pour eux, - l'empressement pour dévorer la Bible. Pour moi, - regarder, avec les yeux écarquillés, les œillets, écouter, avec les oreilles musicales, les cigales, me sentir, la tête baissée, solidaire des coléoptères.III.1.41 |
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L'origine grammaticale des religions : l'homme fourmille de mots et encore davantage de signes de ponctuation dont les plus lancinants sont le point d'interrogation et les points de suspension. Et voici que quelqu'un de bien exclamatif prétend apporter des réponses ou, au moins, réduire le nombre de points…III.1.42 |
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Ma prise de position, si je devais me présenter devant le bon Dieu : à gauche, couché. Et non pas assis à Sa droite.III.1.43 |
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Ma théodicée : je pardonne au Démiurge le loup et la mort, mais je ne peux pas vénérer le Pâtre qui laisse pulluler le mouton et l'ennui. Et je m'embrouille sur le banc des accusés que scrute, goguenard, dans ses chicanes et avocasseries, le Juge.III.1.44 |
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Pour communiquer avec ce qui nous est proche il y a deux moyens : le rapprocher, par un chiffonnement temporel (le plongeon) ou l'éloigner, par un déploiement spatial (la hauteur).III.1.45 |
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Le sacré rôde autour de notre âme, la soulève en hauteur et la fait chuter en la chargeant de noms et de dates. Pourtant, « le penseur dit l'être ; le poète nomme le sacré »III.1.5 - Heidegger - « der Denker sagt das Sein ; der Dichter nennt das Heilige ». La poésie (re)nomme, la philosophie (dé)sacralise n’importe quel nom.III.1.46 |
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Un autre nom de hauteur est maîtrise du hasard. Le hasard est l'inertie du voisinage. Se méfier même de rencontres altières. Ne communiquer qu'avec l'intouchable.III.1.47 |
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Les convictions sont presque l'antithèse de la liberté : elles remplissent, en nous, ce vide salutaire et indispensable dans lequel Dieu aurait pu agir.III.1.48 |
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Les pauvres seraient les représentants de Dieu. Être représentant du peuple est plus juteux, plus voyant et moins soumis aux progrès de l'incroyance.III.1.49 |
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Un bon auteur cache ses meilleures sources : la beauté des Évangiles tient, en partie, au fait qu’on n’y trouve pas une seule allusion à la Beauté.III.1.50 |
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On peut tirer de belles théories des actes insensés du Christ. Tandis qu'on nous demande de mettre en pratique ses vaseuses paroles.III.1.51 |
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Le fond historique du Verbe minaudant dans le sermon de la Montagne, ce sont les actes du sicaire sanguinaire, du prétendant dynastique sans scrupule, du scribe-moine faussaire. Heureusement, l'écriture est sainte non pas par Inspiration Divine mais par inspiration tout intérieure.III.1.52 |
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Le Christianisme moyenâgeux fut le plus fidèle au message du Maître. Les mièvreries ultérieures éteignent un fanatisme exotique et ombrageux et font jaillir une clarté pateline et insipide.III.1.53 |
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Le sacré, aujourd'hui comme toujours, se porte bien. Pour vénérer le révélé il suffit d'entretenir le ravalé.III.1.54 |
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L'infini sans message effraie Pascal, mais voici l'ère de l'unique message, message sans l'infini, et qui glace davantage.III.1.55 |
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La mise à distance comme art de l'équilibre et de l'harmonie, traduction de l’éternel retour du même. « Le Même n’est pas l’indifférence dans l’égalité, mais l’unique dans la différence et la proximité cachée dans l’éloigné »III.1.6 - Arendt - « Das Selbe ist nicht das Einerlei des Gleichen, sondern das Einzige im Verschiedenen und das verborgene Nahe im Fremden ».III.1.56 |
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C'est autour du vide que s'éploient les plus forts vocables : tentation, crainte, recherche (Maître Eckhart), chute (Cioran), rayonnement (le prince de Lumière). Je l'associe au travail, à la veille comme le beau silence opposé au sommeil mais ami du rêve. Le vide est un silence élaboré, sur le point de recevoir le mot musical. Le bavardage des autres ne serait-il pas le silence des mots ?III.1.57 |
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L'entrepreneur ou l'ingénieur est certainement plus près du dessein de Dieu que le poète ou le fou. Question d'intérêt qu'on porte aux appels patents ou aux appels latents, retentis en amont ou en aval des oreilles.III.1.58 |
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Le fond de l'écriture est une question de type de foi ; ce fond est iconographique, totémique ou eschatologique, en fonction de la place du Verbe : dans l'image, dans l'effroi ou dans le rêve.III.1.59 |
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Face au monde, tu es une créature de Loi, de Foi ou de Moi - de l'évolution vers la lettre, de la Révélation de l'esprit, de la Révolution par le mot.III.1.60 |
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Dès qu'on est sûr de bien communiquer avec les hommes on perd tout contact avec Dieu et vice versa. Aaron et - c'est-à-dire ou - Moïse !III.1.61 |
