amiel h.-f.

Voir clair diminue les choses et les gens, mais diminue notre embarras.III.1.66
  Voir encore plus clair, c'est savoir par où peut jaillir une nouvelle obscurité, sans agrandir ni les choses ni notre quiétude, et vivant d'une lumière inaccessible.III.1.260
anselme de canterbury

Neque enim quaero intelligere, ut credam ; sed credo, ut intelligam.

Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre.
III.1.67
  Le croire se laissant dicter sa raison par un pour, c'est comme le Verbe pur se soumettant à une vulgaire préposition. Sans disposition au croire aucune proposition du comprendre ne tient debout.III.1.261
st augustin

Optimus minister tuus est, Deus, qui non magis intuetur hoc a te audire, quod ipse voluerit : sed patius hoc velle, quod a te audierit.

Le meilleur serviteur de Dieu est celui qui ne cherche pas à entendre de Lui ce qu'il souhaite, mais à souhaiter ce qu'il a entendu.
III.1.68
  Dans le premier cas on entraîne, au moins, l'oreille, dans le second on est sûr de devenir sourd. N'entendant rien du tout, est-il étonnant qu'on souhaite n'importe quoi ?III.1.262
st augustin

Nihil diuturnum est, in quo est aliquid extremum.

Tout ce qui finit est trop court.
III.1.69
  Arrête-toi donc à l'avant-dernier pas. Pour appuyer l'ampleur du pas premier, dis-toi que tout ce qui commence est trop long.III.1.263
st augustin

Tres sunt ascensus : ascendimus ab istis ad nos, ab nos ad cor altum, ad Deum.

On s'élève de trois manières : des objets jusqu'à nous-mêmes, de nous-mêmes à l'âme haute et enfin à Dieu.
III.1.70
  Le séjour prolongé dans l'âme haute nous dispense de fréquenter et notre étendue et la divine profondeur.III.1.264
bacon f.

A little philosophy inclineth man's mind to atheism, but depth in philosophy bringeth men's minds about to religion.

Un peu de philosophie fait incliner les hommes vers l'athéisme, mais une profondeur en philosophie les ramène à la religion.
III.1.71
  La connaissance commence à justifier son beau nom dès qu'elle nous libère des noms et des dates et nous fait aimer la hauteur. « Il ne faut pas épurer le désir des images corporelles qui le nourrissent »III.1.72 - Ste Thérèse - le contraire de l'art ! Mais votre religion est toute de noms et de dates. La vraie religion est l'adoration de ce qui enfante des noms.III.1.265
barney n.

Ceux qui ne se quittent pas, de peur de ne plus se retrouver, ne se sont jamais rencontrés.III.1.73
  La plus belle des rencontres : se toucher par des échos arrachés à nos rêves lointains et inaudibles.III.1.266
baudelaire ch.

Dans un monde privé de la profondeur des lointains, la poésie brille comme un astre sans atmosphère.III.1.74
  Donc, d’un grand éclat. Tandis que dans notre monde doté de la profondeur toute familière, l’atmosphère est si saturée de ce qui fait dilater les poumons et appétits et rétrécir l’âme, que la poésie y est un lampion éteint.III.1.267
baudrillard j.

Deux formes de rupture : l'une par éloignement, l'autre par l'excès de proximité. Rupture de charge, rupture de charme.III.1.75
  Routine de terre, routine de chair - distance calculée en mètres ou en ancêtres.III.1.268
baudrillard j.

La seule théorie séduisante est celle dont les concepts reculent à l'infini.III.1.76
  Ne reculent à l'infini que les choses de la réalité, c'est pourquoi la nature reste la séduction absolue.III.1.269
beckett s.

Il est plus facile d'élever un temple que d'y faire descendre l'objet du culte.III.1.77
  L'étoile s'invitant dans une ruine - l'architecte réconcilié avec le démiurge.III.1.270
benoît XVI

Nous voulons que les valeurs fondamentales du christianisme et les valeurs libérales dominantes dans le monde puissent se féconder mutuellement.III.1.78
  De cette union, consommée par la voie contre nature, naquit l'enfant appelé des vœux de ses hideux parents, le robot, respectueux de l'Église et de la Bourse.III.1.271
st bernard

Quid est Deus ? Longitudo, latitudo, sublimitas et profundum.

Dieu, qu'est-il ? Longueur, largeur, hauteur et profondeur.
III.1.79
  Donc ni l'œuvre ni l'outil mais le principe. D'où Ses quatre matérialisations : la longueur de son éternité, la largeur des portes de Ses églises, la profondeur des souterrains de Sa sapience, la hauteur des tours d'ivoire de ceux qui L'auraient cherché. La géométrie grecque et la foi chrétienne se reconnaissant la même origine dans le Logos pythagoricien – le Nombre. Qui a ses superstitions, par exemple les sept jours de la Création, les sept Sages, les sept notes, les sept couleurs de Newton : « Dieu créa tout à partir du nombre »III.1.80 - « Numero Deus omnia condidit ».III.1.272
st bernard

Il faut prier comme on travaille et travailler comme on prie.III.1.81
  Prier sans chercher d'écho, travailler comme si tu n'étais regardé que de Celui qui vaut ta prière. « Ou tu pries ou tu agis » ascétique (« aut ora aut labora ») devint, hélas, « prie et agis » pragmatique (« ora et labora ») - mouton ou robot. Mais le pragmatisme touchait déjà Bias : « Aime comme si un jour tu devais haïr ; hais comme si un jour tu devais aimer »III.1.82.III.1.273
bias

Omnia mea mecum porto.