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Les stades - superstitieux, métaphysique, littéraire - du sentiment religieux : se pencher sur l'intemporel, l'inétendu, l'innommé. Reconnaître, avec regret ou enthousiasme, que c'est sur le Verbe que se referme tout pèlerinage, c'est en son nom qu'on vénère l'innommable.III.1.62 |
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Dieu ni ne se retire (Bloy), ni ne se meurt (Nietzsche, ni ne s'éclipse (Buber), puisqu'Il se cache soit dans l'inétendu soit dans l'intemporel. Dieu mérite de n'exister que dans le vide sacré de l'innommé.III.1.63 |
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Devant Dieu nous sommes tous égaux. Malheureusement, des sots croient L'avoir croisé et alors, derrière Lui, règne une sordide inégalité.III.1.64 |
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Un mystique prend les Écritures comme un vocabulaire, rien de plus. Un Maître Eckhart, aujourd'hui, exaucerait sa verve même en commentant le mode d'emploi d'une imprimante laser. Seuls nos philosophes modernes fouillent leurs propres déjections argotiques comme explication unique du monde.III.1.65 |
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Il faut ne pratiquer des fusions ou unions qu'à titre hypothétique. Dès que l'hypothèse - un beau rêve - s'invalide, le monde hypothétique bâti par-dessus devient inaccessible, se dissout, s'annihile.III.1.66 |
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S'est-il passé quelque chose de surnaturel, à un moment bien connu, au mont Sinaï, à Bethléem, à Médine ? La seule question sensée, à adresser à la foi du charbonnier. Tout le reste relève de la poésie, qu'elle ait une coloration eschatologique, mystique ou rituelle. Les questions de la création, du mal, de la liberté, du salut n'ont aucun rapport avec les religions populaires. Rien ne se révèle dans ni par l'Histoire. Dieu n'imprime en nous sa présence que s'Il ne s'exprime pas : « Dieu est une parole inexprimée »III.1.7 - Maître Eckhart - « Gott ist ein unausgesprochenes Wort ».III.1.67 |
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Pour le fuyard des rigueurs scientifiques et le persécuté par l'imaginaire philosophique ou physiologique, la prière poétique reste l’ultime refuge, l’ultime séjour, renouvelable par la police céleste, avant l’expulsion vers le végétal ou le minéral. « La foi chrétienne est le refuge dans la plus haute détresse »III.1.8 - Wittgenstein - « The Christian faith is a man's refuge in the ultimate torment ».III.1.68 |
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Ce chapitre doit son titre au pouvoir prochain de Pascal. Cette anti-grâce inefficace interdisant au mystère (la foi, l'amour) de s'interpréter en problème (la prière, le sacrifice), et au problème - de se réduire à la solution (le rite, la fidélité). En plus, ce fut la métaphore centrale de Hölderlin, qui dans la tension proche – lointain voyait les mêmes ressorts que dans péril – salut.III.1.69 |
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Aujourd'hui, tous les lointains ont rejoint la proximité du présent. L'art, qui est le présent du passé, se trouve dans une familiarité dégradante avec le futur du présent, qu'est la technique. L'intimité impossible tuera la séduction de l'art et l'artiste séducteur.III.1.70 |
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Nos rapports avec Dieu sont question de métrique, d'attirance, de proximité : il y a ceux qui l'auraient entendu ou atteint, ceux qui tendent vers lui ou le suivent comme guide et, enfin, ceux qui ne lui reconnaissent ni voix, ni poids, ni doigt, mais vénèrent son œuvre, hors tout temple, toute route, tout horizon.III.1.71 |
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Il n'y a pas de choses sacrées mais un regard sacré. Donc, aucune objection de principe à une sécularisation ou réification de la pensée qui, toujours, se réduit aux choses. On n'a pas besoin de dieux pour bien se sentir dans la hauteur du regard (dans ce qui ex-alte et se fait ad-mirer !) où l'on peut même amener des choses comme des dés d'un jeu hautain anagogique.III.1.72 |
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De la superstition vaincue et dévitalisée, l'esprit lyrique veut garder « sa musique et son encens dans les funérailles »III.1.9 (Renan), l'oreille et l'odorat. Les superstitieux basiques la réduisent, en fait, au toucher dans les épousailles et au goût dans les ripailles. Les ironiques s'en détachent par le regard, hors les canailles. Tout est question du bon sens.III.1.73 |
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En t'extasiant devant chacun de tes sens - face à la merveille de la fonction, à la merveille de l'outil, à la merveille de l'empreinte - tu ne sais pas sur quelle facette la présence du prodigieux démiurge est la plus manifeste. Mais l'absence d'une seule, dans la perspective de la vie, rend absurde toute idée de hasard, de réalisation mécanique ou de résurrection.III.1.74 |
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Jadis, le choix de repères fut si vaste que le simple fait de s'exprimer sur une coordonnée donnée créait de la proximité. Aujourd'hui, la dimension socio-économique devint la seule où les hommes se manifestent. Dans la linéarité ou la platitude toutes les distances se valent ; la vraie proximité n'y est plus.III.1.75 |
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Par l'éloignement, le sot perd la faculté de juger, le profond voit plus clair et le hautain retrouve le vertige.III.1.76 |
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S'il était honnête, le Christianisme devrait faire bien comprendre au faible et à l'humilié que même dans l'au-delà c'est toujours Mercure et non pas Dieu-Amour qui distribue la manne car il y aura bien les premiers et les derniers.III.1.77 |
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Avec leurs dieux jaloux et railleurs, les Anciens profitaient d'une nonchalance gratuite et d'un déséquilibre porteur. Avec notre bon Dieu, nous sommes livrés à une chère gravité et à un équilibre ruineux.III.1.78 |
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L'idée du Péché originel est moins compréhensible que celle d'une Grâce initiale qui, par l'exhortation du beau, du bien et du mot, nous éloigna des bêtes.III.1.79 |
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En fait de théologie, le catholicisme sent le droit romain et l'orthodoxie le sophisme grec, c'est pourquoi l'orthodoxie m'est plus sympathique. Ce ne fut peut-être pas un hasard que Bacchus se réduisît au flacon et Dionysos - à l'ivresse sans orphisme, que Hermès finît par s'associer au plus noble des métiers, la traduction de messages, l’herméneutique, tandis que Mercure – au plus vil, le commerce, le (argent) médiateur (medius currens). Hermétique, plutôt que mercantile. L'uni-vers latin - le di-vers rabaissé ; le cosmos grec - l'ornement rehaussé.III.1.80 |
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Les fondateurs d'Églises : ses Pères - l'orthodoxie, Charlemagne - le catholicisme, Luther - le protestantisme ; recel de faux, faux, usage de faux - tout est prévu pour la repentance et le verdict.III.1.81 |
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C'est par le chemin de l'immanence que l'Asiatique approche de Dieu, tandis que l'Européen l'attend sur les sentiers de la transcendance. La lumière versée vers l'intérieur, l'immobilité, l'exercice du regard ; ou vers l'extérieur, la création, l'exercice de l'esprit. De leur rencontre fortuite, hors des méridiens, naît l'ego poétique ou phénoménologique (l'immanence de la transcendance des Chinois ou « la transcendance - caractère d'être immanent qui se constitue à l'intérieur de l'ego »III.1.10 - E.Husserl - « Transzendenz ist ein immanenter, innerhalb des ego sich konstituierender Seinscharakter »). Et la foi serait une rencontre du poète et du sage : « Essayez de lier la poésie et la philosophie, et vous obtiendrez la religion »III.1.11 - Schlegel - « Versucht Poesie und Philosophie zu verbinden, und ihr werdet Religion erhalten ».III.1.82 |
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Il ne s'agit pas de se détacher des choses mais parmi la multitude de liens ne préserver que les plus discrets ou secrets.III.1.83 |
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C'est le partage des choses sans prix qui rapproche plus que n'éloignent les choses auxquelles on attribuerait des prix différents.III.1.84 |
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La foi catholique est la religion des mains, la foi orthodoxe - celle du visage. Les mains jointes ne renient ni le poing ni la chaîne. L'icône invite un regard ou une larme, chauds, recueillis et hypocrites.III.1.85 |
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La foi vient à coups de défaites. Les compagnies d'assurances devraient donc sponsoriser toute entreprise de l'incrédulité.III.1.86 |
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Les hommes vils s'unissent par les moyens, les hommes bas - par les buts, les grands - par la nature des contraintes.III.1.87 |
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Que ton rythme soit : un pas de la conscience t'éloignant de l'être, un pas de l'être te rapprochant de la conscience. Les meilleurs parcours se font sur une corde raide, hors toute arène.III.1.88 |
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La plus belle victoire de l'amour est dans une glorieuse défaite où il serait abandonné par ses alliés félons : l'amitié, la perspicacité, l'élégance - pour être exilé auprès des sauvages et égrener ses batailles perdues face au plus fort que lui.III.1.89 |
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C'est en renonçant à toute course qu'on ressent le mieux le courant amoureux. Vivre, c'est toucher à ce qui est évanescent. On ne touche à l'éternel que par un regard immobile. Aimer, c'est donc désapprendre à vivre. « Aime et fais ce que tu veux »III.1.12 - St Augustin - « Ama et fac quod vis » - autant dire, ne fais rien. Renonce à la chose, pour le nom de la chose. Lulle : « qui n’aime pas, ne vis pas »III.1.13 - met une négation de trop, dans n’importe quel ordre.III.1.90 |
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Savoir s'absenter, l'un de l'autre, en amour, est plus judicieux que savoir se retrouver. Les yeux bien accommodés trouvent ce dernier chemin, les yeux en proie au vertige des promesses - le premier.III.1.91 |
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Cache les dictionnaires de ta langue maternelle à ce qui s'apprête à parler de ton amour. La langue de l'amour doit être toujours étrangère. Que ce qui répond, en toi, au nom de l'amour soit incompréhensible ou intraduisible !III.1.92 |
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Un mystère de l'amour : vivre le même rythme sans partager la moindre partition ni livret ni souvenir. Être chef d'orchestre d'un ensemble de cordes et de souffles, derrière un rideau tombé.III.1.93 |