Tout ce qui est à moi, est sur moi.
III.1.83
  Je préfère possession à distance ; ce qui est sur moi n'est pas à moi. Tout ce qui est à moi, m'est caché. Plus une chose inaccessible me manque, mieux je la possède. Qu'est-ce qui est le plus lointain de moi ? - mes désirs. Et Ovide : « ce que je désire, est avec moi »III.1.84 - « quod cupio, mecum est » - se trompe encore plus lourdement.III.1.274
bible

Je suis le premier et je suis le dernier.III.1.85
  La sévérité de l'avertissement aux premiers d'aujourd'hui (qui se verraient derniers le jour du pointage divin) se voit adoucie par ce retournement. L'homme se sentit piégé par cette prétention et il se mit à lire avant-dernier, ce qui lui permit d'aligner des tas de vraiment derniers pas consignés dans les Codes de l'Église. Dans tous les cas, le culte de la récompense est visiblement maintenu dans l'au-delà, toute tentation égalitaire renvoyant l'hérétique tout droit dans l'enfer.III.1.275
bible

Aux yeux de l'insensé, son chemin est droit.III.1.86
  Le hasard, la fatalité et l'attraction des étoiles dévient et interrompent le regard du sensé et transforment tout chemin visible en un pointillé lisible.III.1.276
bible

Celui qui s'engage sur des sentiers obliques chutera.III.1.87
  On chutera sur tous les chemins, mais ce qui est tragi-comique ici, c'est que tout sot est sûr de la droiture du sien. Ce n'est pas la crainte des virages qui retient le contemplatif mais le souci de ne pas perdre de vue son étoile. La droiture endort, ductus obliquus dissipe, l'immobilité réveille et envoie des songes.III.1.277
bible

Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie.III.1.88
  On se trompe lorsqu'on dit que ce sont, respectivement, le mouvement, le but et le contenu. Il faudrait voir dans le Chemin le contenu, dans la Vérité le mouvement, dans la Vie le but !III.1.278
bible

Ceux qui ne me cherchaient pas, M'ont trouvé. Je Me suis révélé à ceux qui ne s'interrogeaient pas sur Moi.III.1.89
  Donc, Tu peux et veux tromper et rien ne justifie mieux notre liberté.III.1.279
bible

Pas de prophète dans sa patrie.III.1.90
  La patrie est ce qui ne se détache jamais de tes semelles. L'étranger est ce qui interpelle ta tête. Les prophéties, lues de bas en haut, portent trop de vestiges du sol trop proche. Mais, lues de haut en bas, elles ne sont compréhensibles qu'aux étrangers. Sois foris clarus.III.1.280
bible

C'est à Toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire.III.1.91
  Quel général, tyranneau ou comptable n'aurait-il pas dit la même chose ? Dieu se sert de sa magie incantatoire pour s'approprier des attributs de César. Et la Bhagavad-gîtâ : « Là où est Krishna, règne l’opulence, la victoire et la moralité »III.1.92 - n’est pas plus glorieuse.III.1.281
bible

La pratique de la justice et de l'équité vaut aux yeux du Seigneur, plus que les sacrifices.III.1.93
  En cela Il n'est pas plus subtil que le gendarme. Dieu ironique apprécie la fidélité parmi les ruines et le sacrifice de l'édifice achevé.III.1.282
bible

Ni la hauteur, ni la profondeur ne peuvent nous séparer de l'amour du Christ.III.1.94
  Pour aimer il faut être seul : dans la profondeur d'un souterrain ou à la hauteur d'un ermitage (temple et temps ne proviendraient-ils pas du verbe couper !). Au lieu de cela, aujourd'hui, on invite les ouailles à élargir les portes des églises et oublier la porte étroite prônée par Jésus.III.1.283
bible

J’ai tendu les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.III.1.95
  Tolstoï prétendit que la règle évangélique de la joue gauche fût la seule à ne pas avoir de parallèles vétérotestamentaires. Isaïe y apporte un démenti. Les Latins, à deux reprises, firent la nique aux Hébreux et Grecs - les pugilistes aux phalangistes et les Papes aux popes - en se rasant la barbe ; l'ajout tondu évitant la joue tendue.III.1.284
blanchot m.

Le lointain et le proche sont dimensions de ce qui échappe à la présence.III.1.96
  La présence est dans l'étendue ou la profondeur ; la proximité, comme dans ce livre, ne s'évalue qu'en hauteur.III.1.285
blanchot m.

L'éloignement nous rapproche, mais loin de nous.III.1.97
  Le moi le plus proche, c'est à dire connu, est le plus insignifiant ; déposer l'inconnu précieux au plus lointain nous rapproche de ce qui est à aimer et à penser.III.1.286
bloy l.

Plus on approche de Dieu, plus on est seul.III.1.98
  Les pas vers Lui se mesurent en unités d’étonnement et de vénération. Le lointain est composé de ce qui est compris. « Dieu ne déambule jamais au lointain, Il ne quitte pas la proximité »***III.1.99 - Maître Eckhart - « Gott geht nimmer in der Ferne, er bleibt beständig in der Nähe ». Tendre vers Dieu, c’est se donner une chance de se scruter soi-même : « Je tendais vers Dieu et je suis retombé en moi-même »III.1.100 - Anselme - « Tendebam in Deum, et offendi in meipsum ». « Rien de plus près de nous que Dieu »III.1.101 - Valéry. Dieu est la justification du monologue et l'impossibilité du dialogue.III.1.287
bloy l.

Dieu se retire.III.1.102
  L'homme n'a plus besoin de guide pour aller au diable. Dieu est le sentiment d'exil, mais l'homme adopta sa patrie - dans la machine. Les titans programmés évinçant les dieux imprévisibles. Des « êtres de fer » (Hölderlin) ne mèneraient qu'en enfer, des « êtres de la Lettre » nous mèneront au non-être.III.1.288
böhme j.