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Le bonheur est cette unique orbite autour d'un lourd et ardent astre du désir. Tu t'en éloignes et tu ne sens plus sa chaleur. Tu t'en approches et tu te brûles les ailes.III.1.94 |
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Non pas rencontres, mais prétextes d'attouchement. Béni soit tout instant qui nous unit : en chair, en sourire, en spasme. Béni soit tout instant qui nous désunit : en pensée, en rêve, en parole.III.1.95 |
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Moins de faits et de verbes clairs à partager entre nous deux, plus indiciblement nous nous partageons. Les amoureux vivent de substitutions d'obscures inconnues par de lumineux arbres qui : « peuvent nouer leurs ramures et leurs racines pour s’élever et s'approfondir ensemble, pour ciel et terre »****III.1.14 - Valéry.III.1.96 |
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Quand les regards de deux êtres s'arrêtent sur la même chose, le mieux, pour eux, serait que ce soit sur un mirage.III.1.97 |
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Le meilleur contact est sans attouchement. L'attouchement est meilleur quand les épidermes s'ignorent.III.1.98 |
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Tout ce qui t'est précieux, aime-le de loin. Demande-toi pourquoi tu crois que les horizons sont sans limites, le ciel est bleu et l'étoile amicale et compréhensive ? Ou bien, tu te trompes avec Pessõa : « Voir, c'est être loin »III.1.15 - le délicat s'accommode à tant de distances : de zéro à l'infini, de l'intimité à la justice, de la fusion à la solitude.III.1.99 |
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La foi, même vide de contenu mais puissante de forme, peut être précieuse en tant que récipient de ce qui est au-dessus de la véracité coulante. Par exemple – du scepticisme : « On peut se payer le beau luxe du scepticisme, quand on a une foi forte »III.1.16 - Nietzsche - « Hat man einen starken Glauben, so darf man sich den schönen Luxus der Skepsis gestatten ».III.1.100 |
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La foi, c'est la muraille. Le savoir, c'est l'arme. L'ironie, c'est l'armistice avec l'étranger. La vie, c'est le sentiment transformé en chant. On ne les trouve durablement ensemble qu'au cloître.III.1.101 |
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La foi ne serait que l'émoi au seuil et le refus des murs, des fenêtres et même du toit.III.1.102 |
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Les uns pensent qu'il se passe plus de choses dans une tête d'homme que dans l'univers entier, d'autres pensent le contraire. Le premier est plus près d'une foi.III.1.103 |
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Dans les châteaux forts des convictions on ne trouve que pierres et tyrans ; dans les chaumières de la foi - grains et mages.III.1.104 |
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Si tu te détournes de tout ce qui est surnaturel tu ne perdras rien dans le vide du temps. Détourne-toi plutôt du naturel, tu trouveras, peut-être, quelque chose dans le vide de l'espace.III.1.105 |
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Le chemin de croix n'est pas droit. Tandis qu'aux yeux du sot tout chemin avouable et, surtout, le sien est droit.III.1.106 |
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La prière, c'est l'étincelle d'une lumière sans retour, l'étincelle qui possède le don d'approfondir le regard quand il est suffisamment embué. « Mon unique prière appelle l'approfondissement ; lui seul peut me conduire de nouveau vers Dieu »III.1.17 - Morgenstern - « Mein einziges Gebet ist das um Vertiefung. Durch sie allein kann ich wieder zu Gott gelangen ».III.1.107 |
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Le misérable néant n'est qu'un point, c'est la vie qui est un espace béant. Chacun est libre de placer son néant où il veut, cela ne change pas la métrique des proximités ni la volumétrie des doutes.III.1.108 |
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La beauté et la cohérence des images, chez les mystiques chrétiens, dégringolent affreusement dès qu'ils les démétaphorisent et les hypostasient du côté de la Palestine.III.1.109 |
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L'éloignement peut être viscéral, contrairement au détachement qui assèche les veines.III.1.110 |
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Dans la proximité, il faut faire jouer la gravitation, s'intéresser aux trajectoires. Dans l'éloignement, c'est le vide qui est bénéfique pour gagner en hauteur.III.1.111 |
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Quand la proximité est maintenue par le contact des épidermes, on peut ignorer les plaies du cœur de l'être bien-aimé. Mais quand s'entrelacent, Dieu sait où, les cœurs, même les doigts de ta maîtresse parlent bonheur ou souffrance.III.1.112 |
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La proximité permet de tenir une grande promesse, l'éloignement - de l'entretenir. Fouler le sol de la Terre promise, c'est d'en rendre l'exil plus amer.III.1.113 |
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Avec une proximité toute mécanique, les choses fixes s'agrandissent, les choses élastiques se rétrécissent. La grandeur des choses est dans une élasticité permettant leur vision dans la perspective de l'éternité. « Dans la proximité la plus étroite réside la distance absolue »III.1.18 - Ricœur.III.1.114 |