L'homme est l'image, la vie et l'être du Dieu immotivé.III.1.103
  L'homme est de plus en plus envahi par les motifs des hommes : aux images il préfère les originaux, à la vie - la mécanique, à l'être - l'avoir.III.1.289
böll h.

Der Mensch ist ja ein Gottesbeweis.

L'homme est en soi une preuve de Dieu.
III.1.104
  Mais arrivent les hommes – pour Le traîner dans l’église, le surhomme – pour se substituer à Lui et, surtout, le sous-homme – pour Le placer dans le troupeau ou la machine. Les dieux présents sont sans intérêt : « Seule l’absence divine aide »III.1.105 - Hölderlin - « Gottes Fehl hilft ».III.1.290
borgès j.

Dios mueve al jugador, y éste, la pieza.

Dieu déplace le joueur, et celui-ci déplace les pièces.
III.1.106
  Dieu, Magister ludi, se contente de définir le jeu costumé ; c'est le diable, Magister nudi, qui en fixe l'enjeu cynique. La règle divine doit être lue, ressentie et admirée. Son application est insipide et muette en diable.III.1.291
bossuet j.

Il faut aller jusqu'à l'horreur quand on se connaît.III.1.107
  Ce qui distingue les temps modernes, c'est la rareté des occasions où l'on pourrait exhiber ses hontes. L'esprit de l'époque veut qu'on soit en perpétuelle ascension, tandis qu'on se reconnaît mieux dans ses chutes. C'est là où l'on se perd qu'on a les meilleures chances de se trouver. Se connaître, paraît-il, c’est connaître son néantIII.1.108 (Pascal). : « Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même : je suis gros Jean comme devant »III.1.109 - La Fontaine. Le néant serait ce qui ne se donne qu’à l’intuition intellectuelleIII.1.110 (Fichte), le Moi par exemple ; l’intuition empirique se chargeant du reste, du non-moi.III.1.292
bossuet j.

Cœur humain, temple des idoles.III.1.111
  Ne cherche pas Dieu dans ton cœur (qui peut heureusement être vide !). Il n'est même pas dans la vie. N'en déplaise aux âmes sensibles, on ne peut L'apercevoir que dans de bons livres, remplis uniquement de commencements : « Livre qui pousse de tous les côtés à la fois. C'est un arbre »*III.1.112 - J.Renard.III.1.293
bossuet j.

Les prédicateurs doivent rechercher non des brillants qui égayent, ni une harmonie qui délecte, ni des mouvements qui chatouillent, mais des éclairs qui percent, un tonnerre qui émeuve, une foudre qui brise le cœur.III.1.113
  Sans ces moyens abstraits et artificiels, il ne reste, à l'amateur de ces buts concrets et naturels, qu'à attendre des faveurs de la météorologie. Sans être magnétisé point d'êtres électrisés.III.1.294
bossuet j.

Il n'est rien de plus opposé que de vivre selon la nature et de vivre selon la grâce.III.1.114
  Lorsque des penchants contre nature nous taraudent, nous leur trouvons toujours une grâce obscure, dispensatrice de remords.III.1.295
brecht b.

Der Mensch denkt, Gott lenkt.

L'homme réfléchit, Dieu infléchit.
III.1.115
  Donc, pour gagner sa liberté l'homme devrait renoncer au continu, toujours infléchi par d'autres, en pli ou labyrinthe, et ne pratiquer que le pointillé, inaccessible même aux voiries célestes.III.1.296
calvin j.

Nous doit aussi souvenir que Satan a ses miracles.III.1.116
  Avec Dieu, ils font partie d'un même cirque où le dompteur est toujours mieux vu que le prestidigitateur. Heureusement il y a aussi des clowns, des clercs, pour ne pas prendre tout cela au sérieux.III.1.297
camus a.

Peut-on être un saint sans Dieu ?III.1.117
  Le saint est celui qui croit le salut possible. Ceux qui se savent condamnés en sont fatalement exclus, exposés à la torture des démons comme Sisyphe. « Le plus grand saint est celui qui a vaincu le plus de démons »III.1.118 - A.Suarès.III.1.298
canetti e.

Die Übergriffe überspringen das Heiligste, das zugleich das Empfindlichste ist : Nähe.

L’abus de hauteur fait rater ce qui est le plus sacré et le plus sensible – la proximité.
III.1.119
  Les rencontres en hauteur sont, en effet plus rares, mais la proximité rencontrée y a une qualité que n’ont pas les plates contrées – la connivence sensible d’avec le lointain le plus sacré.III.1.299
chagall m.

Je mets mon tableau à côté d'un objet créé par Dieu, un arbre ou une fleur ; s'il blesse l'œil il n'est pas de l'art.III.1.120
  Ces comparaisons sont douteuses, trois mesures étant à la disposition de l'œil : la géométrie (intelligence), la mécanique (raison), l'âme (mystère).III.1.300
char r.

Les dieux ne meurent que d'être parmi nous.III.1.121
  Quand on connaît ses saints, ce n’est plus ses saints qu’on honorera. Dieu est mort car nous l’avons vu. Dans les nues ou sous les toits, notre pensée l'atteint et par-là, le piétine. Il faut confier Dieu aux mots, le reléguer dans les formules. La vitalité de Dieu se mesure en nombre de mystères vénérés : les Anciens admettaient tout mystère pour s’adresser à Dieu ; les Chrétiens n’en gardèrent qu’un seul ; les modernes les exclurent, tous, pour conclure que Dieu est mort.III.1.301
char r.

Obéissez à vos porcs qui existent. Je me soumets à mes dieux qui n'existent pas.III.1.122
  Quand on s'attache à quelque chose qui existe, on finit par se plaire dans la boue que tout existant déjette.III.1.302
char r.

La perte du croyant, c'est de rencontrer son Église.III.1.123
  Tout chemin diurne est église ; laisse à tes ruines sédentaires le soin de ton credo nocturne (« troupeau d'étoiles vagabondes »III.1.124 - du Bellay).III.1.303
chesterton g.k.

Everything has a sort of atmosphere, which makes it sacred.

Toute chose a une atmosphère qui la rend sacrée.
III.1.125
  Il est vrai que les poumons rapprochent mieux du sacré que la cervelle. Le souffle coupé plutôt que les yeux ouverts. La suffocation plutôt que l'invocation.III.1.304
cioran é.

Dieu ne lit pas.III.1.126
  Tous pensent, en effet, qu'Il ne fait qu'écouter, observer, toucher. Écrire, serait-il donc ne pas espérer un écho ? Une raison de plus pour se saisir de plume. « Écrire pour soi, c'est ainsi qu'on arrive aux autres »III.1.127 - Ionesco.III.1.305
cioran é.

Imagine-t-on une prière dont l'objet serait la religion ?III.1.128
  Oui, car la prière fait partie de ces méta-outils qui peuvent servir pour fabriquer d'autres outils. Le mot n'aiguise-t-il pas le Verbe ?III.1.306
cioran é.

Lors même que nous croyons avoir délogé Dieu de notre âme, il y traîne encore.III.1.129
  C'est ce qu'on appelle le vide salutaire de l'âme ou le désert prophétique de la raison : celui qu'on crée pour que Dieu puisse y agir ou s'y révéler (mais ne pas oublier que le vide de Baal fut censé communiquer avec les étoiles). Déloger ce qu'il y a de meilleur en toi, c'est t'absenter, ironiser ; se manifester par l'acte, c'est traîner.III.1.307
cioran é.

La poésie qui approche de la prière est supérieure et à la prière et à la poésie.III.1.130
  Elle ravit la prière à la vue des choses et libère la poésie de la recherche d'oreilles.III.1.308
cioran é.

Je méprise le chrétien parce qu'il est capable d'aimer ses semblables de près. Pour redécouvrir l'homme il me faudrait un Sahara.III.1.131
  De près on ne touche qu'à la gangue (les mains), au gang (l'oreille), au gag (le cerveau). On n'aime que par le regard accommodé aux mirages.III.1.309
claudel p.

Dieu n'est pas infini (la Trinité), Il est inépuisable.III.1.132
  On gagne le prix du Saint-Esprit en ne s'arrêtant pas sur la solution du Fiston et en revenant au mystère du Géniteur. Il faut qu'on Le vide sans cesse pour ne pas s'apercevoir du peu de ressources qu'Il a à un moment donné.III.1.310
claudel p.

Ce qu'il essaiera de dire misérablement sur la terre, je suis là pour le traduire dans le ciel.III.1.133
  Si Tu n'étais plus là, je n'aurais rien à traduire. Car c'est moi, le traducteur. Tant que Ta belle dictée, sans mots ni notes, me soulève, je me tendrai vers la plume ou je tendrai la corde.III.1.311
claudel p.

Le meilleur moyen de ne pas se voir est de se regarder.III.1.134
  Le plus sûr moyen de perdre son propre regard est de se voir au lieu de se rêver.III.1.312
condillac b.

On contrefait aisément une démarche contrainte, on copie difficilement celle qui est naturelle.III.1.135
  Les contrefaçons avortées du contraint remplissent les poubelles ; les copies, de mieux en mieux réussies, du naturel remplissent les étables.III.1.313
confucius

Vous ne savez pas servir les hommes. Comment sauriez-vous servir les dieux ? III.1.136
  Pourtant, l'histoire nous apprit que le service des hommes rend inapte au service des dieux.III.1.314
coran

Où que vous vous tourniez, là s'élève la Face de Dieu.III.1.137
  La même ambition travaille les polices secrètes et la marketplace, mais ces institutions se contentent, respectivement, de l'œil ou des dents pour ne pas perdre la face.III.1.315
custine a.

Pour nous les rêves sont plus vrais que les choses : car il y a plus d'affinités entre les fantômes de l'imagination et l'âme qui les produit qu'entre cette âme et le monde extérieur.III.1.138
  L'âme se mettrait-elle à juger le vrai ? Oui, la raison ne s'occupe que du langage, c'est l'âme qui fait adhérer à ce qui y prend forme.III.1.316
debray r.

Le Verbe ne sera jamais Chair.III.1.139
  Cependant c'est la seule raison à remuer la plume. La Chair s'adonne trop souvent à la Lettre, la pâle incarnation du Verbe. L'Esprit innommable, c'est cela, le Verbe.III.1.317
defoe d.

Wherever God erects a house of prayer,
The Devil always builds a chapel there…
The latter has the largest congregation.

Partout où l'on bâtit un temple de Dieu, le diable installe sa chapelle qui reçoit le gros des fidèles.
III.1.140
  « Où Dieu bâtit une église, le diable y ajoute une chapelle »III.1.141 - Luther - « Wo Gott eine Kirche baut, baut der Teufel eine Kapelle daneben ». Parce que ce qui aurait dû n'avoir que quatre murs se transforme en une large porte. Sculpteur d'idoles en embrasures se convertit en architecte des ouvertures.III.1.318
dickens ch.

God knows that we need never be ashamed of our tears.