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La vraie proximité - deux rives d'un même courant promettant une rencontre - près de la source, à deux doigts de l'embouchure.III.1.115 |
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On est plus près de soi-même dans l'hésitation qu'en certitude. Le soi est entouré d'une muraille d'indéterminations et d'incompréhensions ; celui qui la gravit ne découvre au-dedans qu'un vide primordial que seule ton imagination en deuil peut investirIII.1.116 |
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Pour te regarder, place-toi un peu plus loin de toi-même et un peu plus près de ton prochain. Pour regarder ailleurs il faut faire l'inverse.III.1.117 |
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Les choses n'ont de l'importance que dans la mesure où elles te rapprochent ou t'éloignent d'avec toi-même. Le meilleur service que les choses peuvent te rendre est de joindre les contradictions béantes à l'intérieur ou de briser l'harmonie consensuelle et fallacieuse à l'extérieur.III.1.118 |
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Les uns se perdent en un absolu enivrant, les autres se cherchent dans une sobre anthropologie, d'autres encore poursuivent un mot prometteur - et voilà qu'ils se rencontrent auprès d'un même regard - la meilleure preuve de la divinité du lot humain.III.1.119 |
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Il ne faut pas trop pencher du côté de ce qu'on aime. Le bel équilibre consiste à faire évanouir ta proximité vers une hauteur où ne trébuchent ni gestes ni mots.III.1.120 |
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Aujourd'hui, on donne à César ce qui est à Dieu - de l'admiration, et l'on donne à Dieu ce qui est à César - de la puissance.III.1.121 |
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Ce n'est pas le respect du sacré qui dévoile un homme de foi, mais sa capacité d'intégrer au sacré - des sacrilèges.III.1.122 |
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La fin de tout culte divin : s'apercevoir que son gardien, dès l'origine, fut un athée.III.1.123 |
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Toute route vers la hauteur est une impasse, ne s'y rencontrent que des regards, porteurs d'une mélodie. Cohérence immobile avec une voix haute, plutôt que co-errance mobile sur une voie sotte. Mais co-naissance du dernier pas plutôt que connaissance du premier.III.1.124 |
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On a beau admettre que les Évangiles doivent leur origine à la machination des scribes au service de Constantin et d'Hélène, leur herméneutique ne perd presque rien de ses chamarrures passionnantes dans la perplexité de l'Histoire légèrement violentée. La philologie, l'histoire et la mythologie y agissent en comparses, en se relayant et en s'entraidant.III.1.125 |
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Brandir la vérité autour d'un événement (l'Incarnation, la Résurrection), d'une idée (la Création, le salut, la présence divine), d'une écriture (l'inspiration) - mais ce ne sont que des images dont les seules déductions (par défaut !) sont des rites verbaux, gestuels ou sociaux. Toute atteinte à la vérité ne peut être que grammaticale et ne mérite pas ton panache. Le Verbe ne connaît pas de grammaire, donc Il ne connaît pas de valeurs de vérité. À propos, le nom de Dieu fuirait même la morphologie lexicale !III.1.126 |
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Parmi mes contemporains je n'en connais pas un qui serait plus touché, plus attiré par le sacré que Cioran, mais les hommes voient en lui un blasphémateur arrogant. Peu de poètes m'ont apporté autant de joie de vivre parmi des fantômes que Cioran, mais les hommes ne voient en lui qu'un éteignoir de tout enthousiasme. Quel siècle de taupes !III.1.127 |
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Être philosophe, c'est ignorer l'immédiate raison de ses abattements et connaître à ses joies les raisons les plus lointaines. Cette métrique manque à la double ignorance prônée par Plotin. Le cœur a sa raison que les raisons écœrent.III.1.128 |
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Dieu se dore, l'or se déifie (« Geldwerdung Gottes, Gottwerdung des Geldes »III.1.19 - Heine), mais si une noble idée, matérielle ou immatérielle, veut se passer de Dieu et d'or, elle se mue en idole, gardée par une Inquisition corrompue et haïe d'ouailles démunies d'argent.III.1.129 |
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La ligne de démarcation la plus nette n'est pas entre athées et croyants mais entre les pleurnichards crédules du manque et les enthousiastes incrédules de la plénitude.III.1.130 |
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L'activisme actuel du diable étouffe toute présence de Dieu. Et dire que c'était de l'oisiveté de Dieu que naissait le diable lui-même (Nietzsche).III.1.131 |
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Le regard, c'est ce qui met en contact harmonieux mon âme tâtonnante et le monde, deux fantômes, s'ignorant à une distance vertigineuse. L'œil erre, la chose fuit, mais quand l'accommodation réussit naît le regard. Comme chez le pacifique Hegel qui se dit être « le combat lui-même », les combattants étant sa tête et l'énigme du monde.III.1.132 |