Dieu sait que nous n'avons jamais à rougir de nos larmes.
III.1.142
  C'est le diable qui nous souffle cette certitude. Dieu, lui, y voit autant de saloperies que dans un larcin. Et toi aussi, en fouillant bien. Il faut pleurer dans l'intérieur pour inonder et faire taire ta honte.III.1.319
diderot d.

Si la raison est un don du Ciel et que l'on puisse dire autant de la foi, le Ciel nous a fait deux présents incompatibles.III.1.143
  Heureusement, sur les trois Ministères-clefs - Mystère, Problème et Solution - la foi n'a qu'un seul porte-feuilles et laisse deux autres à l'arbitre serf (Érasme) de la raison.III.1.320
diderot d.

Le Dieu des chrétiens est un père qui fait grand cas de ses pommes et fort peu de ses enfants.III.1.144
  Il favorisa donc le danger et le hasard en nous poussant vers le jeu et la femme.III.1.321
diderot d.

Il n'y a pas de bon père qui voulût ressembler à notre Père céleste.III.1.145
  Le Fils eut encore moins de chance. C'est l'Esprit Saint, jadis prompt en Visitations nocturnes et ami des volatiles, qui s'en tira le mieux en s'exhibant en plein jour, auréolé de calculs, et en s'acoquinant avec des reptiles.III.1.322
donne j.

Men to such Gods, their sacrificing Coles
Did not in Altars lay, but pits and holes.

Les hommes pour ces dieux disposent leurs tisons
Non point sur des autels, mais dans des trous profonds.
III.1.146
  Qu'il s'agisse de souterrains ou de femmes, trop de fenêtres et pas assez de murs laissent refroidir ta flamme.III.1.323
donne j.

On man heavens influence workes not so,
But that it first imprints the ayre,
Soe soule into the soule may flow,
Though it to body first repaire.

Aux hommes, lorsqu'il se proclame,
Le Ciel sur l'air pose d'abord :
Ainsi l'âme s'unit à l'âme
Fût-ce par le chemin du corps.
III.1.147
  Comme le mot, cherchant à embrasser ton âme obscure, est condamné à se fier à la transparence des pensées.III.1.324
dostoïevsky f.

Талант порабощает себе своего обладателя, унося его от настоящей дороги.

Le talent réduit son porteur en esclavage et l'emmène très loin de sa destinée.
III.1.148
  La destinée des privés de talent étant la liberté grégaire, le talent n'a pas à rougir de ses carcans rien qu'à lui. L'esclavage élu et le génie subi se complètent.III.1.325
dostoïevsky f.

Если Христос не правда, то уж лучше я буду вне правд, со Христом.

Si le Christ n'est pas la vérité, je préfère être hors de la vérité, avec le Christ.
III.1.149
  Pourtant, le Christ dit « Je suis la Vérité… ». La métaphore l'emporte sur la formule logique. « Je refuse d'être Aristote si c'était pour me séparer du Christ »III.1.150 - Abélard.III.1.326
eckhart me

Manche Menschen wollen Gott mit den Augen ansehen, mit denen sie eine Kuh ansehen.

Certaines gens veulent regarder Dieu comme elles regardent une vache, avec les mêmes yeux.
III.1.151
  L'Hindou, par exemple. Toutefois, dans la vue il y a l'œil (moi), la chose vue (l'autre) et le regard (Dieu) ; il suffit de s'y accommoder pour ne devenir que regard, même devant une vache non sacrée.III.1.327
eckhart me

L'homme doit être adverbe, près du Verbe.III.1.152
  On préfère généralement des particules de subordination ou des pronoms possessifs pour amadouer l'Analyseur pragmatique.III.1.328
einstein a.

Derjenige, dem die mystische Empfindung fremd ist, ist ein toter Mensch.

L'homme auquel le sentiment du mystère n'est pas familier est comme un homme mort.
III.1.153
  L'homme le sentit, apprivoisa le mystère en lui imposant l'intelligibilité d'un problème et l'intelligence d'une solution. Il n'a même plus besoin de fouet.III.1.329
einstein a.

Hinter all der Welt muss ein großer Orchesterdirigent sein, der unser Gutes will.

Derrière tout ce monde doit se tenir un grand chef d'orchestre qui nous veut du bien.
III.1.154
  La musique du monde nous apprend sa bonté ; le but de l'art est de traduire Son silence en musique du bien.III.1.330
emerson r.w.

A man is a god in ruins.

L'homme est un Dieu parmi les ruines.
III.1.155
  Non pas qu'il soit mauvais architecte, mais parce qu'il ne bâtirait ses demeures que dans sa vraie patrie, le ciel, où il ne serait jamais menacé de surpopulation : « L’affaire de l’artiste est de construire la demeure : pour ce qui est du locataire, c’est au lecteur de le fournir »III.1.156 - Gide.III.1.331
emerson r.w.

The soul of God is poured into the world through the thoughts of man.

L'âme de Dieu se répand dans le monde à travers les pensées des hommes.
III.1.157
  Il ne reste aux rires et aux larmes des hommes que de se tourner du côté du diable, Dieu ne prêtant l'oreille qu'aux calculs.III.1.332
eschyle

Quand on court de soi-même à sa perte, les dieux y mettent la main aussi.III.1.158
  Pour se trouver dans cette excellente compagnie, il faut non pas courir, ni marcher, mais danser (ne pas suivre Hermès, mais imiter Terpsichore), sans quitter du regard ni sa tour d'ivoire, ni son inexorable ruine, à l'horizon proche.III.1.333
fénelon f.