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Dieu ne créa que le mouvement, mais les hommes Le prennent pour un agent de voirie - « que mes chemins soient droits ! » ou pour un chauffeur - « ralentis pour éloigner la destination finale » ou pour un gendarme - « comment peux-Tu tolérer ça ? ».III.1.133 |
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L'action traduit un millième de ce que tu es, la réflexion - un centième, le rêve - un dixième. Si, dans le vide de ce qui reste, tu n'étouffes pas, si une joie ou un amour, sans aucun appel d'air, dilatent tes poumons, alors ton souffle ne peut te porter que vers la foi.III.1.134 |
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L'espérance, c'est la merveille de cette attente cyclique, inespérée (« Espérant contre toute espérance »III.1.20 - St Paul), comblée et inexplicable : l'appel d'une fleur, la formation d'un bouquet, la métamorphose en l'arbre, le don de la fleur…III.1.135 |
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La foi a bien sa place à elle, et lorsque elle s'installe dans celle que lui cède, magnanime, le savoir (Kant), elle n'est pas à sa place.III.1.136 |
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Types de proximités qu'on atteint ayant ou son propre sol ou son propre ciel : intimité et sympathie, ou bien éros et pathos.III.1.137 |
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Les blasés d'amitiés et de compréhension peuvent se permettre de se moquer de la hauteur qui les priverait de cette douillette proximité avec autrui, et dont le manque propulse vers la hauteur - les ratés de l'oreille et du dialogue.III.1.138 |
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Pour agir, Dieu a besoin de la largeur (de vos portes des églises) ; pour être craint - de la profondeur (de nos solitudes) ; pour exister - de la hauteur (de ton regard - c'est pourquoi Il est mort, aux yeux des multitudes).III.1.139 |
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Tu réussis ton livre d'autant mieux qu'il puisse - et doive - être lu d'une plus grande distance. La meilleure peinture verbale est monumentale : « La sensibilité, après Apollon, doit faire appel à Hercule »III.1.21 - Ortega y Gasset - « De Apolo se dirige la sensibilidad à Hércules ». Peindre le ciel, le seul moyen d’en renouveler l’azur, se fanant à tout contact avec la grisaille du temps. « L’azur lointain qui résiste à la proximité est le lointain peint des coulisses »III.1.22 - Benjamin - « Die blaue Ferne die keiner Nähe weicht ist die gemalte Ferne der Kulisse ».III.1.140 |
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Le couple qui ne me séduit guère, Tristan et Iseut, à la recherche d'une fusion. La plus belle proximité est celle de deux arbres inunifiables : je te tends une fleur, tu la mets à ta cime ; je t'entrelace dans mes racines, tu me tends ton fruit…III.1.141 |
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Il y a, effectivement, trois personnes, trois hypostases chrétiennes, dans chacun de nous : homme d'action (provenant du Père), homme de rêve (apparenté à l'Esprit Saint), homme du verbe (mêlé au sang du Fils).III.1.142 |
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Aucun fil - matériel, factuel, spirituel - ne nous relie plus aux sources des religions actuelles. Un Éthiopien, aujourd'hui, est certainement plus près du Chrétien originel que nous. Nos théologiens ne peuvent être que poètes, de gré ou de force, doués ou débiles - la théologie de la grammaire. Et tout sérieux dogmatique est ridicule - la grammaire de la théologie.III.1.143 |
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La beauté naît uniquement en notre désir, disent les matérialistes. « La beauté des choses vit dans l’âme de celui qui les contemple »III.1.23 - Hume - « The beauty of things resides in the soul of those who look at it ». Mais pourquoi toutes les fleurs sont-elles belles et pas seulement un petit tiers ? La beauté est hors de nous !III.1.144 |
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Deux choses, surtout, me rendent le personnage de Jésus sympathique : sa hargne contre le marchand et le riche - le Seigneur renvoie le riche les mains vides - et l'état d'exil - le Fils de Dieu n'a où poser la têteIII.1.24 - qu'il crée presque artificiellement et où il se complaît. (Que ce soient les attitudes de raquetteur ou de brigand - tout regard poétique est une faute juridique !)III.1.145 |
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Pour la première fois on chanta une débâcle de la noblesse, clouée au banc des accusés que fut Sa Croix, avec l'avocat de la défense, le Paraclet, brillamment résigné. Ceux qui prirent Son Nom, Le proclamèrent vainqueur pour rameuter des combattants des valeurs positives qui font gagner.III.1.146 |
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S'éloigner de la chose pour s'en mieux émouvoir.III.1.147 |
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Jamais les hommes n'étaient plus près du ciel : ils apprirent à se débarrasser du ballast de l'âme.III.1.148 |
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C'est bien la foi qui te dit s'il faut déplacer la montagne, la conquérir ou l'approcher. L'athée dit : « La foi déplace les montagnes, le doute les escalade »III.1.25 - E.Jünger - « Der Glaube versetzt Berge, der Zweifel erklettert sie ».III.1.149 |