Qu'importe que Dieu nous dénue de soutiens sensibles, pourvu qu'Il ne nous laisse pas tomber.III.1.159
  La position couchée, préconisée par les plus solides de Ses acolytes, est le plus à même d'en apporter le désaveu ou le démenti.III.1.334
fénelon f.

Il ne s'agit pas de marché à faire avec Dieu : il est le maître.III.1.160
  Dans le pensé, dans le dit, dans le fait - partout règne le marchandage. Et le Maître semble tenir l'économie en grand respect et même en assurer le Ministère.III.1.335
feuerbach l.

Der Religion ist nur das Heilige wahr, der Philosophie nur das Wahre heilig.

Pour la religion n'est vrai que le sacré ; pour la philosophie n'est sacré que le vrai.
III.1.161
  La vérité sacrée ou le sacré véridique n'émeuvent ni convainquent que l'idiot de village. La religion ne crée que dans le rite et la philosophie – dans le sophisme. Le sacré et le vrai réunis ne s'entendent que chez le poète.III.1.336
fichte j.

Das System, in welchem von einem übermächtigen Wesen Glückseligkeit erwartet wird, ist das System der Abgötterei.

Le système qui consiste à attendre d'un être tout-puissant le bonheur, c'est le système de l'idolâtrie.
III.1.162
  Trouver le bonheur dans l'avoir sans référence à l'être, c'est votre vraie religion. Ni moutons ni loups ne furent jamais soupçonnés d'idolâtrie. La toute-puissance se fait traduire dans le culte païen des mots et des notes.III.1.337
fichte j.

Le visage humain est, hors de toute démonstration, porteur d'un sens qui me dépasse et m'appelle.III.1.163
  « On ne peut pas séparer le regard du visage »III.1.164 - Wittgenstein - « Den Blick kann man vom Gesicht nicht trennen ». Le visage est le miroir du cœur, ce pauvre cœur choisi pour demeure par la machine qui ne se contente plus de ses séjours dans les pieds, les mains et les cerveaux. Bientôt, les badges seront plus expressifs que les visages.III.1.338
fontenelle b.

Ne disons pas du mal du diable : c'est peut-être l'homme d'affaires du bon Dieu.III.1.165
  Une prémonition accomplie ! Et c'est ainsi que Dieu, l'affaire d'homme, est vénéré tel homme d'affaires.III.1.339
freud s.

Die Religion : eine kollektive infantile Zwangsneurose der Menschheit.

La religion : une névrose infantile obsessionnelle de l'humanité.
III.1.166
  La religion n'est pas une maladie infantile (Lénine) mais un remède d'adulte. Non pas un opium (Marx), mais un calmant, mieux - un anesthésiant, administré par une piqûre de la honte. Le patient, le petit peuple, privé de ces soins abrutissants et livré à sa douleur insoutenable, cherchera le suicide.III.1.340
gauguin p.

Dieu n'appartient pas aux savants, il est aux poètes, au rêve, il est la Beauté même.III.1.167
  Tu te goures ; paradoxalement, c'est le savant qui touche au rêve divin, mais c'est pour l'interpréter, dans un modèle scientifique, et c'est le poète qui s'occupe de l'activité divine, mais c'est pour la représenter, dans un modèle artistique. Mais le doute est permis, car le plus grand mystère est la rencontre de la Beauté et de la Bonté, dans le dess(e)in divin.III.1.341
gide a.

Il me paraît monstrueux que l'homme ait besoin de l'idée de Dieu pour se sentir d'aplomb sur terre.III.1.168
  C'est pour cette excellente raison que les hommes raisonnables préfèrent la reptation. L'idée de Dieu est ce qui nous fait croire que notre bosse peut cacher de belles ailes. Les meilleurs croyants sont sans Dieu comme « les meilleurs héros sont sans phrases »III.1.169 - Bakounine - « анархисты - герои без фраз ». Tandis que chez les pires « la foi consiste à ne pas croire (aux sens, à la raison) »III.1.170 - Valéry.III.1.342
gracián b.

No hace el numen el que lo dora, sino el que lo adora.

C'est en adorant et non pas en dorant qu'on fait un Dieu.
III.1.171
  Les jésuites ignorent l'icône orthodoxe. Qui est le pire ? - celui qui dore ce qu'il adore ou celui qui adore ce qui est d'or ?III.1.343
grégoire de nazianze

Il y a un seul Dieu le Père, de qui tout procède, un Seigneur Jésus-Christ, par lequel tout se fait, et un Esprit-Saint dans lequel tout s'accomplit.III.1.172
  Un admirable équilibre syntaxique (balayant au passage le Filioque) - appréciez l'enchaînement de de, par, dans - mais une sémantique des plus lâches : le Père-source, le Fils-outil, l'Esprit-réceptacle ? Je placerais le récipient - dans le Père, l'instrument - dans l'Esprit et l'origine du premier pas - dans le Fils. Mais que ne pardonnerait-on pas au patron des poètes !III.1.344
grégoire de nazianze

Le nom du Père n’est pas le nom d’une essence ni d’une action, c’est le nom d’une relation.III.1.173
  Et le but de notre ancrage à la Création y serait de la rendre transitive : créer l’œuvre comme le Père procrée le Fils consubstantiel.III.1.345
grégoire de nysse

Les concepts créent les idoles de Dieu, le saisissement seul pressent quelque chose ou plutôt quelqu'un.III.1.174
  Les bons pressentiments se recoupant étrangement avec les concepts, le Dieu paroxystique et le Dieu mécanique, l'image et la parole, sont une seule et même chose.III.1.346
grillparzer

Religion ist die Poesie der unpoetischen Menschen.

La religion est une poésie des non-poètes.
III.1.175
  Tandis que la poésie est une religion des non-croyants.III.1.347
guitton j.

La nature s'oppose à l'esprit, la nature s'oppose à la grâce. Pour les philosophes, la nature s'oppose à la liberté.III.1.176
  Avec une telle logique, rien d'étonnant que vous soyez si proches des robots ! La nature s'oppose, avant tout, à l'esclavage de la mécanique. L'esprit est fait pour la comprendre, la grâce - pour l'admirer, la liberté - pour s'y identifier.III.1.348
heidegger m.

Die Sehnsucht ist der Schmerz, den uns die Nähe der Ferne verursacht.

La nostalgie est la douleur que nous cause la proximité du lointain.
III.1.177
  Cette haute proximité justifie ta familiarité avec le proche, son oubli méprisant et souverain. Le proche ne mérite pas l'éloignement.III.1.349
heidegger m.

Dieu est mort, le monde livré au calcul demeure et partout l'homme est inclus dans un calcul.III.1.178
  La liberté joua son rôle sinistre : entre le rêve et le calcul, l'homme choisit le calcul, scellant la mort du seul Dieu crédible, celui du rêve incalculable. Les autres sont pires que l'homme : « Le monde se faisait, tandis que Dieu calculait »III.1.179 - Leibniz - « Cum Deus calculat, mundus fit ».III.1.350
heidegger m.

Das Sein ist der Nächste. Doch die Nähe bleibt dem Menschen am fernsten.

L'être est ce qui est le plus proche ; mais la proximité reste, pour l'homme, au plus grand lointain.
III.1.180
  Puisque la grande proximité n'est sensible que de la grande hauteur, que la chute de l'homme réduisit à une petite profondeur, ne scrutant que le lointain.III.1.351
hemingway e.

It is in defeat that we become Christian.

C'est quand on est vaincu qu'on devient chrétien.
III.1.181
  Quand on est vainqueur, l'épreuve est encore plus subtile : prouver d'être chrétien, en y décelant une défaite cachée et profonde.III.1.352
hesse h.

Wer zu sich selber Nein sagt, kann nicht zu Gott Ja sagen.

Qui dit non à soi-même, ne peut pas dire oui à Dieu.
III.1.182
  Avec la même perplexité et devant le même autel, il vénère le mystère des deux grands inconnus : Dieu et soi-même.III.1.353
holbach p.

Les hommes tiennent à leur religion comme les sauvages à l'eau-de-vie.III.1.183
  Chez l'homme moderne, le raz-de-marée du solide débarrasse du réquisit du liquide : regardez le sort pitoyable de l'encre, de la sueur, du sang, des larmes, et l'eau-de-vie n'y échappera pas non plus.III.1.354
hölderlin f.

Die dürftige Zeit : das Nichtmehr der entflohenen Götter und das Nochnicht der Kommenden.

Le temps de détresse, où les dieux ne sont plus ou ils ne sont pas encore.
III.1.184
  C'est un temps béni où, enfin, on peut préparer le vide où pourraient retentir leurs voix. Sinon, on ne fait que décorer leurs pieuses images, par ses remplissages ou ses bavardages : « Plus le silence est pur, et plus il est habité »**III.1.185 - Finkielkraut.III.1.355
hölderlin f.

Wo aber Gefahr ist, wächst das Rettende auch.

Dans le péril croît ce qui sauve.
III.1.186
  « Là où le péché s'est multiplié, la grâce a surabondé »III.1.187 - St Paul. C'est une illusion d'optique du rebelle. Le salut par négation, par défi du péril, est aussi douteux que la damnation pour affirmation, pour option aléatoire. On devrait se sauver par un oui insensé et se damner pour un non calculé.III.1.356
hugo v.

Nos chimères sont ce qui nous ressemble le mieux.III.1.188
  Crois-tu qu'il y a aussi des réalités dans tes paroles ? Une réalité énoncée est une chimère classée. L'impuissance, l'inertie ou la pauvreté du langage stérilisent une chimère en l'abaissant au statut de réalité.III.1.357
hugo v.

Nul saint : l’éternité n’a pas de voisinage.III.1.189
  Même si ta mathématique est fausse, ta vision des bornes est juste : tout homme sera toujours comme la femme de Loth – au-delà d’une limite, il se retournera et compromettra sa convergence vers l’infini.III.1.358
hugo v.

Cet homme marchait, pur, loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc.
III.1.190
  Ces rôdeurs d'hommes, qui, dès qu'ils sont sûrs de leur probité, s'imaginent que leurs minables chemins sont droits et que leur sale vêture est immaculée ! La honte et la résipiscence nous couvrent de cilices et bures et nous poussent vers les sentiers inexistants.III.1.359
huysmans j.-k.

Le symbole de notre religion pousse avec l'arbre du Bien et du Mal.III.1.191
  Et la bestiole, qui s'y niche et pullule, est toujours aussi absorbée par la cueillette. Et la vraie croix est de supporter tant de fruits insipides et aseptisés.III.1.360
jabès e.

Dieu est la nuit sans nuit, le jour sans jour, l'avant-regard.III.1.192
  Mieux que cela, Dieu serait non seulement dans l'axiome mais aussi dans le théorème, dans l'après-vu !III.1.361
jacob m.

« À quoi renonces-tu pour moi ? » dit le Dieu du mur.III.1.193
  Le Dieu du toit chuchote : « Comment me surmontes-tu ? ». Mais une contrainte passive est plus belle qu'une contrainte active, et le mur est plus haut que le toit.III.1.362
jaspers k.

Ein bewiesener Gott wäre kein Gott, sondern bloß eine Sache in der Welt.