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Ce qui soulage fut toujours préféré à ce qui sauve. Le désenchantement moderne est qu'aucun salut n'enchante plus personne. La magie naturelle, se reflétant dans l'âme, fiche le camp, puisque la seule interface avec le monde se loge désormais dans la cervelle, tandis que « un monde enchanté est celui qui parle à l'âme »**III.1.26 - Th.More - « An enchanted world is one that speaks to the soul ».III.1.150 |
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Tout dieu trouvé est une profanation pour celui qui se dévoue à un dieu recherché. « Tu es sage si tu cherches la sagesse ; tu es fou si tu imagines l’avoir trouvée »III.1.27 - le Talmud.III.1.151 |
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La distance est aussi peu absence que le silence - oubli. « Dieu ? Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas »**III.1.28 - Voltaire.III.1.152 |
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La primauté du regard : Diogène voulut qu'on l'enterrât : « sur le visage »III.1.29, il savait déjà que, « dans l'au-delà, le dernier serait le premier ».III.1.153 |
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Un être te devient le plus proche lorsque ton regard le place près de ton étoile.III.1.154 |
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L'homme peut se définir de trois manières, comme on définit des objets mathématiques, par outils ensembliste, algébriste ou topologique : par ses attributs, par ses images ou par ses frontières. Ce qui est mon moi commun, ce qui m'annihile ou constitue mon noyau, ce qui est digne de ma proximité. Mes moyens, mes buts, mes contraintes.III.1.155 |
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Je pratique la peinture des vitraux des cathédrales ; on ne sait jamais si elle est pour ou contre un bon éclairage, mais elle est toujours près d'un autel.III.1.156 |
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Voir dans l'existence un spectacle conçu par un dramaturge génial, se déroulant devant un observateur au goût infaillible et se terminant par des chicanes des coulisses - l'existentialisme réconcilié avec la métaphysique.III.1.157 |
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Pascal : la chose la plus proche de l'homme est la souffrance, vénérons-laIII.1.30 ; Flaubert : il existe le mot le plus proche de la chose, cherche-leIII.1.31 ; Valéry : toute pensée fixe s'écroule sous le regard plus proche, abandonne-laIII.1.32 ; Cioran : la familiarité proche dégrade tout, réfugions-nous dans les ruines sans métriqueIII.1.33. Sous peu on se refusera même la proximité avec soi-même.III.1.158 |
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Dieu, protège-moi de ces deux terribles certitudes que je ne supporterais pas : que Tu es ou que tu n'es pas !III.1.159 |
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Ce n'est ni le cœur (Pascal) ni l'âme (les romantiques) qui sentent Dieu, mais bien l'esprit (Valéry) Ne le reconnaissent que ceux qui ont du cœur et qui s'identifient avec l'âme.III.1.160 |
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Devant l’intouchable asymptote divine, tout rapprochement humain est banal. Mais ils effacent l’asymptote (la transcendance) pour s’occuper exclusivement de leur finitude herméneutique, hic et nunc.III.1.161 |
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Omnis moriar signifie que, sans ton visage, tes rimes et rythmes sont dépourvus de sons et de sens. Deux réactions possibles : réduire tes frissons aux harmoniques communes calculables ou n’y mettre que ton visage.III.1.162 |
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Parmi les spectacles de la vie, on reconnaît le dramaturge divin par une présence implacable d'un souffleur, se moquant de tes récitations et se solidarisant de tes improvisations.III.1.163 |
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Devant l’œuvre du Créateur : ton âme reconnaissante et ta raison pardonnante.III.1.164 |
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Le travail de déracinement de St Paul : « enraciné et fondé dans l’amour »III.1.34, tu dois connaître « la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur », avant de reconnaître l’amour du Christ « échappant à toute connaissance ».III.1.165 |
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Laquelle de mes images est la plus proche de moi ? Celle de mon livre ou celle de ma vie ? Mon arbre ou ma forêt ? Le césar se reconnaissait-il mieux sur son effigie ou dans son fils ? Se reproduire ou se simuler : « Je n'ai jamais été que le simulacre de moi-même »III.1.35 - Pessõa.III.1.166 |
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La largeur de la bonté, la longueur de la patience, la profondeur de la grâce, la hauteur de l'espérance (St Augustin) - cela permet bien de constituer une vraie Croix, mais seule la hauteur la distinguera d'une simple potence.III.1.167 |
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Ne cherche plus ce qui se trouva trop près. Trouve ce qui, de loin, ne fut jamais perdu.III.1.168 |
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L'homme et ses frontières : il est un espace, fermé à l'horizontale et ouvert à la verticale. Toutes ses bonnes limites - lorsqu'on tend vers un soi ascendant ou transcendant - se trouvent hors de lui. Être un Ouvert, c'est vivre de la hauteur, de l'être : « L'être est la frontière du devenir »III.1.36 - Schlegel - « Das Sein ist die Grenze des Werdens ». Le Chinois, qui pourtant ignore l'Être et vit presque exclusivement dans l'horizontalité, pousse jusqu'à voir dans la Clôture (non-communication) la source de tout Mal.III.1.169 |