Un Dieu prouvé ne serait pas Dieu, il ne serait qu'une chose dans le monde.
III.1.194
  Dieu est la possibilité des preuves et l'obéissance des choses aux lois prouvées.III.1.363
jean de la croix

En esta noche oscura de la vida,
qué bien sé yo por fe la fonte frida,
aunque es de noche.

En cette nuit obscure de la vie,
la foi me dit où est la source fraîche,
bien que de nuit.
III.1.195
  De jour, on n'a que l'entretien crédule de l'eau courante ; de nuit tu entretiens ta soif incrédule, auprès de la fontaine invisible.III.1.364
jerome j.

Nos grandes qualités nous éloignent les uns des autres, ce sont nos sottises qui nous rapprochent.III.1.196
  C'est une question de mesurage : à vol d'oiseau, à tire-d'aile, ou au pas de charge d'un troupeau compact.III.1.365
joubert j.

La superstition est la seule religion dont sont capables les âmes basses.III.1.197
  Les âmes qui se disent hautes, en revanche, s'adonnent à la seule vraie religion, celle qui est enregistrée au Ministère des Cultes et tournée vers Mercure. L'âme garde de la hauteur tant qu'une hérésie l'accompagne.III.1.366
joubert j.

Penser à Dieu est une action ; penser au démon est une pente.III.1.198
  Donc, Dieu, comme ses anges, aime la lutte. L'obstacle est, précisément, cette hallucinante déclivité, la béatitude de l'accumulation. Le démon est dans la succession des pas, Dieu est dans l'audace du premier, du seul pas libre.III.1.367
jouhandeau m.

Un athée est un homme châtré du côté de l'âme.III.1.199
  Ce qui peut rendre sa voix plus pénétrante. La greffe au cerveau que subit un homme pieux ne rend même pas plus virile la pensée.III.1.368
karr a.

L'avenir appartient à l'Église qui aura les portes les plus larges.III.1.200
  Et où l'on condamne les portes de secours. De l'autel à l'hôtel.III.1.369
khayyam o.

Malgré la longue distance qui nous sépare de toi, Seigneur, tu demeures proche de nous.III.1.201
  Tu aurais été mieux inspiré avec un grâce à reconnaissant plutôt qu'avec ce piteux malgré. Les trois métriques - celles du cerveau, du cœur et de l'âme - s'éploient rarement en parallèle.III.1.370
kierkegaard s.

Dieu n'est pas affaire de théologie, ni de philosophie, ni de savoir, ni de hauteur, mais peut-être d'humilité.III.1.202
  Car la vraie humilité apporte la sensation d'une vraie hauteur, celle que fréquentent sinon le bon Dieu, au moins ses anges. Se cacher en profondeur est son autre refuge : « L'humilité, douce et profonde racine, nourrissant toutes les vertus divines »*III.1.203 - Th.More - « Humility, that low, sweet root, from which all heavenly virtues shoot ». Rester invisible des hommes, dans les souterrains, et être berceau du regard profond sur la hauteur.III.1.371
lévinas e.

Dieu nous vient à l'idée à travers le visage de notre prochain.III.1.204
  C'est d'autant plus vrai que le mutisme d'un visage nous signale la présence d'un étranger. Dieu est dans un grandiose éloignement vécu comme une chaleureuse proximité.III.1.372
lichtenberg g.

Tu crois que je cours après l'étrange parce que je ne connais pas le beau, mais non, c'est parce que tu ne connais pas le beau que je cours après l'étrange.III.1.205
  Intrigué par l'horizon d'un mystère (l'étrange), tu cours après un problème (le beau), débouchant dans l'impasse d'une solution (l'œuvre). L'autre ne voit que tes pieds, et toi, tu es l'horizon de ton regard.III.1.373
luther m.

Ich habe Heilige angebetet, die nie sind geborn worden.

J'ai vénéré les saints jamais nés.
III.1.206
  Aujourd'hui, tout saint vénéré sur la place publique exhibe son CV, son pedigree, sa sinécure ou ses diplômes.III.1.374
maeterlinck m.

La raison se trouve à la racine de la sagesse, mais la sagesse n'est pas la fleur de la raison.III.1.207
  Une racine faible commande la fleur, la forte - lui obéit. Des engrais malodorants de l'effort apportent parfois l'arôme d'une floraison effleurée. Enfin, la sagesse est la raison de la fleur !III.1.375
maistre j.

Le Christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants.III.1.208
  De nos jours, des savants prêchent, des ignorants croient. Retour au paganisme.III.1.376
malebranche n.

Dieu est le lieu des esprits, de même que les espaces sont le lieu des corps.III.1.209
  L'âme et le cœur, lieux des regards superstitieux vers le beau ou vers le bien, resteraient donc en dehors de ce Dieu raisonneur, Dieu des têtes et des machines, avec leurs algorithmes du vrai !III.1.377
malraux a.

Une Vérité existe pour tout art sacré, quelle que soit la foi sur laquelle il se fonde.III.1.210
  Tout vrai art est sacré. Quand la Vérité s'en mêle, elle réduit toute foi en superstition.III.1.378
malraux a.

Le Christ, c'est un anarchiste qui a réussi. C'est le seul.III.1.211
  Crachats, épines, gifles, clous - je ne vois que des défaites. Ceux qui réussissent, ce sont toujours des rois, des bergers, des pasteurs. Les agneaux échouent.III.1.379
marc aurèle

Tout ce que tu vois à portée de ta chair et de ton faible souffle, n'est pas à toi.III.1.212
  Mais ce qui est à hauteur de ta chair et de ton grand souffle, ne t'en sépare pas et décores-en tes ruines.