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Pour S.Weil, la pesanteur et la grâce s'excluent, pour Mandelstam - se complètent : « Vous renvoyez les mêmes signes, sœurs-jumelles, - la pesanteur, la grâce »III.1.37 - « Сёстры тяжесть и нежность ; одинаковы ваши приметы ». Elles sont parallèles, pour St Augustin : « Ce que la pesanteur est au corps, la grâce l'est à l'âme »III.1.38 - « Quod enim est pondus in corporibus hoc est charitas in spiritibus ».III.1.170 |
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Je suis l’appel des fonds – j’y découvre une substance robotique ; je suis l’appel du large – je me trouve entraîné dans l’existence des moutons ; je suis l’appel du haut – et je trouve, enfin, mon essence, ce seul moyen de me séparer de moi-même, pour me voir et m’aimer.III.1.171 |
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La Loi est un édifice où règne le Mur et l’élection ; le Livre, ce sont des ruines, aux portes inutiles, au toit percé, aux urnes absentes. Les ruines devraient enterrer le souvenir du Mur.III.1.172 |
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En quête d'émotions, tu cherches et fouilles la proximité, à commencer par toi-même, et tu finis par comprendre que ce sont des choses ou des points, à partir desquels tout s'éloigne, qui en présentent le plus grand intérêt. Et un jour, même ton soi ne quittera plus la ligne bleue de l'horizon. Les hommes pratiquent l'accommodation en sens inverse.III.1.173 |
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Dieu est un tragédien, devant un public n'osant pas pleurer. (« Dieu est un comique qui joue devant un public qui a peur de rire »III.1.39 - Voltaire). Les sots écrivent pour nous faire passer l’envie des larmes ; les naïfs – pour nous les faire venir ; les subtils – pour les recueillir. « L’art sert à nous essuyer les yeux »III.1.40 - K.Kraus - « Die Kunst dient dazu, uns die Augen auszuwischen ».III.1.174 |
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Devant l'échiquier de la vie, mon Dieu est une belle combinaison à sacrifices. Le leur est, le plus souvent, - une bévue (Nietzsche).III.1.175 |
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Aucune trace intelligible de Dieu dans les buts ni dans les moyens. Au commencement était la Contrainte. La création humaine est le but, et la liberté humaine – le moyen.III.1.176 |
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L’âme catholique s'embrase pour la hauteur du Christ extériorisé et vit l’ascension ; le cœur orthodoxe embrasse la profondeur du Christ intériorisé et le rejoint dans la descente aux enfers ; la raison protestante suit l’étendue du Christ palpable et s’y immobilise.III.1.177 |
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Il n’y a ni regards ni gestes qui rendent Dieu plus proche ou plus lointain. Des illusions : plus tu connais Dieu, plus Il s’éloigne (Jean de la Croix) ; plus tu t’en rapproches, plus seul tu es (Bloy) ; plus tu te contentes de Le chercher, plus Il reste à ta portée (Pascal).III.1.178 |
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S’il existe deux verbes inapplicables à Dieu, ce sont bien aimer et comprendre. Et donc, en toute logique, ils ont raison, ceux qui disent qu’Il n’est compris que s’Il est aimé et qu’il n’est aimé que s’Il est compris. Et ce qui reste vrai si l’on y barre les « ne … que »…III.1.179 |
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Je ne peux respecter une foi que si son symbole est intouchable. Par exemple, le chrétien élevant la Croix si haut qu’elle en devient invisible et donc impalpable. Et non pas celui qui l’enfouit dans des profondeurs en laissant sous le nez ses mots – et ces choses ! - navrants et trop vraisemblables de Roi, Nazareth ou Juif.III.1.180 |
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Il faut Le chercher par la foi et Le trouver par l’espérance (à l’inverse des plus crédules) ; chercher, par la foi, le même et trouver, par l'intellect, le différent.III.1.181 |
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La proximité recherchée : le lointain devenant intérieur, donc intouchable et inapte de servir d’horizon.III.1.182 |
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La proximité du souci de l’être (Heidegger fuyant son Gestell mécanique) va de pair avec la proximité de l’insouciance existentielle. Mais les tenants de l’existence voient dans « la grégarisation du souci de l’être – le triomphe de la machine »III.1.41 - Jaspers - « die Massendordnung für Daseinsfürsorge - die Herrschaft des Apparats ». On n’échappe à la machine que par le regard absent.III.1.183 |
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L’éloignement d’avec le saisi, la proximité d'avec l’insaisissable – c’est à ce prix qu’on module la continuité du vol par la discrétion de la flèche immobile.III.1.184 |
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Il faut beaucoup plus de superstition pour croire que la vie résulte du hasard ou de la statistique évolutionniste que de la croire sortie tout droit d’un dessein de Dieu.III.1.185 |
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L’espérance : sans te débarrasser de tout le ballast de la raison, te sentir les ailes qui te détachent de la terre.III.1.186 |
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L’espérance : fermer les yeux et se faire regard, ne rien attendre de personne et se faire attente, s’abaisser jusqu’à terre pour se faire hauteur.III.1.187 |
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